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Couverture de 'La langue secrete du corps'

La Langue secrète du corps

Anne Ancelin Schützenberger

Comprendre les messages cachés du corps

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Description

Et si notre corps s’avérait bien plus volubile et expressif que le langage verbal ? C’est ce que révèle Anne Ancelin Schützenberger, en mettant en lumière les mécanismes d’un système de communication corporelle extrêmement complexe.

Des attitudes et postures aux expressions du visage les plus imperceptibles, les gestes, mimiques et micromouvements envoient des messages que l’interlocuteur détecte et interprète sans même s’en rendre compte.

Sommaire

01

In­tro­duc­tion

Quand on évoque le langage, on pense d’emblée à la communication verbale ou écrite. Il existe pourtant un autre type de langage, moins formalisé et peut-être plus complexe, celui du corps. Du geste de salutation au simple frémissement des lèvres, la communication corporelle accompagne la parole ou bien constitue un mode d’expression à elle seule. Si elle paraît souvent mineure, elle est néanmoins au cœur de tous nos échanges avec autrui.

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02

Les recherches pionnières en com­mu­ni­ca­tion non verbale

Charles Darwin est considéré comme l’un des précurseurs en matière de communication non verbale. Dès la fin du XIXe siècle, ses observations sur le comportement animal ou humain l’amènent à établir l’existence d’universaux, c’est-à-dire de manifestations ou expressions corporelles communes à une espèce, indépendamment de son groupe social.

Charles Darwin va même plus loin. Il considère qu’un certain nombre de gestes et attitudes sont hérités de comportements archaïques, qui ont perdu leur fonction première au fil de l’évolution naturelle d’une espèce, mais demeurent ancrés dans son répertoire gestuel.

C’est ce qu’il appelle les « habitudes associées utiles ». Originellement effectués pour répondre à une situation donnée, ces actes continuent d’être réalisés bien qu’ils n’aient plus de raison d’être. Par exemple, le chien domestiqué tourne en rond avant de se coucher, comme le faisaient autrefois ses ancêtres pour aplanir l’herbe.

Il faut attendre les années 1920-1940 pour que la communication non verbale soit étudiée de façon plus approfondie, sous l’impulsion du développement de la psychanalyse, notamment aux États-Unis. Certains psychologues, comme Wilhelm Reich, en font même une donnée essentielle de la thérapie.

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03

Du langage verbal au langage non verbal

La communication est à la base de nos relations sociales, au point que le refus de communiquer apparaît comme pathologique dans les cas les plus extrêmes, tels que la schizophrénie. Le langage que nous utilisons pour échanger avec autrui est composé de trois catégories principales de signaux qui interagissent et se complètent. Il y a tout d’abord le langage verbal, considéré comme un processus digital. Cela signifie que les mots ne renvoient à la réalité que par une convention linguistique figée. Ainsi, la dénomination du téléphone est restée la même malgré les changements qu’a connus cet objet depuis sa création.

A contrario, le langage non verbal fonctionne de façon analogique dans la mesure où il reflète la réalité et n’est pas utilisé dans le but d’informer. Il existe principalement dans l’interaction avec autrui et délivre des messages plus implicites. Enfin, le paralangage englobe tous les « signes acoustiques non verbaux » (p. 222), tels que les sifflements, la tonalité de la voix ou les claquements de langue, qui ponctuent une conversation.

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04

Le corps, un élément central de notre construc­tion in­di­vi­duelle

Dès son plus jeune âge, l’enfant entre en relation avec le monde extérieur et son entourage par l’intermédiaire de son corps. Les contacts physiques sont au cœur de ses premières expériences et jalonnent les différents stades de son évolution.

C’est par le biais de toutes ses facultés sensitives et corporelles que le tout-petit élabore et développe le lien avec sa mère. L’interaction se crée à partir des sensations olfactives, visuelles et tactiles dont elle est à l’origine. Selon certains psychanalystes, l’apprentissage du mouvement par l’enfant lui permet de forger sa personnalité. Il serait même doté dès la naissance d’une identité motrice et gestuelle propre, qu’il affirme tout au long de son évolution. Parallèlement, l’enfant s’approprie les types de mouvements faciaux qu’il observe dans son entourage. Les expressions du visage ne sont donc pas simplement innées, mais sont aussi influencées par l’environnement familial et culturel.

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05

Le corps, reflet de nos émotions

Le corps laisse transparaître l’état intérieur d’une personne. Invisibles à l’œil nu, les couronnes kirliennes en sont la preuve : elles auréolent la silhouette d’un halo plus ou moins intense et coloré en fonction de nos sentiments.

Toutes les parties du corps peuvent trahir nos émotions les plus profondes. Le langage corporel revêt en effet une dimension plus personnelle que le langage verbal. Il est souvent plus expressif qu’on ne le voudrait, bien qu’il soit possible de cacher ses sentiments derrière un masque social. Certaines zones du corps se prêtent plus facilement à la dissimulation des émotions.

Pour les psychologues Paul Ekman et Wallace Friesen, les muscles du visage se laissent plus aisément dompter, sans doute en raison de leur proximité avec le cerveau. À l’inverse, les jambes et les pieds sont moins contrôlables. Ils peuvent manifester un état d’anxiété ou d’impatience, sans que nous parvenions à canaliser leur agitation. On parle dans ce cas de « fuites de sentiments » (p. 78).

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06

Le décodage du langage non verbal

Lorsque deux individus sont en présence l’un de l’autre, ils amorcent d’emblée une communication par le simple fait d’entrer en contact visuel. La rencontre n’a vraiment lieu que si chacun reconnaît en l’autre son semblable. C’est pourquoi la phase préalable à toute interaction est de soumettre l’interlocuteur à une « identification sociale virtuelle » (p. 181), qui s’effectue de façon inconsciente. Cette étape vise à vérifier que l’autre partage avec nous une culture, une langue, des codes sociaux identiques. Il est évident qu’à ce stade, les signaux non verbaux tiennent une place prépondérante.

Ray Birdwhistell note à cet égard qu’il est possible de repérer la nationalité, la classe sociale ou la religion de quelqu’un en détaillant simplement son apparence et ses mouvements corporels. Si l’autre n’entre pas dans les normes culturelles qui sont les nôtres, il est perçu comme différent. Il risque d’être envisagé comme une « non-personne », surtout s’il présente un stigmate. Erving Goffman en dénombre trois types : les difformités corporelles, les déviances psychologiques, les stigmates tribaux transmis par la famille, tels que les croyances ou la nationalité.

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07

Les modalités des in­ter­ac­tions in­ter­per­son­nelles

Le corps est au cœur des échanges avec autrui. Il est étroitement lié à la notion d’espace individuel. Mais à la différence de l’animal chez qui la violation du territoire est défendue, l’homme adapte et module ses exigences en fonction des individus qu’il côtoie. Il dispose d’une « aire personnelle de sécurité » qui lui permet de se protéger. L’étendue de celle-ci varie selon la culture, la personnalité, ainsi que la nature de la relation avec autrui.

Les comportements territoriaux humains sont donc régis par le respect de distances interpersonnelles. Il en existe quatre : la distance intime pour les personnes proches ; la distance personnelle où l’on ne perçoit plus la chaleur corporelle de l’autre, mais peut encore le toucher ; la distance sociale, appliquée dans les relations professionnelles, où le contact n’est plus que visuel ; la distance publique, utilisée par les célébrités.

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08

Conclusion

La communication non verbale est infiniment riche. Qu’elle soit codifiée par les usages sociaux ou qu’elle soit l’expression spontanée de nos émotions, elle constitue à elle seule un langage aussi structuré et signifiant que les messages verbaux.

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09

Zone critique

Dans la première moitié du XXe siècle, le corps prend une importance qu’il n’avait jamais eue auparavant dans la thérapie analytique. À contre-courant de la psychanalyse qui se focalise sur l’exploration de soi par la parole, de nouvelles disciplines émergent, comme le psychodrame ou la danse-thérapie. Elles ont pour point commun de faire du corps un vecteur d’expression et de libération psychique.

Le psychodrame, dont Anne Ancelin Schützenberger et Serge Lebovici ont été de grands représentants, a été initié par Jacob Levy Moreno. Reposant sur une approche théâtrale et le jeu de rôle, il recherche un effet cathartique en faisant émerger des émotions profondes, dont le patient prend conscience par la mise en mouvement de son corps. Sur le même principe, la danse-thérapie a été fondée par la danseuse américaine, Marian Chace. Cette discipline part de l’idée que le mouvement corporel reflète le vécu et la personnalité d’un individu.

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10

Pour aller plus loin

Ouvrage recensé – Anne Ancelin Schützenberger, La Langue secrète du corps, Paris, Payot et Rivages, 2017.

De la même auteure – Le Psychodrame, Paris, Payot, 2003. – Psychogénéalogie. Guérir les blessures familiales et se retrouver soi, Paris, Payot, 2007. – Le Plaisir de vivre, Paris, Payot, 2009. – Exercices pratiques de psychogénéalogie, Paris, Payot, 2011. – Ici et maintenant. Vivons pleinement, Paris, Payot, 2013.

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