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Nous sommes tous mortels

Nous sommes tous mortels

Atul Gawande

Ce que la médecine ne peut pas régler

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Description

Atul Gawande est chirurgien à Boston, et il l'écrit lui-même : à la faculté de médecine, on lui a tout appris sur le corps humain, sauf comment mourir. Des milliers d'heures de cours sur les os, les nerfs, les molécules, les protocoles — et une seule après-midi, à peine, sur ce qui arrive quand la médecine n'a plus rien à offrir. Il a passé ses premières années à réparer des gens. Puis il a vu son propre père, chirurgien lui aussi, décliner d'une tumeur à la moelle épinière, et il a compris que sa formation l'avait laissé désarmé devant la question la plus certaine de toutes.

En 2014, il publie "Nous sommes tous mortels", un livre où il enquête sur ce que la médecine moderne fait — et défait — à la fin de la vie. Son constat est simple et dérangeant : à force de repousser la mort comme un ennemi à vaincre, la médecine a fini par oublier de demander aux mourants ce qu'ils voulaient de leurs derniers mois. Elle prolonge la durée sans toujours se soucier de ce qu'il y a dedans.

Gawande n'écrit pas un pamphlet contre les hôpitaux, ni un manuel de sagesse sur le lâcher-prise. Il raconte des histoires — la sienne, celles de ses patients, celle d'un homme qui a réinventé les maisons de retraite avec des perruches — pour poser une question que presque personne n'ose formuler à voix haute, ni les médecins, ni les familles, ni les malades eux-mêmes.

La question que l’on se pose : Que fait la médecine moderne quand elle ne peut plus guérir, et pourquoi a-t-elle tant de mal à s'y résoudre ?Ce que l’on va voir : Comment un chirurgien en est venu à penser que la question la plus importante n'était pas combien de temps il restait, mais ce qu'on voulait en faire.

Sommaire

01

Chapitre 1 — Un chirurgien qui apprend ce que l'école ne dit pas

Gawande commence par un aveu professionnel. La médecine où il a été formé dans les années 1990 se pense comme une machine à réparer : un problème, un diagnostic, une intervention. Le corps est un système de pièces, et le rôle du médecin est de remettre les pièces en place. Ce modèle fonctionne admirablement pour une appendicite ou une fracture. Il devient absurde face à un corps qui décline sans qu'aucune pièce précise ne soit en cause — face à la vieillesse, face à une maladie qu'on ne renversera pas.

Il raconte le cas d'un patient, un homme âgé chez qui l'on découvre plusieurs cancers en même temps. L'équipe médicale enchaîne les opérations, chaque intervention réglant un problème et en révélant un autre, jusqu'à ce que l'homme meure à l'hôpital après des semaines de soins intensifs, sans avoir jamais eu la conversation qui aurait pu changer ses dernières semaines. Personne n'a menti, personne n'a mal fait son travail. C'est justement ce qui trouble Gawande : le système a fonctionné exactement comme prévu, et le résultat était mauvais.

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02

Chapitre 2 — Le naufrage silencieux des maisons de retraite

Avant d'arriver à l'hôpital, Gawande s'attarde sur un lieu qu'on regarde rarement en face : la maison de retraite. Il en retrace l'origine américaine avec une lucidité gênante. Ces établissements ne sont pas nés d'une réflexion sur le grand âge, mais d'un débordement hospitalier. On avait besoin de vider les lits des personnes qu'on ne pouvait plus soigner mais qui ne pouvaient plus rentrer chez elles. La maison de retraite est ainsi, dès l'origine, une solution logistique déguisée en solution humaine.

Le problème, montre-t-il, tient à ce que ces lieux sont organisés autour de la sécurité et de l'efficacité, pas de la vie. On y contrôle les médicaments, les horaires, les régimes, les risques de chute. Tout est pensé pour qu'il n'arrive rien de mal — et donc pour qu'il n'arrive rien du tout. Gawande cite sa grand-mère par alliance, Alice, femme indépendante qui se retrouve dépossédée de toutes ses décisions le jour où elle entre en établissement. On la protège de sa propre autonomie. Elle perd ce qui faisait qu'elle était elle.

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03

Chapitre 3 — Ce que Gawande découvre en écoutant vraiment ses patients

Le tournant du livre est une conversation que Gawande apprend à mener, tardivement, et souvent mal. Il s'appuie sur les travaux de spécialistes des soins palliatifs qui posent à leurs patients des questions que les chirurgiens n'osent pas : qu'est-ce qui compte le plus pour vous si le temps devient court ? Quelles sont vos peurs ? Quels compromis êtes-vous prêt à accepter, et lesquels ne le sont pas ? Ces questions, apparemment simples, changent tout, parce qu'elles déplacent la décision médicale du terrain du possible vers celui du souhaitable.

Il raconte le cas emblématique d'un homme atteint d'une tumeur qui accepte une opération à hauts risques. Avant l'intervention, un médecin lui demande ce qu'il tient à préserver. Sa réponse est modeste et précise : pouvoir manger une glace au chocolat et regarder le football à la télévision. Cette phrase, qui aurait pu sembler dérisoire, devient la boussole des décisions qui suivent. Quand la médecine sait ce qu'un patient veut protéger, elle sait aussi quand s'arrêter.

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04

Chapitre 4 — Réparer contre accompagner — une médecine face à ses limites

Ce que Gawande met à nu, au fond, c'est un malentendu sur la mission même de la médecine. On a construit un système entier autour d'un seul verbe — guérir — et on l'a rendu si efficace qu'il a fini par ne plus savoir quoi faire de ce qu'il ne peut pas guérir. La mortalité n'est pas un bug à corriger dans ce système ; c'est son angle mort. Une médecine qui ne conçoit la fin que comme une défaite se condamne à mal accompagner la seule chose qui arrivera, avec certitude, à chacun de ses patients.

Cet angle mort n'est pas seulement médical, il est culturel. Nos sociétés ont largement délégué la mort aux hôpitaux, comme elles ont délégué la vieillesse aux établissements. Ce transfert nous a soulagés d'un poids et rendus étrangers à quelque chose que toutes les générations précédentes côtoyaient de près. On sait de moins en moins à quoi ressemble une fin, parce qu'on la voit de moins en moins. Le savoir technique a grandi, l'expérience intime a reculé, et le vide entre les deux est exactement là où Gawande situe le drame contemporain de la fin de vie.

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05

Conclusion

Gawande referme son livre là où il l'a ouvert : au chevet de son père, dans une chambre à domicile, loin des néons de l'hôpital. Ce que ce chirurgien a mis une carrière à comprendre tient dans un renversement de priorités. La bonne fin de vie ne se mesure pas au nombre de jours arrachés à la maladie, mais à ce que ces jours contiennent. Une glace au chocolat, un match à la télévision, un oiseau à nourrir : des raisons minuscules qui, pour celui qui les tient, valent plus qu'un traitement de plus.

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