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Les tueurs en série

Les tueurs en série

Michel Barroco

Les tueurs en série, idées reçues

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Description

On croit tous savoir à quoi ressemble un tueur en série. Un homme solitaire, intelligent, froid, qui garde des trophées dans une cave et nargue la police. Un cerveau pervers qu'un profiler finit par coincer en lisant dans ses pensées. Cette image, on ne l'a pas construite nous-mêmes : elle vient des films, des séries, des romans, et d'une poignée d'affaires célèbres devenues des légendes. Michel Barroco, dans son livre sur la question, part précisément de là — de ce portrait-robot que la culture a gravé dans nos têtes — pour montrer à quel point il colle mal à ce que les faits disent vraiment.

Car derrière la fascination, il y a des chiffres, des typologies, des travaux de criminologie, et beaucoup d'idées reçues qui résistent à l'épreuve des dossiers. Le tueur en série existe, bien sûr. Mais il ressemble rarement au personnage glaçant et brillant qu'on imagine. Il est souvent plus banal, plus insaisissable par sa banalité même, et son histoire est plus récente qu'on ne le pense — au moins comme catégorie, comme nom, comme objet d'étude.

Barroco déroule les profils que la criminologie a dégagés, puis s'emploie à les confronter à nos représentations. L'écart entre les deux est la vraie matière du livre. Il ne s'agit pas de dédramatiser, encore moins d'excuser — mais de regarder ce qu'on regarde, et de repérer où le récit collectif a pris le pas sur l'observation.

La question que l’on se pose : Pourquoi l'image qu'on se fait du tueur en série colle-t-elle si mal à ce que la criminologie en dit, et que révèle cet écart ?Ce que l’on va voir : Des origines récentes du terme aux typologies établies par les enquêteurs, le chemin qui sépare la figure fantasmée de la réalité documentée.

Sommaire

01

Chapitre 1 — Un mot américain, une réalité plus vieille

L'expression « tueur en série » paraît éternelle. Elle est en réalité jeune. Elle s'est imposée aux États-Unis dans les années 1970, popularisée dans l'entourage du FBI — on l'attribue souvent à Robert Ressler, l'un des enquêteurs de l'unité comportementale de Quantico — pour désigner un type d'affaire que les outils d'enquête classiques peinaient à saisir : des meurtres répétés, espacés dans le temps, commis par le même individu sans mobile apparent et sans lien connu avec les victimes.

Barroco insiste sur ce point : le mot est neuf, pas le phénomène. Des meurtriers ayant tué à répétition, de manière compulsive, ont existé bien avant qu'on invente la catégorie pour les nommer. Le XIXe siècle a eu ses affaires retentissantes, Jack l'Éventreur à Londres en tête, et on pourrait remonter plus loin encore. Ce qui change avec les années 1970, ce n'est pas l'apparition du tueur, c'est l'apparition d'une grille de lecture qui le découpe comme un objet à part, distinct du meurtrier passionnel ou du tueur de masse.

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02

Chapitre 2 — Le mythe du monstre re­con­nais­sable

La représentation dominante est celle d'un être à part, étranger au commun des mortels. Un prédateur au regard vide, une intelligence supérieure, une insensibilité totale qui saute aux yeux de qui sait voir. Le cinéma a fixé ce portrait avec des personnages devenus des icônes, et chaque nouvelle affaire médiatisée vient le confirmer dans l'esprit du public. Barroco s'attaque frontalement à cette idée.

D'abord, le quotient intellectuel. Le génie du mal, calculateur froid qui déjoue la police pendant des années, est largement un artefact de fiction. Les études disponibles montrent des profils très majoritairement moyens, avec des parcours souvent chaotiques, des échecs scolaires, des vies professionnelles instables. Les quelques cas de tueurs intelligents et socialement intégrés sont réels — mais ce sont des exceptions qui ont marqué les esprits parce qu'elles étaient spectaculaires, pas parce qu'elles étaient représentatives.

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03

Chapitre 3 — Ce que disent vraiment les profils

Puisque le portrait populaire ne tient pas, la criminologie en a construit d'autres, plus prudents, fondés sur l'observation des dossiers. Barroco en restitue les grandes lignes sans jamais les présenter comme des lois absolues. La première distinction, héritée des travaux américains, oppose deux types de modes opératoires. Le désorganisé : crime impulsif, scène chaotique, victime croisée au hasard, peu de précautions. L'organisé : préparation, choix de la victime, maîtrise de la scène, effacement des traces. Beaucoup de cas réels mêlent les deux, et l'opposition sert surtout de repère initial à l'enquêteur.

À cette distinction s'ajoute la question du mobile interne, celui qui n'apparaît pas à l'extérieur. Les typologies classiques évoquent des tueurs mus par une logique de domination et de contrôle, d'autres par une composante sexuelle, d'autres encore par un délire mystique ou une mission auto-attribuée, d'autres enfin par l'appât du gain. Ces catégories se chevauchent et un même individu peut relever de plusieurs à la fois — la grille oriente l'enquête, elle ne décrit pas une espèce.

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04

Chapitre 4 — Le classeur du FBI et ses limites

Si le livre part des profils, c'est pour mieux interroger notre appétit de profils. La figure du tueur en série est devenue populaire en même temps que le profilage, cette promesse de reconstituer un individu à partir des traces qu'il laisse. Le FBI a institutionnalisé la démarche à la fin des années 1970, la fiction s'en est emparée, et le public a adopté l'idée rassurante qu'on peut comprendre le mal en le décrivant assez précisément. Barroco décrypte cette promesse avec une distance critique.

Le profilage a des réussites réelles et des limites tout aussi réelles. Il fonctionne par probabilités, sur la base de cas passés, et il se trompe. Plusieurs affaires ont vu des portraits-robots psychologiques orienter les enquêteurs dans la mauvaise direction, parfois en écartant le vrai coupable parce qu'il ne cadrait pas avec le profil attendu. L'outil n'a jamais prétendu, chez ses praticiens sérieux, nommer un coupable — mais la culture populaire lui a prêté une puissance quasi divinatoire qu'il n'a pas, le transformant en don presque surnaturel de lecture des âmes.

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05

Conclusion

On part d'un portrait si familier qu'on le croit vrai, et on finit avec une figure beaucoup plus insaisissable : un individu statistiquement rare, rarement génial, rarement repérable, dont les parcours présentent des récurrences sans jamais former une loi. Le travail de Barroco consiste moins à livrer un nouveau portrait qu'à désencombrer l'ancien — à montrer où la fiction, la peur et le besoin de cohérence ont pris la place de l'observation. Le tueur en série du grand écran et celui des dossiers ne se recouvrent qu'en partie.

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