
L’Ami américain
La guerre secrète de Washington contre de Gaulle
Description
L'Ami américain" d'Éric Branca est une exploration approfondie des relations franco-américaines, particulièrement durant l'ère de Charles de Gaulle. Branca dévoile une guerre secrète menée par les États-Unis contre les ambitions d'indépendance de la France, depuis l'époque de Vichy jusqu'à la fin des années 1960.
Le livre examine la méfiance et l'hostilité persistantes des dirigeants américains envers de Gaulle, qui refusait de voir l'amitié entre les deux nations comme synonyme de vassalité.
À travers des archives déclassifiées et des témoignages inédits, Branca raconte cette "guerre de trente ans" et souligne l'importance de l'autonomie nationale, une vision partagée uniquement par le président américain Richard Nixon, qui, influencé par de Gaulle, contribua significativement à la paix mondiale
Sommaire
01Introduction
S’il pourra lasser les amateurs d’histoire scientifique, de matérialisme historique ou de consensus, le livre d’Eric Branca ravira au contraire les amateurs de « politiquement incorrect » et des sensations qui y sont associées.
Emporté par son sujet, il en oublie, en effet, les précautions d’usage. De Gaulle est son héros (et, après tout, qui est suffisamment scientifique pour ne pas en avoir ?) et il ne néglige rien pour trouver à l’aide de quoi ou de qui le défendre. Par conséquent, il a lu une masse impressionnante de documents, y compris les dossiers déclassifiés de la CIA, les mémoires des diplomates et des hommes politiques, ainsi que des études qui, comme l’on dit, font autorité, et ne craignant pas d’utiliser les ouvrages de la très controversée Annie Lacroix-Riz .

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021940
Les spécialistes n’y verront pas de nouveauté, mais, tout de même, il est bon de le lire de temps à autre noir sur blanc : au commencement de l’inimitié de de Gaulle pour une certaine Amérique (nous verrons laquelle), il n’y a aucun sentiment, aucune phobie d’aucune sorte. Quand éclate la guerre de 1940, de Gaulle n’était qu’un officier français brillant, donc lettré, et jeune, donc moderniste.
Son affaire, on le sait, c’était les chars, et nullement l’Amérique. Et son ennemi était l’Allemand, pas l’Américain. Celui-ci ne devint un problème pour de Gaulle que du fait de la politique menée par Roosevelt au sujet de la France pendant la guerre. A la tête, jusqu’à ce qu’Hitler ne lui déclare la guerre, en 1942, d’une puissance neutre, celui-ci ne connut ni l’urgence, ni l’importance, ni même l’intérêt de reconnaître la France libre du général de Gaulle. Comme il n’était pas en guerre, et voulait continuer à faire des affaires, le gouvernement américain reconnut non pas de Gaulle, mais Pétain : l’État français de celui-ci contrôlait, en effet une bonne partie du territoire.

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03AMGOT
De quoi s’agit-il ? Ni plus ni moins (et parfois plus que moins) que de la substitution de l’Amérique à l’Allemagne pour l’administration et la gestion de ces territoires européens que les Américains ne qualifiaient encore que d’occupés, et non de libérés : la nécessité, née de la guerre froide, de substituer le rêve à la réalité (la libération à l’occupation) n’existait pas encore.
Concrètement, le projet de l’AMGOT, appliqué à la France comme aux puissances de l’Axe malgré de Gaulle et la Résistance, et malgré que Pétain n’ait jamais déclaré la guerre aux anglo-saxons, signifiait que l’administration toute entière, et le gouvernement même de la France auraient passé aux mains des Américains, que ceux-ci auraient imposé leur monnaie d’occupation, une Constitution à leur convenance, exigé que les colonies françaises passassent sous autorité mondiale (c’est-à-dire américaine) et, cerise sur le gâteau, que la France perde, et cette fois-ci définitivement, l’Alsace, la Lorraine et le Nord, qui auraient passé à un conglomérat wallon, tout à fait dans l’esprit pan-germaniste, tandis que la rive gauche du Rhône et la Corse auraient passé à l’Italie pour prix de son ralliement opportuniste. Bref, la France dépecée !

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04Libération
Mis au courant par les Anglais, qui avaient besoin d’un allié puissant pour s’opposer aux vues hégémoniques des Américains, de Gaulle prit cependant ces derniers de cours. Et il avait une carte maîtresse dans son jeu : son immense popularité, reposant sur le fait qu’il avait unifié, et donc qu’il incarnait, la Résistance. Carte qui devait aussi s’avérer son plus lourd handicap : comme la Résistance comportait une indéniable dimension communiste et qu’elle était foncièrement révolutionnaire, elle dressait contre elle, naturellement, tout ce qui en France craignait le communisme et la révolution.
Et ces gens, qui ne plaçaient pas leur sens de l’honneur dans la patrie, s’empressèrent tous aux pieds des Américains comme jadis à ceux des Allemands. Telle fut la base humaine, opportuniste jusqu’au déshonneur, sur laquelle, selon Branca, les Américains firent reposer leur politique française et européenne durant tout la guerre froide, et même après.

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05L’Europe
Mais les Américains n’avaient pas dit leur dernier mot. S’étant posés en fédérateurs mondiaux de l’anticommunisme (ou chefs du monde libre), ils disposaient de nombreux et puissants relais qui entrèrent en action dès avant que de Gaulle ait dû quitter le gouvernement du fait de la résurrection des partis politiques d’avant guerre (qu’il avait dû reconnaître pour ne pas passer pour un apprenti dictateur).
Le principal était Jean Monnet, homme d’affaires puissant et fondateur, avec ses amis de la Pilgrim Society, de ce que l’on appelle aujourd’hui le mondialisme, soit l’organisation du monde en structures supranationales dépassant et chapeautant des Etats réduits aux tâches de simple administration. Mais Monnet n’eût rien pu faire sans, d’une part, la peur du communisme, et, d’autre part, l’immense puissance financière des Etats-Unis après guerre : non seulement les Américains détenaient la plus grande partie, et de loin, des réserves d’or du monde, mais encore ils étaient parvenus, grâce aux accords de Bretton Woods, à substituer en quelque sorte leur monnaie à l’or, s’arrogeant le droit de fabriquer de l’argent à discrétion.

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06De Gaulle au pouvoir
Revenu aux affaires en 1958, devenu président et doté de pouvoirs confinant à la royauté, de Gaulle s’engagea sur la voie de la souveraineté. Après avoir quitté l’Algérie, il dota la France de la bombe atomique, chassa les militaires américains, rapatria l’or français de Fort Knox, octroya aux colonies noires une indépendance toute relative pour éviter une mainmise américaine, mit un frein à l’intégration européenne et tenta (mais en vain, malgré la bonne volonté du chancelier Adenauer) de faire entrer l’Allemagne dans le jeu français.
Tout cela était déjà difficile à avaler pour l’ami américain et ses affidés européistes. Mais de Gaulle voulut aller plus loin : souhaitant résoudre le grand problème des hommes de sa génération, le drame de la condition ouvrière et salariée, il imagina (avec une « bande de gauchistes », affirmait alors Pompidou), une solution conforme au socialisme français et au catholicisme social : la participation des salariés aux bénéfices des entreprises.

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07Conclusion
1969. Malgré la victoire aux législatives, causée par la peur de la « chientlit » gauchiste, malgré que le président américain Nixon le tînt en grande estime, allant jusqu’à chercher auprès de lui conseil et assistance, le gaullisme avait les reins cassés. Il était décrédibilisé, assimilé par la jeunesse et les intellectuels au fascisme et à la réaction. Il n’était plus qu’un nationalisme hors d’âge, condamné par l’évolution du monde. Et, ultime grandeur du gaullisme, l’ayant compris, de Gaulle décida de partir, mais par le haut. Selon ce que nous en rapporte Branca, mais sa source est ici un propos du général postérieur à l’événement, le référendum de 1969, portant sur une réorganisation administrative ayant pour finalité la mise en œuvre de cette fameuse participation que le patronat assimilait à du communisme, De Gaulle n’aurait jamais cru que les Français l’approuveraient. Il n’aurait voulu, ce faisant, que leur offrir l’occasion de choisir eux-mêmes leur destin : la liberté ou la servitude.

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08Zone critique
Fasciné par son personnage, Eric Branca se ferme aux interprétations de l’histoire qui n’en confirmeraient pas le grandeur. Ici, les thèses européistes d’un Monnet, les idées coloniales d’un Soustelle ne sont pas discutées, rapportées aux intérêts, aux valeurs ou aux groupes sociaux dont elles sont l’expression. Elles n’apparaissent que comme des trahisons.
La disparition de l’esprit national dans l’élite ne fait l’objet d’aucune analyse, seulement d’une constatation indignée. Les raisons des collaborateurs, souvent inspirées par la volonté d’épargner aux Français le renouvellement des massacres de 14-18, ne sont pas prises en compte. Enfin, le phénomène impérial de la domination américaine ne fait pas non plus l’objet d’une mise en perspective, ni dans le cadre de l’histoire de France, ni dans celui de l’histoire du monde.

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09Pour aller plus loin
Ouvrage recensé – Eric Branca, L’ami américain. Washington contre de Gaulle, 1940-1969, Paris, Perrin, 2017.
Du même auteur – Histoire secrète de la droite, 1958-2008, Paris, Plon, 2008.

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