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The Premonition

The Premonition

Michael Lewis

Ceux qui avaient prévu la pandémie

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Description

En 2005, George W. Bush lit pendant ses vacances un livre sur la grippe de 1918. Il en ressort avec une frousse concrète et une consigne : les États-Unis doivent avoir un plan pour la prochaine pandémie. La commande atterrit sur le bureau de quelques scientifiques, dont un certain Richard Hatchett et un médecin militaire, Carter Mecher. Ce qu'ils vont produire n'a rien d'évident : l'idée que face à un virus respiratoire, on peut casser les chaînes de transmission en fermant les écoles, en éloignant les gens, avant même qu'un vaccin existe. La distanciation sociale, en somme, longtemps avant qu'on connaisse le mot.

C'est le point de départ de The Premonition, le livre que Michael Lewis publie en 2021. Lewis, c'est le type qui avait raconté la crise financière de 2008 dans The Big Short en suivant les rares qui l'avaient vue venir. Il applique ici la même recette à la pandémie : ne pas raconter le virus, mais raconter les gens qui l'avaient prévu. Des figures obscures, souvent en marge des grandes agences, qui ont passé quinze ans à préparer un scénario que personne, en haut, ne voulait vraiment jouer.

Le récit tourne autour d'une poignée de personnages : une fonctionnaire de santé publique de Santa Barbara, un père de famille qui bricole des modèles épidémiologiques dans son garage, un biochimiste devenu chasseur de virus. Tous ont vu arriver la même chose. Presque aucun n'était en position de la faire arrêter à temps.

La question que l’on se pose : Comment un pays qui avait, sur le papier, tout prévu s'est-il retrouvé paralysé quand la pandémie est arrivée pour de vrai ?Ce que l’on va voir : Le portrait d'une poignée d'obstinés qui avaient anticipé la catastrophe, et le récit de ce qui les a empêchés d'être écoutés.

Sommaire

01

Chapitre 1 — Un plan de bataille écrit par une lycéenne

Une des scènes fondatrices du livre n'a rien de scientifique. Vers 2006, la fille de Bob Glass, treize ans, prépare un exposé de sciences sur la grande peste. Elle se demande, tout haut, pourquoi les épidémies s'arrêtaient parfois quand les gens cessaient de se côtoyer. Son père, Bob Glass, travaille dans un laboratoire national du Nouveau-Mexique et modélise des systèmes complexes. Il aide sa fille à construire un modèle de contagion à l'échelle d'une communité fictive, avec des écoles, des familles, des lieux de travail. Le modèle sort une conclusion nette : les enfants sont des super-propagateurs, et fermer les écoles casse la transmission plus efficacement que presque n'importe quelle autre mesure.

Glass envoie son travail aux autorités. Silence poli. À l'époque, l'orthodoxie de la santé publique tient en une phrase : contre une pandémie de grippe, on ne peut rien faire d'utile avant d'avoir un vaccin, et fermer des écoles ne sert qu'à affoler les gens. L'idée qu'un modèle bricolé autour d'un exposé de collège puisse contredire des décennies de doctrine passe pour de la présomption. Sauf que le travail de Glass tombe entre les mains de Carter Mecher et Richard Hatchett, les deux hommes chargés d'écrire le plan pandémie de la Maison-Blanche.

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02

Chapitre 2 — Les Wolverines, une bande de médecins qui s'écrivent en douce

Autour de Mecher se forme, au fil des années, un réseau informel de gens qui pensent la même chose et qu'aucune agence ne coordonne vraiment. Ils s'appellent entre eux les Wolverines, en référence au film Red Dawn, où une bande d'ados résiste à une invasion. Le nom en dit long : ils se vivent en résistants, en marge, loin des couloirs officiels. On y trouve des médecins, des vétérans de la santé publique, des scientifiques qui échangent par mail à toute heure sur les menaces virales.

La figure la plus romanesque du groupe est Charity Dean, une médecin de santé publique de Santa Barbara. Lewis en fait un personnage à part entière : jeune femme dans un milieu de bureaucrates prudents, prête à découper elle-même un cadavre pour diagnostiquer une tuberculose quand la hiérarchie traîne, convaincue que la santé publique est une guerre et qu'on la perd par excès de précaution. Elle incarne dans le livre le tempérament du soldat, opposé à celui du fonctionnaire qui couvre ses arrières.

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03

Chapitre 3 — Santa Barbara, mars 2020 — voir venir la vague

Au début de 2020, Charity Dean n'est plus à Santa Barbara mais à Sacramento, numéro deux de la santé publique de Californie. Elle regarde les premiers signaux chinois avec les yeux de quelqu'un qui a répété cet exercice cent fois. Là où l'administration parle de cas isolés et de risque faible, elle voit une combustion. Le livre la montre se battant en interne pour faire admettre une évidence : sans tests massifs, on est aveugle, et quand on verra les corps, il sera déjà trop tard.

La bataille est autant technique que psychologique. Le système de tests américain se grippe. Le CDC diffuse un kit défectueux, la réglementation empêche les laboratoires universitaires de développer les leurs, et pendant des semaines, le pays le mieux équipé du monde reste sans yeux. Mecher, de son côté, bombarde les Wolverines de calculs : à partir d'une poignée de cas connus, il extrapole une contamination silencieuse déjà largement répandue. Ses estimations, jugées alarmistes en février, se révéleront proches de la réalité.

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04

Chapitre 4 — Une machine à ne rien faire

Le vrai personnage de The Premonition n'est ni le virus ni les Wolverines : c'est l'inertie institutionnelle. Lewis s'intéresse moins à ce qui a été mal prévu qu'à ce qui, ayant été parfaitement prévu, n'a pas été exécuté. Le plan existait, les modèles existaient, les gens compétents existaient. Ce qui manquait, c'était une chaîne de commandement capable de transformer un savoir en décision. Le livre décrit une organisation où la responsabilité est si diluée que personne ne peut, ni ne veut, prendre la décision coûteuse au bon moment.

Le paradoxe qu'il expose est cruel. Le CDC est devenu prudent à force d'être scruté. Chaque erreur passée l'a rendu plus soucieux de sa réputation, donc plus lent, plus académique, moins opérationnel. Une agence qui a peur de se tromper finit par choisir de ne pas agir — car l'inaction, elle, ne laisse pas de trace d'erreur signée. C'est le renversement au cœur du récit : l'institution la plus experte du monde s'était optimisée pour ne pas être blâmée, pas pour sauver des vies.

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05

Conclusion

The Premonition raconte, au fond, une réussite qui n'a servi à rien. Un plan écrit dès 2007 à partir d'un modèle bricolé autour d'un exposé de collégienne, un réseau de médecins qui avaient répété le scénario pendant quinze ans, une poignée de fonctionnaires capables de lire la courbe avant tout le monde : les États-Unis possédaient tout l'attirail intellectuel pour affronter 2020. L'histoire que Lewis reconstitue n'est pas celle d'un aveuglement, mais celle d'une lucidité qui n'a trouvé aucune main pour l'exécuter à temps.

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