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Couverture de 'Histoire du blaspheme en occident'

Histoire du blasphème en Occident

Alain Cabantous

Exploration historique de la notion de blasphème

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Description

La réapparition dans les dernières décennies d’accusations de blasphème, à l’image de la fatwa qui frappa l’écrivain britannique Salman Rushdie en 1989, confronte les sociétés occidentales à une réalité dont elles ne semblent plus familières.

L’ouvrage d’Alain Cabantous vient dissiper cette impression de dépaysement en retraçant l’évolution des rapports entre société, pouvoir et religion dans l’Europe moderne. Le blasphème y semble omniprésent, et, pour cette raison, lourd de significations.

Sommaire

01

In­tro­duc­tion

Faire l’histoire du blasphème en Occident à l’époque moderne ne signifie pas seulement renseigner les différentes formes que revêt l’expression de la parole impie au sein de cette période déterminée. Le blasphème est bien plutôt envisagé par Alain Cabantous comme une fenêtre que l’historien peut ouvrir sur les mentalités d’Ancien Régime. Son existence dans les sources, en tant que catégorie théologique et réalité judiciaire, permet d’aborder les relations structurelles entre sociétés et pouvoirs, au prisme de la norme religieuse. La violence qui accompagne l’expression et la répression de la parole impie révèle, selon l’approche de l’auteur, les mécanismes du contrôle social ainsi que les résistances qu’il suscite.

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02

Saisir le sens du blasphème

La diversité des sources qui font apparaître le blasphème reflète la multiplicité des approches dont il fait l’objet dans les sociétés de l’Europe occidentale moderne. Traités théologiques, manuels destinés à guider les prêtres dans la pastorale, lois et ouvrages de juristes, minutes et verdicts des procès mettent en scène des théories et des pratiques du blasphème qui ne se recouvrent que jusqu’à un certain point : c’est ce sur quoi l’auteur propose de se fonder pour identifier les différentes institutions et les conceptions qui se font concurrence pour la maîtrise du contrôle social.

Cette diversité rend cependant difficile une définition suffisamment stable du blasphème, si ce n’est que ces sources relèvent, sinon de la répression, du moins de la lutte contre la parole impie. Le blasphème repose sur une transgression par la parole d’une norme religieuse qui doit donc être énoncée et défendue par l’autorité.

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03

Une nouvelle discipline religieuse

La rupture de l’unité religieuse induite par l’émergence de la Réforme de Luther, puis de Calvin et de ses émules au XVIe siècle met précisément à l’épreuve le fondement religieux du lien social dans les royaumes chrétiens. Alors que le blasphème est défini par les théologiens comme l’attribution erronée à Dieu d’éléments qui lui sont incompatibles, le retour de l’hérésie place l’accent sur le contenu du blasphème plus que sur sa forme.

Le développement de la critique humaniste et la plus grande accessibilité du savoir résultant des progrès de l’imprimerie avaient induit une plus grande liberté de l’individu par rapport aux autorités religieuses dans la dévotion. Le protestantisme qui fait de la Bible le seul fondement de la foi achève de contester le monopole des ecclésiastiques sur la définition et l’interprétation du dogme. Dans ce contexte, le blasphème est aisément perçu comme un indice d’hétérodoxie au début de l’époque moderne.

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04

La ci­vi­li­sa­tion des mœurs

Le nouvel encadrement que les élites religieuses entendent imposer aux populations ne se limite pas au respect du dogme et à l’attitude religieuse proprement dite. Bien vite, la discipline doctrinale devient aussi morale, et la condamnation du blasphème sert d’outil pour corriger l’intempérance du peuple, lui inculquer un nouveau modèle de vie. Ainsi, l’Inquisition espagnole décide de reconnaître comme blasphématoire l’affirmation que les relations sexuelles en dehors du mariage ne sont pas un péché mortel.

L’auteur se réfère alors discrètement au concept de civilisation des mœurs du sociologue Norbert Elias pour montrer comment la correction du langage participe à l’effort d’acculturation des élites en direction des classes populaires de façon à accentuer leur contrôle social. Si le langage châtié devient progressivement, à partir du XVIIe siècle, la marque distinctive d’une supériorité sociale des nobles et des bourgeois, les mêmes normes morales et langagières sont adoptées, plus ou moins aisément, aux échelons inférieurs de la société. Cette acculturation descendante mobilise les structures hiérarchiques qui encadrent désormais les populations après la Contre-Réforme.

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05

Le blasphème comme enjeu de pouvoir

Le déplacement de la signification du blasphème aux XVIIe et XVIIIe siècles révèle un essor des enjeux sociaux au détriment du pouvoir normatif de la religion. C’est cette évolution symétrique que l’auteur analyse en mobilisant les avancées historiques sur la culture politique de l’Europe moderne. Les guerres de Religion ont commencé de brouiller, en France du moins, les limites entre les sphères sociale, politique et religieuse ainsi qu’entre les autorités qui les régissaient respectivement.

Avec le règne d’Henri IV, les conflits religieux se soldent par l’émergence de la monarchie de droit divin, qui tire sa légitimité de la médiation divine. La lutte contre le blasphème assumée par le roi vient alors souligner les étapes de l’affirmation du pouvoir royal dans sa monopolisation du sacré. Les lois royales qui réitèrent la condamnation du blasphème correspondent ainsi chronologiquement aux victoires d’Henri IV, Louis XIII et Louis XIV contre leurs opposants.

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06

L’individu et la col­lec­ti­vi­té

Le lien étroit qui associe le blasphème au sacré, et donc à la perception de la légitimité du pouvoir, permet de mesurer l’acceptation de l’autorité par l’individu et donc de son insertion dans la communauté politique. Le blasphème est défini comme déviance par rapport à une norme imposée collectivement, à laquelle chaque individu est sommé de se conformer sous peine d’être exclu de la communauté. Les dispositions de la loi pour accentuer la peine en cas de récidive sont de ce point de vue significatives : le blasphémateur est d’abord exclu de sa paroisse, puis de sa ville, puis de la société dans son ensemble s’il ne s’amende pas, jusqu’à encourir la mutilation et la mise à mort.

L’auteur met cependant en garde contre la représentation de la passivité de l’individu qui blasphème face à ce dispositif : il cherche à analyser le blasphème non seulement comme institution sociale, mais aussi comme pratique. Il montre ainsi que blasphémer permet pour certains individus et certains groupes de se définir par rapport à la collectivité, pour affirmer par exemple l’indépendance qui fonde leur position sociale. C’est le cas des nobles militaires, mais aussi des marins, par exemple ; plus largement, l’expression de la parole impie prend la forme d’un trait de l’identité masculine au début de l’époque moderne, valorisant l’affirmation de soi.

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07

Conclusion

Alain Cabantous tire parti de la diversité des sources et des situations touchant à la question du blasphème dans l’Europe occidentale moderne pour rendre compte des multiples aspects que cette réalité y recouvre.

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08

Zone critique

L’attention portée par l’auteur aux spécificités théologiques du christianisme à l’époque moderne ainsi qu’aux mouvements diachroniques le distingue nettement des approches anthropologiques développées par des historiens, surtout américains, à la recherche d’une vision générale ou transhistorique du blasphème.

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09

Pour aller plus loin

Ouvrage recensé – Histoire du blasphème en Occident, Paris, éditions Albin Michel, 1998.

Du même auteur – Le dimanche, une histoire : Europe occidentale, 1600-1830. Paris, Éd. du Seuil, 2013.

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