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The Biology of Desire

The Biology of Desire

Marc Lewis

L'addiction n'est pas une maladie

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Description

Marc Lewis a passé une partie de sa vingtaine à se piquer, à voler des seringues dans des hôpitaux et à mentir à peu près à tout le monde autour de lui. Puis il a arrêté, repris des études, et il est devenu neuroscientifique du développement, spécialiste de ce qui se passe dans un cerveau quand il désire. En 2015, il publie The Biology of Desire, un bouquin qui part de son propre parcours et de celui de cinq autres personnes pour défendre une idée qui dérange autant les médecins que les groupes d'entraide : l'addiction n'est pas une maladie.

L'affirmation a de quoi faire sursauter. Depuis des décennies, on répète que l'addiction est une pathologie chronique du cerveau, au même titre que le diabète ou l'hypertension. C'est le discours des institutions de santé, celui des campagnes de prévention, celui qu'on entend dans les réunions des Alcooliques anonymes. Dire l'inverse, c'est risquer de passer pour quelqu'un qui minimise, qui juge, qui renvoie les personnes dépendantes à leur supposé manque de volonté.

Sauf que Lewis ne dit pas ça. Il regarde exactement les mêmes images cérébrales que les défenseurs du modèle médical, il ne conteste aucune des données. Ce qu'il conteste, c'est ce qu'on en conclut. Là où d'autres voient une machine cassée, lui voit un cerveau qui fonctionne parfaitement — un cerveau qui apprend, comme il est fait pour apprendre, et qui apprend juste la mauvaise chose.

La question que l’on se pose : Si le cerveau d'une personne dépendante change vraiment, comme le montrent les scanners, pourquoi ce changement serait-il une maladie plutôt qu'un apprentissage poussé à l'extrême ?Ce que l’on va voir : Comment un neuroscientifique passé par la dépendance en vient à décrire l'addiction non comme un organe malade mais comme un désir qui a appris à se boucler sur lui-même.

Sommaire

01

Chapitre 1 — Un neu­ros­cien­ti­fique qui a lui-même plongé

Lewis ne raconte pas l'addiction depuis un laboratoire. Il l'a vécue, longtemps, sous à peu près toutes ses formes. Étudiant à Berkeley à la fin des années 1960, il commence par les substances qui traînent dans l'époque, glisse vers les opiacés, et passe plusieurs années dans une dépendance sévère qui le mène jusqu'au vol de médicaments dans des cliniques. Il finit par toucher le fond de manière assez classique — arrestations, ruptures, isolement — avant de sortir de la spirale au tournant de la trentaine.

Ce parcours n'est pas un détail biographique posé pour faire vrai. Il est le cœur de la méthode du livre. Lewis a d'abord été le sujet de l'expérience, puis il est devenu celui qui l'étudie. Devenu chercheur en neurosciences du développement, il a passé des années à observer comment le cerveau se transforme au fil de l'apprentissage — chez l'enfant, chez l'adulte — et il a fini par appliquer cette grille à ce qu'il avait traversé.

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02

Chapitre 2 — Le cerveau qui apprend trop bien

Le point de départ scientifique de Lewis, c'est la neuroplasticité : le cerveau se remodèle en fonction de ce qu'il vit. Chaque expérience répétée renforce certains circuits et en laisse d'autres s'affaiblir. C'est comme ça qu'on apprend une langue, un instrument, un trajet en voiture qu'on finit par faire sans y penser. Le cerveau n'est pas un organe fixe qu'une substance viendrait abîmer — c'est un organe qui se sculpte, en permanence, à partir de la répétition.

Au centre de ce remodelage, un circuit précis : celui qui relie le striatum ventral, où se joue l'anticipation du plaisir, au cortex préfrontal, qui pèse et décide. La dopamine, dont on dit souvent à tort qu'elle est la molécule du plaisir, est en réalité la molécule du désir — elle ne récompense pas, elle réclame. Elle signale « ça, c'est important, va vers ça ». Chaque fois qu'une expérience procure un soulagement fort, ce circuit apprend à la vouloir davantage, et à la vouloir avant même qu'elle arrive.

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03

Chapitre 3 — Ni vice ni maladie : une troisième voie

Pendant longtemps, deux récits se sont opposés sur l'addiction. Le premier, moral, en fait une faiblesse : la personne dépendante manque de volonté, cède, se laisse aller. Le second, médical, a été construit précisément contre le premier, pour retirer la faute et la honte : ce n'est pas ta faute, tu es malade, ton cerveau est atteint. Ce basculement vers la maladie a été une avancée réelle — il a permis de soigner plutôt que de punir, de financer la recherche, de traiter les personnes avec plus d'humanité.

Lewis reconnaît ce mérite, et c'est ce qui rend sa position délicate. Il ne veut pas renvoyer les gens vers le récit moral. Mais il pense que le modèle médical, en gagnant contre la faute, a créé un autre piège. Dire à quelqu'un qu'il a une maladie chronique du cerveau, c'est lui dire que quelque chose en lui est cassé pour toujours, indépendant de sa volonté, hors de sa portée. Or l'addiction, insiste-t-il, n'est pas indépendante du désir et du sens — elle en est faite.

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04

Chapitre 4 — Guérir sans se penser malade à vie

Ce déplacement de la maladie vers l'apprentissage n'est pas qu'une querelle de mots entre chercheurs. Il change concrètement la manière dont on peut sortir d'une addiction, et la façon dont on se raconte après. Si l'addiction est une lésion chronique, la guérison complète devient suspecte : on reste « en rémission », à vie, un verre ou une dose loin de la rechute. Le modèle médical installe l'idée qu'on ne se débarrasse jamais vraiment de ce qu'on est devenu.

Lewis observe que les données ne collent pas tout à fait à ce récit. Une part importante des personnes qui ont été dépendantes finissent par sortir durablement de leur addiction, souvent sans traitement formel, en vieillissant, en changeant de vie, en trouvant autre chose à vouloir. Ce phénomène — que la recherche appelle parfois la sortie naturelle — cadre mal avec l'image d'une maladie chronique, mais très bien avec l'idée d'une phase de développement qu'on finit par dépasser.

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05

Conclusion

Lewis regarde les mêmes scanners que tout le monde et n'en tire pas la même histoire. Le cerveau d'une personne dépendante a changé, personne ne le nie. Mais changer, pour un cerveau, c'est précisément ce qu'il fait de mieux — c'est apprendre. En appelant maladie ce qui est un apprentissage porté à l'extrême, on a voulu retirer la honte, et on a réussi ; on a aussi, sans le vouloir, installé l'idée que la sortie était toujours provisoire.

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