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La pensée fédéraliste contemporaine au Québec

La pensée fédéraliste contem­po­raine au Québec

Savard Stéphane, Antoine Brousseau Desaulniers

Le fédéralisme québécois depuis 1950

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Description

Au Québec, on a passé un demi-siècle à débattre de l'indépendance. Référendums de 1980 et de 1995, nuits blanches devant la télé, familles coupées en deux à table. Mais l'autre camp, celui qui disait non, on l'a rarement raconté comme une pensée. Le fédéralisme, c'était l'option par défaut, le vote raisonnable, presque l'absence de projet. Un livre dirigé par les historiens Stéphane Savard et Antoine Brousseau Desaulniers prend le contre-pied : il traite le fédéralisme québécois comme une vraie tradition intellectuelle, avec ses auteurs, ses tensions internes, ses moments de gloire et son long déclin.

Parce qu'en vrai, être fédéraliste au Québec depuis 1950 n'a jamais voulu dire une seule chose. Certains voulaient réformer le Canada en profondeur, d'autres le défendre tel quel, d'autres encore réclamaient un statut particulier pour le Québec à l'intérieur de la fédération. Ces gens ne s'entendaient pas entre eux, parfois moins qu'avec leurs adversaires souverainistes. Le livre suit ce courant depuis la Révolution tranquille jusqu'à aujourd'hui, et montre une idée qui a d'abord bouillonné, puis s'est figée.

Ce qui frappe, c'est le renversement. Dans les années 1960, le fédéralisme était une pensée offensive, portée par des intellectuels ambitieux qui croyaient refaire le pays. Soixante ans plus tard, il tient surtout par l'usure de l'option d'en face. Entre les deux, il s'est passé quelque chose qui en dit long sur la manière dont une idée politique vit, se durcit, puis s'éteint doucement.

La question que l’on se pose : Comment une pensée politique majeure au Québec est-elle passée d'un projet enthousiaste à un simple statu quo qu'on défend sans vraiment le porter ?Ce que l’on va voir : Le parcours d'un courant d'idées depuis la Révolution tranquille, ses divisions internes, son sommet d'influence et le long reflux qui l'a laissé face à l'indépendantisme.

Sommaire

01

Chapitre 1 — Une idée qui perd son porte-voix

Quand on ouvre ce livre, on s'attend à l'histoire d'une victoire. Le fédéralisme a gagné les deux référendums, le Québec est toujours dans le Canada, point final. Sauf que Savard et Brousseau Desaulniers racontent l'inverse : une pensée qui a gagné les scrutins mais perdu la bataille des idées. Dans les années 1950 et 1960, défendre le lien canadien n'était pas un réflexe conservateur, c'était un programme. On croyait qu'un Canada bilingue et réformé pouvait être le meilleur cadre pour l'épanouissement des Canadiens français.

Le point de départ du livre, c'est la Révolution tranquille. Le Québec se modernise à toute vitesse au début des années 1960, l'État prend en charge l'éducation, l'énergie, l'économie. Dans ce bouillonnement, deux grandes voies s'ouvrent. L'une mène vers l'indépendance, portée bientôt par René Lévesque et le Parti québécois fondé en 1968. L'autre veut obtenir la même émancipation, mais dans le Canada. Ce sont ces fédéralistes-là que les deux historiens cherchent à sortir de l'ombre, parce qu'on les a longtemps traités comme de simples adversaires des souverainistes plutôt que comme des penseurs à part entière.

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02

Chapitre 2 — Les trois familles de fé­dé­ra­listes

La première chose que casse le livre, c'est l'idée d'un fédéralisme monolithique. Il n'y a jamais eu un camp du non, mais plusieurs manières, souvent incompatibles, d'être fédéraliste au Québec. Les auteurs distinguent des sensibilités qui se sont affrontées pendant soixante ans, et comprendre ces divisions, c'est comprendre pourquoi le courant a fini par s'épuiser de l'intérieur.

Il y a d'abord les tenants du statut particulier. Pour eux, le Québec n'est pas une province comme les autres : c'est le foyer d'une nation, et la fédération doit le reconnaître par des pouvoirs spécifiques. Cette ligne a nourri les gouvernements de Jean Lesage puis de Robert Bourassa, qui négociaient avec Ottawa pour arracher des compétences sans jamais rompre. Fédéralistes, oui, mais exigeants, toujours en tension avec le reste du pays.

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03

Chapitre 3 — Trudeau, ou le fédéralisme qui refuse de négocier

Au cœur du livre se dresse une figure impossible à contourner : Pierre Elliott Trudeau. Premier ministre du Canada de 1968 à 1979, puis de 1980 à 1984, il incarne une version précise et redoutable du fédéralisme. Ancien de Cité libre, intellectuel avant d'être homme d'État, il arrive au pouvoir avec une conviction nette : le Québec n'a pas besoin de statut particulier, il a besoin d'un Canada où le français est partout chez lui. Sa réponse au nationalisme québécois, c'est le bilinguisme national et la charte des droits.

Les auteurs montrent comment cette vision, séduisante sur le papier, met les fédéralistes québécois en porte-à-faux. Trudeau combat la souveraineté, mais il combat tout autant les demandes d'autonomie des gouvernements québécois fédéralistes. Son fédéralisme refuse de reconnaître le Québec comme nation distincte, ce qui coupe l'herbe sous le pied de ceux qui, à Québec, défendaient le lien canadien précisément en promettant d'obtenir davantage dans la fédération.

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04

Chapitre 4 — Après l'échec, le silence et la gestion

Reste la question que le livre laisse monter page après page : qu'advient-il d'une idée politique quand elle gagne sans convaincre ? Le fédéralisme québécois a remporté les référendums, mais après 1995, il cesse de se présenter comme un projet. Il ne promet plus de refaire le Canada, parce qu'il a essayé et échoué deux fois. Il se contente d'exister, de gérer, de rappeler les risques de l'indépendance. L'idée survit, mais elle a troqué l'ambition contre la prudence.

C'est le vrai sujet des deux historiens, par-delà le récit. Une pensée vivante se reconnaît à ce qu'elle propose un avenir désirable. Le fédéralisme québécois des années 1960 proposait un Canada à réinventer, un pays où le français aurait toute sa place, une émancipation sans rupture. Celui des années 2000 propose surtout de ne pas bouger. Il a glissé d'une position offensive à une position défensive, et une idée qui ne fait plus que se défendre finit par ne plus faire rêver personne.

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05

Conclusion

Au bout du parcours, le fédéralisme québécois apparaît comme une pensée qui a fait le chemin inverse de ce que son score laisserait croire. Parti d'un projet ambitieux porté par des intellectuels convaincus de refaire le Canada, divisé dès l'origine entre partisans du statut particulier et tenants de l'égalité stricte, il a buté sur 1982, Meech et Charlottetown. Chaque échec constitutionnel a creusé l'écart entre ce qu'il promettait et ce qu'il obtenait, jusqu'à ce qu'il ne lui reste que la gestion du statu quo.

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