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Couverture de 'Les argonautes du pacifique occidental'

Les Argonautes du Pacifique occidental

Bronislaw Malinowski

Un chef d’œuvre de l’anthropologie

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Description

Comment expliquer la Kula, grand système d’échanges au sein des tribus des îles qui bordent la côte orientale de la Nouvelle-Guinée ? Quelles fonctions sociales occupent ces expéditions maritimes dans la vie de ces sociétés ? Dans cet ouvrage considéré comme un chef d’œuvre de l’anthropologie, le jeune Malinowski donne une description passionnante du mode de vie du peuple Trobriandais et montre que dans la Kula, l’échange des objets n’a pas de finalité économique, mais qu’il est voué à garantir la stabilité d’une organisation sociale.

Considéré comme l'un des fondateurs de l'ethnographie moderne, Malinowski y expose sa méthode d'observation participante révolutionnaire pour l'époque.

Sommaire

01

In­tro­duc­tion

« Imaginez-vous soudain, débarquant, entouré de tout votre attirail, seul, sur une grève tropicale, avec tout à côté un village d'indigènes, tandis que l'embarcation qui vous a amené cingle au large pour bientôt disparaître. » Voici comment débute Les Argonautes du Pacifique occidental dans sa première parution de 1922. Cette monographie impose un style méthodologique et littéraire totalement nouveau par rapport aux écrits anthropologiques de l'époque qui se butaient à classer et répertorier les connaissances dans des listes infinies sans accorder beaucoup d’importance à l’expérience de terrain.

Dès le début de l’ouvrage, Malinowski alerte le lecteur sur l’urgence de la mission de l’ethnologue devant l’influence galopante des civilisations européennes sur les sociétés primitives qui tendent à disparaître. Il cherche à décrire avec le plus de détails possible la société qui s’offre à ses yeux, sans tomber dans les biais évolutionnistes consistant à hiérarchiser les cultures entre elles, selon leur niveau de complexité et s’éloigne des stéréotypes sur la figure de l’indigène alors en vogue dans la discipline.

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02

La méthode eth­no­gra­phique et le rôle de l’ethnologue

Lorsque Malinowski commence son étude, l’anthropologie est encore une science balbutiante, qui définit ses objets et ses méthodes et qui cherche à se distinguer d’autres disciplines comme la sociologie et l’histoire.

Une des conditions de l’observation participante de l’ethnologue est l’apprentissage de la langue locale. L’apprentissage de la langue vernaculaire exige bien sûr un temps de terrain beaucoup plus long, mais cette durée permet à l’ethnologue de devenir un observateur familier aux yeux de la population qui petit à petit s’exprimera et agira naturellement devant lui. Ce temps d’adaptation est fondamental pour l’ethnologue qui doit sans cesse résister à l’envie naturelle de retrouver ses compatriotes et de parler dans sa langue natale. L’isolement en terre indigène a pour avantage de s’affranchir des rationalisations d’informateurs spécialisés et de ne pas commencer une étude avec des a priori ou des opinions préfabriquées.

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03

La Kula : un système complexe au cœur de la culture tro­brian­daise

Dans les Argonautes du Pacifique occidental, Malinowski cherche à décrire et à comprendre en détail l’institution économique complexe et étendue de la Kula, qui relie plusieurs populations d’îles mélanésiennes entre elles (îles des Trobriands, de Dobu, d’Amphletts, ...). Lors de ces échanges cérémoniaux, des brassards de coquillage blanc (mwali) et des colliers de coquillage rouges (soulava) circulent de tribu en tribu et deviennent des biens collectifs. Ces échanges sont l’occasion de réaliser en parallèle des transactions d’autres objets de consommation, d’autant plus importante que ces sociétés ont tendance à vivre en économie fermée qui viennent parfois à manquer de certaines denrées en raison de la configuration des terres des îles. Cependant, même si ce commerce est pratiqué lors de la Kula, il est important de préciser que cette caractéristique n’en est pas le but ultime.

La Kula implique de nombreux préparatifs : la construction de canoës et du gréement tout d’abord, sans lesquelles les expéditions en mer ne pourraient avoir lieu, la préparation de l’approvisionnement et des rituels, tant pour la tribu qui visite que pour celle qui reçoit. Les échanges sont toujours réalisés dans un sens particulier : ils sont réalisés d’île en île dans le sens des aiguilles d’une montre pour les colliers et dans le sens opposé pour les brassards.

Les objets échangés n’ont pas d’utilité pratique et sont considérés comme précieux. Certains de ces objets sont tellement vénérés que le chef de lignage qui le détient provisoirement n’ose même pas le porter personnellement. Malinowski les compare aux joyaux de la couronne de nos sociétés européennes : il s’agit également d’objets ostentatoires qui ne s’utilisent pas et qui sont chargés d’un sentimentalisme historique. À la différence que les objets de la Kula ne restent que peu de temps la propriété d’une personne puisque les échanges sont réalisés en continu. Comme l’écrit Frazer dans la préface de l’ouvrage, la transaction de la Kula « vise à satisfaire des aspirations émotionnelles et esthétiques d’un ordre plus élevé que le pur assouvissement des besoins vitaux élémentaires ». Cette pensée va à l’encontre d’une des idées qui circulaient sur les peuples indigènes à l’époque, selon laquelle ils agiraient toujours de façon intéressée.

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04

La magie : un pont entre le mythe et la réalité

En étudiant le système de la Kula, Malinowski choisit un phénomène social ample et peut recenser à travers lui d’autres aspects de la société trobriandaise. C’est ainsi qu’il aborde le système de parenté, basé sur le matriarcat, l’organisation sociale du travail, la mythologie, et les croyances magiques, qui permettent de faire le pont entre les mythes et la réalité, en les incarnant dans la vie quotidienne. La magie est intrinsèquement liée à la Kula : par la préparation rituelle accompagnant la construction des canoës et les départs en mer (incantations, chants, danses …) mais aussi parce que les sorcières volantes et les esprits maléfiques représentent le plus grand danger pour les navigateurs.

Malinowski refuse l’idée de « mentalité primitive » de Lévy Brühl qui déprécie les connaissances positives des peuples indigènes et ne voit dans les principes magiques que le reflet d’un esprit fabulateur, démuni de raison. Il note au contraire que les habitants des archipels qu’il étudie savent très bien distinguer ce qui relève de la raison et ce qui relève du rituel magique. Ainsi, en ce qui concerne le jardinage par exemple, ils savent distinguer entre le cycle naturel des plantes, les dangers et les maladies qui les menacent et contre lesquels d’efficaces mesures peuvent être prises, et d’un autre côté, ce qui relève de l’imprévisible, des circonstances aussi bien favorables que défavorables, bref de tout ce qui dépend de la fortune et qui peut être influencé par la magie.

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05

Conclusion

Les Argonautes du Pacifique occidental représente une œuvre incontournable de l’anthropologie moderne en tant que son auteur dresse les principes de la méthodologie de terrain et qu’il décrit de façon passionnante le système d’échange traditionnel des sociétés mélanésiennes. Malinowski a ainsi rendu compte d’une institution recoupant toutes les sphères de la société, allant au-delà de l’activité économique des sociétés occidentales où prévalent des conceptions naturalistes et utilitaires liées au profit personnel. L’ouvrage est un classique du courant fonctionnaliste de son époque et c’est à travers ce prisme théorique que le mythe et la magie des populations trobriandaises est restituée. Cette obstination pour ce modèle théorique sera d’ailleurs remise en cause par les anthropologues qui le liront.

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06

Zone critique

Les théories fonctionnalistes ont connu de nombreuses critiques depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, et l’œuvre de Malinowski n’y a pas échappé. D’une part, expliquer les faits sociaux par des besoins et des fonctions revient à ne faire que peu de cas du poids des attitudes individuelles, libres et indéterminées. D’autre part, en prétendant saisir dans une société à l’arrêt tous les éléments fonctionnels nécessaires à sa compréhension, la théorie fonctionnaliste revient à nier l’histoire. Pour éviter cette impasse, le courant dynamiste valorisera le rôle des changements du dehors et du dedans de la société ainsi que les tensions et conflits (M. Gluckman, G. Balandier). On doit à Claude Lévi-Strauss la critique la plus acerbe sur les systèmes fonctionnalistes : « dire qu’une société fonctionne est un truisme ; mais dire que tout dans une société fonctionne est une absurdité. »

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07

Pour aller plus loin

- Bronislaw Malinowski, Trois essais sur la vie sociale des primitifs, Paris, Payot, 2001.

- Bronislaw Malinowski, La Sexualité et sa répression dans les sociétés primitives, Paris, Payot, 2001.

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