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Couverture de 'Essai sur le don'

Essai sur le don

Marcel Mauss

Comprendre les échanges humains

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Description

L’Essai sur le don, texte classique, est le fruit de plusieurs articles publiés par Marcel Mauss dans L’année sociologique en 1924 et 1925, d’où sa facture un peu déroutante, pour reprendre la formule de Florence Weber. L’anthropologue présente cette troisième édition. La première était introduite par Claude Lévi-Strauss et la deuxième par Victor Karady.

À partir de l’étude du don dans des sociétés non marchandes, l’auteur recherche les survivances de ces pratiques dans les sociétés anciennes et contemporaines et propose de rompre avec le « principe de charité ».

Sommaire

01

In­tro­duc­tion

Quand M. Mauss publie son essai, la France vient de reconnaître officiellement l’Union soviétique. Benito Mussolini est président du conseil des ministres italien, Adolph Hitler vient de rater son putsch et la France possède un immense empire colonial. Des critiques du capitalisme de marché commencent à se faire entendre.

C’est dans ce contexte que le disciple d’Emile Durkheim, de Max Weber ou encore de Maurice Halbwachs analyse les mécanismes du don dans des sociétés « archaïques » en considérant les dimensions sociales des phénomènes économiques.

S’appuyant sur une littérature anthropologique essentiellement anglaise et américaine et partant du principe que l’humanité suit une évolution linéaire, il établit une archéologie de ces échanges non marchands. À travers l’exemple notamment du potlatch des Kwakiutl de Colombie britannique et de la kula des Trobiand, M. Mauss décèle des phénomènes totaux impliquant tous les membres des clans sous tous les aspects de la vie : sociale, économique, religieuse ou encore juridique.

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02

La méthode comparative

Dans cet essai, Mauss entend analyser les principes codifiés du don et du contre-don comme système de prestation économique et forme archaïque de contrat dans les sociétés dites primitives. Il étudie plus spécifiquement deux phénomènes, le potlatch et la kula, rapportés respectivement par deux anthropologues, l’Américain Franz Boas (1858-1942) dans plusieurs articles et le Britannique Bronislaw Malinowski (18884-1942). Il établit une comparaison entre deux cas d’accumulation de richesses et de redistribution observés en Colombie britannique (le potlatch) pour le premier et en Mélanésie (le kula) pour le second.

Le potlatch est, en quelque sorte, une fête hivernale avec banquets, foires, marchés, assemblées solennelles, au cours de laquelle sont donnés aux chefs des tribus invitées des biens précieux – couvertures, cuivres blasonnés (objets de culte) et autres talismans –accumulés par tous les membres de la communauté à cette fin. Quant à la kula, il s’agit aussi d’un système d’échanges réciproque de biens intertribal avec force festivités, rituels et activités commerciales.

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03

Donner, recevoir et rendre

L’étude réalisée par M. Mauss débouche sur une théorie devenue classique. Le don implique trois obligations : celle de donner, de recevoir et de rendre. En effet, que ce soit chez les Kwakiutl ou les Trobriand, lors de potlatch ou de la kula, les clans sont inexorablement liés et contraints d’accepter les richesses qui leur sont offertes.

Engageant l’ensemble de la communauté qui a amassé pour leur compte tous ces biens, les chefs mettent en jeu leur honneur. Ils s’engagent non seulement vis-à-vis de leur propre clan mais aussi des autres. Refuser un don signifie qu’ils ne seraient pas en mesure de rendre la pareille. Ils perdraient alors leur superbe, leur pouvoir et leur autorité. Or, perdre son prestige revient à perdre son âme voire à devenir esclave pour dette, tout du moins chez les Kwakiult. Les chefs se trouvent donc dans l’obligation d’accepter le défi, très marqué dans le cadre du potlatch, puisque, nous explique Mauss, il y a une surenchère dans la quantité des biens donnés, les bénéficiaires allant parfois jusqu’à les détruire de manière outrancière pour manifester leur puissance et humilier le donneur.

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04

Un glissement évo­lu­tion­niste ?

La lecture de ce texte, presque un siècle après sa publication fragmentée originelle, laisse transparaître une conception évolutionniste de l’humanité. Elle implique en quelque sorte qu’opérer un déplacement dans l’espace géographique reviendrait à effectuer un déplacement temporel.

Autrement dit, en étudiant les pratiques des populations lointaines, qualifiées d’archaïques, M. Mauss entend remonter le cours du temps afin d’élaborer des « conclusions en quelque sorte archéologiques » (p. 65).

Contrairement à Franz Boas, fervent opposant à l’évolutionnisme culturel et social et à son corollaire comparatiste, le neveu de Durkheim promeut délibérément une vision linéaire de l’évolution de l’humanité qu’il découpe en trois phases. La première se caractérise par la circulation de choses magiques et précieuses.

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05

La question des sources

Marcel Mauss a formé de nombreux ethnologues aux méthodes d’observation afin d’enregistrer les faits sociaux dans le cadre de l’Institut d’ethnologie, fondé par le ministère des Colonies. Néanmoins, il n’a jamais enquêté lui-même sur le terrain.

L’auteur s’inscrit dans la tradition des anthropologues de cabinet, ces érudits qui au XIXe siècle s’appuyaient sur les récits des voyageurs, des aventuriers ou des administrateurs coloniaux. Il procède comme un savant, trouvant telle ou telle information. au gré de ses lectures de travaux d’anthropologues. La consultation des données amassées par d’autres s’apparente à un travail d’historien dépouillant des documents dans une salle de lecture. Le fait que Mauss ait compulsé 26 000 fiches de suicidés pour le compte de son oncle dans le cadre de son travail sur Le Suicide (1897) a peut-être participé de ce rapport aux sources.

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06

Un projet politique

Malgré les critiques, que l’on peut aisément formuler avec le recul du lecteur d’aujourd’hui, ce livre de Marcel Mauss soutient un projet politique remarquablement moderne.

L’auteur le développe en conclusion. L’anthropologue, militant socialiste et collaborateur régulier du quotidien L’Humanité, s’interroge, au moins depuis une vingtaine d’années au moment de la parution de son essai, sur les coopératives socialistes. Il voit dans ces structures un moyen efficace de corriger certains effets du système capitaliste. C’est probablement dans la critique du don comme facteur de dépendance, notamment rapporté au contexte de la France du début du XXe siècle, que se loge l’intérêt de ce texte.

Arguant que les « dons ne sont pas vraiment libres ni vraiment désintéressés » (p. 226), qu’ils manifestent une relation de pouvoir, de supériorité, il en souligne le caractère humiliant. L’aumône, qu’elle prenne la forme de patronage industriel ou de charité, revêt une dimension éminemment asymétrique. Elle est par principe non réciproque et instaure une relation de dépendance.

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07

Conclusion

Comme tous les livres érigés au rang de classique, ce texte a donné lieu à une abondante littérature tant en sociologie qu’en anthropologie, puisqu’il se situe, comme son auteur, à la charnière de ces deux disciplines. La pluralité des sujets et des notions abordés autour du don – la dette, le gage, le droit, le contrat, la morale ou le fait social total – suscite encore pléthore de controverses et de débats y compris chez les psychanalystes.

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08

Zone critique

Comme le souligne Florence Weber dans sa présentation, ce livre ouvre d’innombrables perspectives. Il est pour Claude Lévi-Strauss le chef-d’œuvre incontesté de Mauss, notamment parce qu’il y « a introduit et imposé la notion de fait social total », réconciliant le social et l’individuel, le physique et le psychique.

Aussi, l’auteur de Tristes tropiques (1955) le considère-t-il comme le précurseur du structuralisme. Pierre Bourdieu poursuivra, dans ses Méditations pascaliennes, la réflexion sur la difficulté à penser le don dans sa dimension rationnelle d’investissement orientée vers l’accumulation du capital social. Pour ce même sociologue, il est également insuffisant de penser le don comme un acte parfaitement gratuit, n’engageant aucune forme de réciprocité.

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09

Pour aller plus loin

Ouvrage recensé – Essai sur le don. Forme et raison de l’échange dans les sociétés archaïques, présentation de Florence Weber, Paris, Presses universitaires de France, coll. « Quadrige », 2012 [1925].

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