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Les nationalistes en France

Les na­tio­na­listes en France

Roland Gaucher

Un siècle de nationalisme français

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Description

Il y a des familles politiques qui avancent en ligne droite et d'autres qui zigzaguent, se brisent, ressuscitent sous un autre nom. Le nationalisme français appartient à la seconde catégorie. Dans son livre Les nationalistes en France, Roland Gaucher — journaliste qui a lui-même navigué dans ces eaux avant de les raconter — remonte le fil d'un courant qu'on croit homogène et qu'on découvre éclaté, traversé de rivalités, de ruptures et de retournements. Un camp qui, en un siècle, a été tour à tour républicain et antirépublicain, de gauche puis farouchement de droite, vainqueur de la rue un soir et balayé le lendemain.

Gaucher ne raconte pas une doctrine, il raconte des organisations : des ligues, des partis, des journaux, des hommes qui se détestent autant qu'ils partagent un drapeau. C'est une histoire de scissions et d'affiches, de meetings pleins et de locaux saccagés. Le fil rouge n'est pas une idée fixe mais une sensibilité — l'amour de la nation, la méfiance envers le parlementarisme, l'obsession du déclin — qui se recompose sans cesse selon les défaites et les occasions.

L'auteur connaît le terrain de l'intérieur, et son regard oscille entre la chronique minutieuse et le jugement sans complaisance. Il suit les lignes de force depuis l'affaire Dreyfus jusqu'aux recompositions de l'après-guerre, en pistant ce qui relie des mouvements que tout semble séparer.

La question que l’on se pose : Comment un même courant a-t-il pu, en un siècle, changer de camp, de doctrine et de maîtres sans jamais cesser de se réclamer de la nation ?Ce que l’on va voir : La longue dérive d'une famille politique française, des ligues de rue aux cendres de l'épuration et aux tentatives de reconstruction.

Sommaire

01

Chapitre 1 — De l'affaire Dreyfus à la Ligue des patriotes

Gaucher situe la bascule à la fin du XIXe siècle. Avant cela, le patriotisme français est largement un sentiment de gauche, héritier de 1789 et de la Révolution, tourné vers la revanche contre l'Allemagne après la défaite de 1870. Paul Déroulède fonde la Ligue des patriotes en 1882 dans cet esprit : républicain, populaire, obsédé par l'Alsace-Lorraine perdue. Le nationalisme est alors un cri de patrie meurtrie, pas une doctrine de droite.

C'est l'affaire Dreyfus, à partir de 1894, qui redistribue tout. Le pays se coupe en deux, et le nationalisme glisse du côté des antidreyfusards, de l'armée, de l'ordre et bientôt de l'antisémitisme d'Édouard Drumont, dont La France juive avait connu un succès considérable dès 1886. Déroulède lui-même tente un coup de force maladroit en 1899, cherchant à entraîner l'armée vers l'Élysée lors des funérailles du président Faure. L'affaire tourne court, mais la direction est prise : le nationalisme devient hostile à la République parlementaire, et le patriote de gauche d'hier se transforme peu à peu en adversaire du régime.

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02

Chapitre 2 — Les années 1930 — ligues, émeutes et tentation du pouvoir

Entre les deux guerres, le nationalisme français connaît sa phase la plus bruyante. La crise économique, l'instabilité ministérielle de la Troisième République et les scandales financiers nourrissent un rejet massif du régime parlementaire. Les ligues prolifèrent : les Croix-de-Feu du colonel de La Rocque, qui deviennent le mouvement le plus massif, la Solidarité française financée par le parfumeur Coty, le Francisme de Marcel Bucard, ouvertement fasciste et subventionné de l'étranger. Gaucher détaille ce paysage touffu où chaque chef entend incarner le redressement national, et où la rivalité entre les organisations est aussi vive que leur hostilité commune au régime.

Le point d'orgue est le 6 février 1934. Des dizaines de milliers de manifestants, ligueurs et anciens combattants mêlés, marchent sur la Chambre place de la Concorde. La police tire, on relève une quinzaine de morts et des centaines de blessés. L'émeute fait tomber le gouvernement Daladier. La droite nationaliste y voit la preuve de sa force dans la rue ; la gauche y lit une tentative de coup d'État fasciste et se rassemble, ce qui précipitera le Front populaire de 1936.

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03

Chapitre 3 — De Vichy à l'épuration — la grande cassure

La défaite de 1940 place le camp nationaliste devant un choix qui le déchire. Le régime de Vichy, dirigé par le maréchal Pétain, reprend une partie de son vocabulaire — Travail, Famille, Patrie — et de ses hommes. Maurras salue la Révolution nationale comme une divine surprise. Pour beaucoup de nationalistes, Vichy réalise enfin le rêve d'un pouvoir fort, antiparlementaire, enraciné. Gaucher montre comment une famille politique longtemps marginale se retrouve soudain au cœur de l'État, pourvue de ministères, de journaux et d'une doctrine officielle.

Mais la ligne de fracture passe au sein même du courant, et elle est brutale. Une partie des nationalistes s'enfonce dans la collaboration active avec l'Allemagne : Jacques Doriot et son Parti populaire français, Marcel Déat et son Rassemblement national populaire, les ultras parisiens qui jugent Vichy trop timide et réclament un engagement total aux côtés du Reich. D'autres, au nom du même amour de la patrie, choisissent la Résistance — car combattre l'occupant allemand est après tout la plus vieille des traditions nationalistes françaises depuis 1870.

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04

Chapitre 4 — Re­cons­truire sur des ruines — les chemins de l'après-guerre

Ce que la fresque de Gaucher met en lumière, au-delà des noms et des dates, c'est la condition particulière d'un courant condamné à renaître après chaque effondrement. Là où d'autres familles politiques capitalisent leurs victoires, le nationalisme français avance par ruptures : chaque génération hérite moins d'une organisation que d'un désastre à surmonter. La défaite de 1945 est la plus lourde, car elle ne frappe pas seulement les structures mais la légitimité même du camp, désormais marqué du sceau de la collaboration.

L'après-guerre devient donc un laboratoire de reconstruction. Des hommes sortis de prison ou de la clandestinité reprennent la plume et les tribunes, souvent sous des étiquettes nouvelles pour faire oublier les anciennes. Le poujadisme des années 1950, révolte de boutiquiers contre le fisc et l'État, offre un débouché inattendu à ces énergies en quête de cause. La guerre d'Algérie rallume la flamme chez les partisans de l'Algérie française, qui rejettent de Gaulle comme ils rejetaient hier la République, et dont certains basculeront dans l'OAS et le terrorisme. Chaque crise rouvre une brèche, chaque brèche attire les mêmes sensibilités recomposées.

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05

Conclusion

En suivant les organisations plutôt que les idées, Gaucher raconte une famille politique qui a tout connu : la gloire de la rue et l'opprobre de l'épuration, le passage de la gauche à la droite, le voisinage du pouvoir et le retour aux marges. Son livre refuse la légende d'un nationalisme monolithique et cohérent. Ce qu'il montre, c'est une mosaïque de mouvements liés par une sensibilité commune et séparés par presque tout le reste — le régime à instaurer, le chef à suivre, le rapport à l'Allemagne, la mémoire de la guerre.

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