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Couverture de 'La revolution du feminin'

La Révolution du féminin

Camille Froidevaux-Metterie

La révolution féminine sera corporelle, ou ne sera pas

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Description

Ce livre est une étude à la fois philosophique et sociologique sur les modifications de la perception du féminin et, notamment du corps attribué au genre féminin. À force de luttes contre la domination masculine, les femmes en sont venues à désexualiser les rôles familiaux, sociaux, et leurs propres corps, pour atteindre ce qu’elle appelle une « convergence des genres ».

Cependant, malgré une multitude de potentialités, de genres et de sexualités, il est plus que jamais demandé aux humains de se définir : or, comment faire pour les femmes lorsque des décennies de combats féministes ont fait disparaître le corps féminin ? L’autrice décide de remettre au centre le corps féminin, car, selon elle, la révolution féminine sera corporelle, ou ne sera pas.

Sommaire

01

In­tro­duc­tion

C’est avec une approche philosophique que l’autrice décide de nous plonger, depuis l’Antiquité jusqu’à nos jours, dans les profondes transformations qu’apportent au quotidien la pensée et les combats féministes. Son objectif : montrer à quel point ils aboutissent à la suppression de la division ancestrale du « privé-féminin » et du « public-masculin ». En effet, les femmes ont historiquement été assignées au foyer et les hommes à l’extérieur, à la vie politique et économique.

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02

La domination masculine est liée au religieux

De tout temps, les femmes ont été attribuées à la vie privée du foyer et les hommes à l’extérieur, au politique, situation entérinée par la puissance religieuse. Si les pensées féministes émergent au fil des siècles, il faut attendre 1970 pour que le prisme de la domination masculine soit appliqué à tous les domaines de l’existence, et pour que les théoriciennes mettent au même niveau la sphère publique et la sphère privée.

En effet, dès l’Antiquité, les femmes étaient déjà assignées au foyer, et les philosophes de l’époque comme Platon ou Aristote ont confirmé l’infériorité féminine (la femme était comparée à un mâle infertile). Aristote explique que le destin naturel des femmes est domestique. Il en va de même à Rome, où les femmes quittent l’école à 12 ans pour se préparer à leur statut d’épouse, même si, à partir du Ier siècle, le statut de femme au foyer est valorisé.

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03

Une philosophie contre le féminin

L’autrice établit un état des lieux des diverses pensées philosophiques à travers les siècles, en parallèle avec l’histoire chrétienne résumée plus haut. Elle prend l’exemple du Prince de Machiavel, paru au XVIe siècle : il attribue tout ce qui touche à la sphère publique, donc aux hommes, les valeurs comme la ruse, la force, la violence, autant d’éléments qui fondent aussi l’autorité masculine. Dans cet ouvrage, les valeurs domestiques sont considérées comme moindres, et elles sont évidemment attribuées aux femmes. Hobbes, dans son ouvrage le Léviathan, réaffirme la règle patriarcale en indiquant que le référent familial se doit d’être le père parce que « la plupart des républiques ont été fondées par des pères ».

On pouvait reprendre espoir avec John Locke (XVIIe siècle) qui défendait une idée égalitaire de la société : pour lui, père et mère avaient égale autorité dans le foyer. Idée sur laquelle il revint rapidement en attestant de la supériorité physique de l’homme, et donc sa supériorité globale dans la société. Au XVIIIe siècle, Rousseau, qui abhorrer le sexe féminin, présente dans plusieurs de ses ouvrages l’enfermement féminin comme une nécessité : les femmes étant mues par leurs désirs. Dans Le Contrat social, il exclut d’ailleurs complètement les femmes, et le seul moment où il aborde l’éducation féminine est celui où il établit une comparaison entre hommes et femmes : ses propos marquent d’ailleurs le début de la sexualisation du corps féminin, du “male gaze” (les femmes se construisent par rapport à ce que les hommes attendent d’elles). Cela marque également le début du développement du culte du corps.

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04

An­thro­po­lo­gie et psy­cha­na­lyse au service du masculin

Camille Froidevaux-Metterie s’attarde sur l’apparition de cette discipline au XIXe siècle : on découvre que toutes les sociétés pratiquent la division sexuée du travail. Si certaines sociétés étaient plutôt matriarcales, elles étaient toutefois considérées comme sauvages, et l’instauration du patriarcat est alors perçue comme la finalité du progrès et de l’organisation (p.193).

Cependant, cette discipline, comme beaucoup d’autres, souffre d’un biais genré, puisqu’elle a pendant longtemps été seulement pratiquée par des hommes. Robert H. Lowie explique que les premiers anthropologues se sont trompés en attribuant une dimension négative aux femmes des sociétés primitives. À partir du XXe siècle d’ailleurs, on ne parle plus de société matriarcale, mais plutôt matrilinéaire, et l’on montre surtout que la division masculin/féminin et sa hiérarchie relèvent du culturel, et non de l’inné. En effet, le partage sexué répond à une finalité sociale et non biologique, avec le désir de contrôle de la reproduction de la part de ceux qui ne disposent pas de ce pouvoir, comme l’explique Françoise Héritier.

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05

Le corps des femmes (et sa disparition) dans la lutte féministe

Si le sujet de la maternité est central dans les années 1960, avec une réaffirmation du soi maternel, une propension au soin spécifiquement féminin (Nancy J. Chodorow), la pensée féministe à partir des années 1980 représenter une rupture totale. On parlait avant de réattribuer le pouvoir maternant aux femmes en attribuant un statut social à cette fonction, on parle désormais de mettre fin à la conception même de la femme au foyer, de l’instinct maternel, de la propension naturelle des femmes à prendre soin d’autrui.

En effet, l’après-Première Guerre mondiale a connu une grande politique nataliste de repopulation (en 1923, le Code pénal fait de l’avortement un délit), mais dans les années 1950, Simone de Beauvoir choque en parlant de la maternité comme source principale d’aliénation des femmes: elle parle du fœtus comme d’un parasite et de la ménopause comme une libération du joug de la nature. p.290 La troisième vague féministe (années 80) demande donc un réel affranchissement des femmes de leur supposé destin biologique, à la suite de l’arrivée de moyens de contraception fiables et de la légalisation de l’avortement. On commence à déconstruire le genre, encore appelé « sexe social ».

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06

Conclusion

Le corps féminin et le concept même de féminité ont longtemps été une prison pour les femmes : il peut être aujourd’hui un vecteur de liberté (p.454). Il s’agit de se réapproprier de manière positive tout ce qui a été dévalué comme étant spécifiquement féminin.

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07

Zone critique

La principale problématique de ce livre est l’accessibilité de l’ouvrage, qui regorge de concepts et de références philosophiques. Le ton employé est parfois assez condescendant, et en tout cas, il met en avant un féminisme blanc bourgeois, qui considère que l’expérience d’une femme blanche est l’apanage de tous.tes. Il est difficile de poursuivre la lecture jusqu’au bout, mais lorsqu’on s’y tient, on découvre néanmoins des concepts intéressants, et une fine analyse des diverses vagues féministes. On comprend aussi mieux, grâce à l’ouvrage, les fondements du patriarcat qui s’est imposé au fil des siècles, encouragé par une élite profondément misogyne.

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08

Pour aller plus loin

Ouvrage recensé – Camille Froidevaux-Metterie, La révolution du féminin, Paris, éditions Gallimard, 2015.

De la même autrice : – Le corps des femmes : la bataille de l'intime, Paris, Philosophie magazine éditeur, 2018. – Seins : En quête d'une libération, Paris, Anamosa, 2020.

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