
The World as It Is
Huit ans de politique étrangère américaine
Description
En 2007, un type de vingt-neuf ans qui rêvait d'écrire des romans se retrouve à rédiger des discours pour un sénateur de l'Illinois presque inconnu à l'échelle nationale. Neuf ans plus tard, ce même type, Ben Rhodes, quitte la Maison-Blanche comme conseiller adjoint à la sécurité nationale, après avoir été dans la pièce pour à peu près chaque décision de politique étrangère de la présidence Obama. Son bouquin, "The World as It Is", paru en 2018, raconte ces années de l'intérieur — pas comme un mémoire de vieux briscard qui règle ses comptes, mais comme le journal d'un jeune homme qui apprend en temps réel comment le monde résiste aux bonnes intentions.
Le titre vient d'une formule qu'Obama répétait : gouverner le monde tel qu'il est, pas tel qu'on voudrait qu'il soit. C'est toute la tension du livre. On arrive en 2009 avec l'idée qu'on va refermer Guantanamo, sortir d'Irak, tendre la main au monde musulman, et on découvre que chaque geste se heurte à des généraux, à un Congrès, à des alliés nerveux, à des adversaires qui n'ont pas lu le même script. Le récit est celui d'un idéalisme qui négocie, chaque jour, avec le réel.
Rhodes écrit avec une honnêteté rare pour quelqu'un qui a été si proche du pouvoir. Il note les victoires, mais il s'attarde surtout sur les moments où la machine s'est grippée, où une décision prise dans la Situation Room a produit l'inverse de ce qu'on espérait. Et il ferme le livre sur une note qu'on n'attend pas d'un ancien conseiller : le doute.
La question que l’on se pose : Comment une équipe arrivée pour changer la manière dont l'Amérique se comporte dans le monde compose-t-elle, huit ans durant, avec ce que le monde lui impose ?Ce que l’on va voir : Le trajet d'un homme entré par la plume dans les coulisses du pouvoir, les arbitrages diplomatiques d'une présidence prise entre ses promesses et les contraintes, et les regrets qu'il finit par poser noir sur blanc.
Sommaire
01Chapitre 1 — Un discours à Chicago et un aller simple pour Washington
Rhodes n'est pas un enfant de la diplomatie. Il grandit à New York, veut écrire de la fiction, et le 11 septembre 2001 le cueille en pleine ville pendant qu'il fait un master d'écriture créative. L'événement le pousse vers la politique étrangère presque par accident. Il atterrit d'abord chez un ancien membre de la commission qui enquête sur les attentats, apprend le dossier du terrorisme et de la sécurité nationale sur le tas, puis rejoint la campagne Obama en 2007 comme plume. À l'époque, personne ne parie sur ce candidat.
Ce qui frappe dans son récit, c'est la vitesse. Il écrit des discours, se retrouve à formuler des positions sur l'Irak, l'Iran, Israël, et découvre qu'un discours n'est pas un habillage : c'est de la politique en train de se décider. La campagne fonctionne parce qu'Obama et lui partagent une intuition — que la manière de raconter l'Amérique au monde compte autant que ce qu'elle fait. Le discours du Caire en 2009, adressé au monde musulman, sort en partie de sa plume.

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02Chapitre 2 — La doctrine du "ne pas faire de connerie"
Il existe une formule qui circulait dans l'équipe Obama pour résumer sa ligne : ne pas faire de bêtises. La version originale est plus crue, mais l'idée tient dans ces mots. Après l'Irak de 2003, l'administration part d'un constat simple — l'usage massif de la force américaine a produit des désastres, et la retenue est souvent plus sage que l'action. Rhodes décrit une présidence qui se méfie des solutions militaires réclamées par presque tout l'establishment de Washington.
Cette prudence a un prix politique. À chaque crise, une partie de la capitale, des éditorialistes aux anciens de l'ère Bush, réclame de la fermeté, des frappes, une démonstration de force. Obama résiste, calcule, cherche la sortie diplomatique. Rhodes montre à quel point cette posture est solitaire : le président se retrouve régulièrement à contre-courant de ses propres conseillers militaires, qui voient dans chaque retenue un signe de faiblesse envoyé aux adversaires.

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03Chapitre 3 — Cuba, l'Iran : les paris qui ont tenu
Au milieu des impasses, deux dossiers avancent, et Rhodes est au cœur des deux. Le rapprochement avec Cuba, d'abord, dont il mène personnellement les négociations secrètes. Pendant plus d'un an, dans des hôtels au Canada et ailleurs, des émissaires américains et cubains discutent en dehors de tout regard, préparant le rétablissement des relations annoncé en décembre 2014. C'est un travail de patience, d'échanges de prisonniers, de messages passés par le Vatican et le pape François.
Rhodes raconte l'affaire comme un thriller feutré : les allers-retours secrets, la peur qu'une fuite fasse tout capoter, le moment où Obama et Raúl Castro se parlent au téléphone après un demi-siècle de rupture. Pour lui, c'est la preuve qu'un blocage figé depuis les années 1960 pouvait céder si l'on acceptait de parler à un adversaire plutôt que de l'attendre à genoux. Le pari repose sur une idée simple : l'isolement n'avait rien changé en cinquante ans, l'ouverture méritait d'être tentée.

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04Chapitre 4 — La Syrie, ou la ligne rouge qui n'a pas tenu
Si un dossier hante le livre, c'est la Syrie. En 2012, Obama déclare que l'usage d'armes chimiques par le régime de Bachar el-Assad constituerait une ligne rouge. En 2013, cette ligne est franchie : une attaque au gaz sarin près de Damas tue des centaines de civils. La machine américaine se prépare à frapper. Puis, au dernier moment, Obama décide de demander l'aval du Congrès — qui ne viendra pas — et un accord russe sur le démantèlement de l'arsenal chimique syrien remplace les frappes.
Rhodes livre ce moment comme une plaie ouverte. Il défend la logique de la décision — l'Amérique venait de deux guerres, l'opinion refusait un nouvel engagement, et l'accord obtenu a effectivement fait sortir des tonnes d'armes chimiques du pays. Mais il reconnaît le coût : la crédibilité de la parole américaine a été entamée, les alliés ont douté, les adversaires ont conclu que Washington ne suivrait pas ses menaces d'actes. La Syrie sombre ensuite dans une décennie d'horreur que rien n'a pu arrêter.

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05Conclusion
À la fin du livre, Rhodes ne se raconte pas d'histoire. La nuit de l'élection de 2016, il regarde s'effondrer une bonne partie de ce que huit ans avaient patiemment bâti — l'accord iranien menacé, l'ouverture cubaine bientôt refermée, la posture diplomatique remplacée par autre chose. Il ne cache pas le vertige de voir un héritage se défaire aussi vite qu'il s'était construit. Le doute qui traverse ces dernières pages n'est pas de la posture : c'est celui d'un homme qui a cru pouvoir infléchir le cours du monde et qui mesure à quel point cet infléchissement était fragile.

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