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Histoire d'Angleterre...

Histoire d'An­gle­terre...

David Hume

L'Angleterre racontée par Hume

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Description

Au milieu du XVIIIe siècle, un Écossais déjà célèbre pour ses livres de philosophie décide de changer de métier. David Hume, qu'on lisait pour ses pages sur la raison, les passions et la religion, se met à écrire l'histoire de l'Angleterre. Il commence par le bout qui l'intéresse le plus — le règne des Stuarts, le XVIIe siècle, la guerre civile — et publie le premier volume en 1754. Les ventes démarrent mollement, presque un échec. Puis le reste suit, à rebours : les Tudors, le Moyen Âge, jusqu'à l'invasion normande de 1066.

L'ensemble, achevé vers 1762, finit par devenir un best-seller européen et rend Hume riche. Pendant un siècle, c'est l'histoire d'Angleterre de référence, celle qu'on trouve dans toutes les bibliothèques. Ce qui surprend, c'est le ton. Dans un pays où l'on racontait le passé en camp — les amis du roi contre les amis du Parlement, les papistes contre les protestants —, Hume refuse de prendre parti d'avance. Il plaint Charles Ier et admire Cromwell dans la même page. Les deux bords l'ont accusé de trahison.

Derrière la fresque, il y a un projet de philosophe. Hume ne cherche pas à dire qui avait raison en 1649. Il cherche à comprendre comment une monarchie se transforme, comment une liberté se construit par accidents plutôt que par principes, et ce que les grandes crises révèlent des ressorts ordinaires des hommes.

La question que l’on se pose : Pourquoi un philosophe du doute choisit-il de raconter mille ans d'histoire anglaise, et que cherche-t-il vraiment dans ce récit ?Ce que l’on va voir : Comment Hume suit le fil du pouvoir anglais jusqu'à la décapitation d'un roi, et ce que sa manière de raconter dit de sa vision du passé.

Sommaire

01

Chapitre 1 — Un philosophe écossais se fait historien

Quand Hume se lance dans l'Histoire d'Angleterre, il a une quarantaine d'années et une réputation sulfureuse. Son Traité de la nature humaine, publié vers 1739, était passé presque inaperçu, mais ses Essais l'avaient installé comme une plume brillante et suspecte — un homme qu'on soupçonnait d'athéisme. Il vit à Édimbourg, bibliothécaire de la Faculté des avocats, avec sous la main les rayonnages dont il a besoin. L'histoire lui offre ce que la philosophie pure ne lui donne pas : un public large, de l'argent, et un terrain où observer la nature humaine à grande échelle.

Son choix de départ est déjà une prise de position. Plutôt que de commencer au commencement, il attaque par le règne de Jacques Ier et de Charles Ier, le moment où la monarchie et le Parlement entrent en collision. C'est là que se joue, pour lui, l'énigme centrale de l'histoire anglaise : la naissance de la liberté constitutionnelle moderne, et le prix de sang qu'elle a coûté. Le reste de l'ouvrage, écrit ensuite, remonte le temps pour expliquer comment on en est arrivé là.

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02

Chapitre 2 — Des Tudors absolus à des Stuarts maladroits

Pour comprendre la crise du XVIIe siècle, Hume remonte au siècle précédent. Les Tudors — Henri VII, Henri VIII, Élisabeth Ire — ont gouverné l'Angleterre d'une main lourde. Henri VIII rompt avec Rome dans les années 1530, se fait chef de l'Église d'Angleterre, dissout les monastères et confisque leurs biens. Hume ne voit pas là une marche vers la liberté religieuse mais un coup d'autorité d'une ampleur rare, imposé par un prince qui ne tolérait guère la contradiction.

Son argument, qui a choqué les whigs, est que l'Angleterre des Tudors était en pratique une monarchie quasi absolue. Les prérogatives du roi s'étendaient loin ; le Parlement se réunissait quand le souverain le voulait bien ; les sujets jouissaient de peu de garanties contre le bon vouloir royal. Si Élisabeth a paru douce, c'est par talent politique et popularité, pas parce que la Constitution bridait son pouvoir. Pour Hume, la liberté anglaise n'est donc pas un héritage immémorial : elle est récente, et elle naît justement du conflit qui va suivre.

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03

Chapitre 3 — 1649 : un roi décapité au nom de la liberté

La collision débouche sur la guerre civile. À partir de 1642, le royaume se déchire entre les partisans du roi, les Cavaliers, et ceux du Parlement, les Têtes rondes. Hume raconte ce basculement sans grandiloquence, en pesant les responsabilités. Charles a trop tiré sur la corde ; mais le Parlement, en exigeant le contrôle de l'armée et des ministres, réclamait lui aussi une révolution dans l'ordre des choses. La religion aggrave tout : le puritanisme radicalise, sacralise le conflit, transforme une querelle institutionnelle en combat de salut.

De cette guerre émerge une figure que Hume regarde avec une fascination lucide : Oliver Cromwell. Chef militaire d'un génie rare, homme de foi dévorante et de ruse froide, il écrase les armées royales et impose sa loi au Parlement lui-même. Hume ne le réduit ni au héros ni au monstre. Il voit un homme porté par les circonstances, capable de sincérité religieuse et de calcul politique dans le même mouvement, et qui finit par détenir un pouvoir plus absolu que celui du roi qu'on avait abattu au nom de la liberté.

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04

Chapitre 4 — L'histoire comme école du jugement, pas de la morale

Si l'on quitte un instant le fil des rois, on voit mieux ce que Hume fait de l'histoire. Pour lui, le passé n'est pas un tribunal où l'on distribue les bons et les mauvais points. C'est le plus grand laboratoire disponible pour étudier la nature humaine — ce qui l'intéressait déjà en philosophe. Les hommes, à toutes les époques, sont mus par les mêmes passions : l'ambition, la peur, la foi, l'orgueil, l'intérêt. L'historien ne découvre pas des héros ou des traîtres, il observe comment ces ressorts constants produisent, selon les circonstances, des issues différentes.

De là vient sa manière de traiter les institutions. La Constitution anglaise, qu'on célébrait comme un monument de sagesse, n'est pour Hume ni un plan divin ni l'œuvre d'un législateur génial. C'est un sédiment : une accumulation d'habitudes, de précédents, d'accidents et de rapports de force qui ont fini par se stabiliser. La liberté n'a pas été pensée puis instaurée ; elle s'est déposée, lentement, souvent par des voies que personne n'avait voulues. Charles Ier meurt pour une cause, mais c'est le compromis fatigué des générations suivantes qui fonde l'équilibre durable.

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05

Conclusion

Hume a commencé son histoire par la crise des Stuarts parce que c'est là que battait, selon lui, le cœur de l'énigme anglaise : comment un pays passe d'une monarchie presque absolue à une liberté encadrée, et au prix de quelles violences. En remontant ensuite jusqu'aux Tudors et au Moyen Âge, il ne cherchait pas à prouver une thèse de parti, mais à montrer que les libertés dont l'Angleterre s'enorgueillissait étaient neuves, fragiles, filles du hasard autant que du courage. La tête de Charles Ier tombant à Whitehall reste, dans son récit, moins un triomphe qu'un vertige.

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