Télécharger l'app

Scanne. C'est dans ta poche.

QR Code — Dygest

Ouvre l'app Appareil photo, pointe sur le code. C'est gratuit à l'essai.

De Salomon à James Anderson

De Salomon à James Anderson

Roger Dachez

L'invention de la franc-maçonnerie

Écouter l'extrait du podcast :
0:00 --:--

Description

Dans la plupart des loges maçonniques du monde, on se dit héritier des bâtisseurs du temple de Salomon. Le roi Hiram, l'architecte venu de Tyr, les colonnes du parvis, le secret transmis de génération en génération : tout un récit relie les francs-maçons d'aujourd'hui à un chantier biblique vieux de près de trois mille ans. C'est beau, c'est cohérent, et c'est largement une construction. Roger Dachez, historien français de la franc-maçonnerie, a passé sa carrière à démêler ce que l'ordre raconte de lui-même et ce que les archives permettent réellement d'établir.

Son livre part d'un constat simple : une institution qui se dit immémoriale est en fait récente, datable, née dans un contexte précis. Entre les tailleurs de pierre médiévaux des chantiers britanniques et les salons de la Londres des Lumières, quelque chose bascule au début du XVIIIe siècle. Des hommes qui n'ont jamais tenu un ciseau se mettent à se réunir, à se reconnaître entre eux, et à se dire les continuateurs d'un métier qu'ils n'exercent pas. Puis un pasteur presbytérien écossais met tout ça par écrit, et fige un récit d'origine qui tiendra trois siècles.

Dachez ne cherche pas à démystifier pour le plaisir de démystifier. Il cherche à comprendre comment une communauté se dote d'une histoire, et pourquoi celle-ci a pris la forme d'une filiation avec Salomon plutôt qu'avec, disons, les corporations de son temps. Le vrai sujet n'est pas la date de naissance de la franc-maçonnerie. C'est le moment où elle décide de se raconter, et ce que ce choix révèle.

La question que l’on se pose : Comment une institution qui se croit héritière du temple de Salomon est-elle en réalité née il y a trois siècles, et pourquoi a-t-elle eu besoin de se fabriquer une origine aussi lointaine ?Ce que l’on va voir : Le passage des véritables tailleurs de pierre aux loges spéculatives, et le moment où un texte imprimé transforme un bricolage de légendes en récit officiel.

Sommaire

01

Chapitre 1 — Un temple, un roi, et une filiation rêvée

Le récit que les francs-maçons se transmettent place leur origine sur un chantier précis : la construction du temple de Jérusalem sous le roi Salomon, aux environs du Xe siècle avant notre ère. Au centre, un personnage qui n'a presque aucune existence biblique développée : Hiram, le maître d'œuvre venu de Tyr, qui devient dans la légende maçonnique le détenteur d'un secret pour lequel il accepte de mourir plutôt que de le livrer. Autour de lui s'organise toute une mythologie du métier, des outils et de la transmission.

Dachez rappelle que cette filiation relève de la légende, pas de l'archive. Aucun fil continu ne relie les ouvriers du temple aux loges du XVIIIe siècle. Ce qui existe en revanche, et que l'historien peut documenter, ce sont des textes beaucoup plus tardifs : les Old Charges, ces manuscrits britanniques des XIVe, XVe et XVIe siècles qui racontent déjà l'histoire du métier de maçon en la faisant remonter très loin. On y trouve des géomètres antiques, des bâtisseurs légendaires, parfois Euclide, parfois des rois d'Angleterre protecteurs de l'art.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

02

Chapitre 2 — Des tailleurs de pierre aux gentlemen curieux

Pour comprendre la bascule, il faut d'abord regarder les loges opératives, celles des véritables tailleurs de pierre. En Écosse surtout, à la fin du XVIe et au XVIIe siècle, ces loges sont bien documentées. On y trouve des maçons de métier, organisés, dotés de statuts, les fameux statuts Schaw rédigés vers 1598 et 1599 par William Schaw, surintendant des bâtiments royaux. On y pratique déjà des formes de reconnaissance entre membres et une certaine mémoire du secret professionnel.

Puis un phénomène discret se produit. Des hommes qui ne sont pas maçons de métier commencent à se faire admettre dans ces loges. Des propriétaires terriens, des hommes de loi, des lettrés, des curieux. On les appelle les membres acceptés, par opposition aux opératifs. Pourquoi des gentlemen voudraient-ils entrer dans une confrérie d'artisans ? Parce que ces loges portent une aura : la géométrie, les secrets de l'art, une sociabilité réglée, un vocabulaire symbolique qui parle à une époque friande d'antiquités et d'ésotérisme.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

03

Chapitre 3 — 1717 : quatre loges dans une taverne londonienne

La date que l'histoire officielle retient comme acte de naissance est 1717. Cette année-là, à Londres, quatre loges décident de se fédérer et créent ce qu'on appellera la Grande Loge de Londres et de Westminster. L'une des loges se réunissait, dit la tradition, à la taverne de l'Oie et du Gril, près de la cathédrale Saint-Paul. On élit un grand maître, on se donne une coordination commune. Pour la première fois, des loges cessent d'être des cellules isolées et s'inscrivent dans une structure englobante.

Dachez invite à la prudence sur cette date devenue sacrée. Les sources contemporaines de 1717 sont minces. Le récit détaillé de cette fondation ne nous est connu que par des textes postérieurs, notamment l'édition de 1738 des Constitutions, rédigée bien après les faits par les mêmes qui avaient intérêt à doter l'institution d'un commencement net. Certains historiens placent d'ailleurs le véritable tournant quelques années plus tard, vers 1721, quand la Grande Loge prend réellement de l'ampleur et de l'autorité.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

04

Chapitre 4 — Anderson réécrit l'origine : le texte fondateur de 1723

Les Constitutions des francs-maçons paraissent en 1723. Anderson y rassemble les devoirs du maçon, l'organisation de la Grande Loge, et surtout une longue histoire légendaire de l'art, qui remonte à Adam, passe par Noé, Nemrod, Abraham, Moïse, culmine à Salomon et son temple, puis se prolonge jusqu'aux temps modernes. C'est la synthèse des vieux récits des Old Charges, mais ordonnée, imprimée, officialisée. Dachez montre qu'Anderson ne se contente pas de copier : il arrange, il comble les trous, il fabrique une continuité là où il n'y avait que des fragments.

La vraie rupture n'est pas dans le contenu légendaire, familier depuis des siècles, mais dans le geste. Avec l'imprimé, le récit cesse d'être un texte d'accueil lu dans une loge pour devenir la charte publique d'une institution. Ce qui était oral, local et variable devient fixe, diffusable, normatif. Anderson transforme un folklore de métier en document fondateur. Et c'est à ce moment précis, bien plus qu'en 1717, que naît la franc-maçonnerie telle qu'on la connaît : au moment où elle se dote d'un texte qui dit qui elle est.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

05

Conclusion

L'histoire que Dachez reconstitue inverse la chronologie intuitive. On croit volontiers que la franc-maçonnerie descend des bâtisseurs de Salomon, et que les textes du XVIIIe siècle n'ont fait que consigner une mémoire ancienne. C'est l'inverse : les loges spéculatives naissent d'abord d'un glissement social, puis s'organisent autour de 1717, et ce n'est qu'avec les Constitutions de 1723 qu'elles se donnent une origine à la hauteur de leurs ambitions. Le mythe n'est pas en amont de l'institution, il est fabriqué en même temps qu'elle.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !