
Sentir-penser avec la Terre
L'écologie au-delà de lOccident
Description
Cet ouvrage se situe dans la continuité des travaux d’Arturo Escobar et de ses réflexions sur l’écologie et la construction d’un nouveau monde qui aborderait différemment le rapport entre nature et culture. Ce que défend Arturo Escobar, c’est qu’il existe de nombreuses manières de concevoir le monde, c’est-à-dire différentes ontologies.
L’une d’entre elles a pris le pas sur les autres, les a conquises. Ainsi, la vision occidentale du monde occupe une position dominante et hégémonique. Escobar suggère donc de s’intéresser à d’autres représentations, à travers différentes études de cas, et de se baser sur elles pour construire de nouveaux mondes. Il propose, dans cette optique, une méthode qui permet de designer des théories et des pratiques de transition d’un monde à un autre.
Sommaire
01Introduction
Depuis la fin du XXe siècle, les structures qui régissent notre monde sont largement remises en question, critiquées et attaquées sous différents angles. Ces structures, en effet, montrent leurs limites et leurs faiblesses, notamment avec l’émergence de thématiques comme le réchauffement climatique qui a donné lieu à de nombreuses controverses en questionnant la pertinence du modèle capitaliste. De ces débats sont nés de nouveaux champs de recherches, à l’instar de la collapsologie, qui étudie la manière dont notre civilisation va s’effondrer.
C’est dans ce contexte que s’est développé en Amérique latine le groupe « Modernité, colonialité, décolonialité » qui adopta, cependant, une approche différente. Pour ces penseurs, il s’agissait de proposer une critique du récit de la modernité venu d’Europe. Ce récit, nous disent-ils, a conquis les langages et la pensée, s’est approprié les territoires et la nature, et il est temps de le changer pour mettre sur pied de nouveaux schémas, d’inventer de nouveaux mondes.

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02L’ontologie politique
Qu’est-ce que l’ontologie ? L’ontologie, au sens premier, c’est littéralement « la science de l’être ». En d’autres termes, l’ontologie désigne le discours sur l’être, le réel, ou encore la manière dont on perçoit le monde. L’ontologie, traditionnellement définie en philosophie comme la discipline qui s’occupe de définir l’essence des choses, de faire apparaître leur définition propre, désigne selon Escobar une certaine vision du monde.
En somme, l’ontologie c’est une conception, une approche, une vision du monde propre à une certaine culture. Cependant, nous enseigne-t-il, l’ontologie est plus qu’une culture : elle est la manière de définir le monde dans une culture donnée. Or, cette définition-là est invisible, nous n’avons pas conscience du fait qu’elle est propre à une culture. Nous pensons que notre définition du monde est tout simplement la vérité, que celle-ci est absolue, et non relative. Qu’est-ce que l’ontologie occidentale ? Quelle est donc cette vision du monde qui nous est propre, mais que l’on ne perçoit pas ? Escobar nous l’explique. Pour nous, Occidentaux, le monde est binaire : l’ontologie dite dualiste divise tout en binôme. C’est ainsi que sont associés les couples suivants : nature/culture ; homme/femme ; individu/communauté, et tant d’autres. La séparation de ces notions est propre à la civilisation occidentale qui conçoit le monde comme un ensemble d’entités figées.

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03Que signifie « sentir-penser » ?
N’est-ce pas une formulation intrigante que le titre de l’ouvrage « Sentir-penser » avec la Terre ? Comment le comprendre ? Le concept de « sentipensar », en espagnol, traduit en français par « sentipensée » ou « sentir-penser » est formulé par le sociologue Orlando Fals Borda en 1986 et désigne une manière d’appréhender le monde, celle des peuples originaires d’Amérique latine. On entend par peuples originaires les communautés et cultures originaires sur le territoire latino-américain (ou encore Abya Yala, comme le nomment justement les différentes communautés originaires) par contraste avec les peuples issus de la colonisation.

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04Penser les transitions et construire de nouveaux mondes
Nous vivons dans un monde dans lequel un unique modèle écrase tous les paradigmes existants et prétend être le seul modèle envisageable et légitime. Nous vivons sous une « occupation mono-ontologique du monde », comme l’appelle Escobar.
Certains appelleront ce modèle le capitalisme, d’autres l’anthropocentrisme. Il est clair, pourtant, qu’il n’existe pas qu’un seul monde possible, et pour notre auteur, il faut réhabiliter le « plurivers », la possibilité d’envisager différents univers, c’est-à-dire différents modèles et modes d’existence. Il ne s’agit donc plus de suivre un unique modèle, mais bien de rendre possible la cohabitation des différents projets de vie possibles au sein du même monde.

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05Conclusion
À la fois court et riche, l’ouvrage d’Arturo Escobar Sentir-penser avec la Terre est un précieux outil pour penser l’avenir de l’humanité. Tout en critiquant le modèle dominant qui régit notre monde actuel, Escobar suggère avec finesse des alternatives au développement et au capitalisme qu’il puise dans les modes de vies des peuples originaires d’Amérique latine, sans se les approprier, mais au contraire en cherchant à en rendre compte justement et honnêtement, tout en leur rendant hommage. Il ne s’agit pas simplement, par ailleurs, d’adapter le modèle dominant aux problèmes qu’il rencontre, mais de changer de modèle : au lieu de changer le monde, il faut changer de monde.

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06Zone critique
Il y a peu à remettre en question d’un ouvrage aussi finement pensé, original et lucide sur notre monde actuel si ce n’est un avertissement à émettre, avertissement qu’Escobar lui-même a anticipé. Est-il encore possible de s’extraire totalement du modèle dominant ? N’est-on tous pas pris dans les mailles du filet même si certains le sont certainement moins que d’autres ? Pour Escobar « cette position est en partie fondée. Mais comme le démontre la persévérance des mondes relationnels, il existe toujours quelque chose qui excède à l’influence de la modernité » . En d’autres termes, pour lui, la subsistance d’une certaine résistance au modèle dominant est la preuve même la survivance de mondes alternatifs.

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07Pour aller plus loin
Ouvrage recensé – Sentir-penser avec la Terre : une écologie au-delà de l'Occident, Paris, Seuil, 2018.

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