Télécharger l'app

Scanne. C'est dans ta poche.

QR Code — Dygest

Ouvre l'app Appareil photo, pointe sur le code. C'est gratuit à l'essai.

Les irresponsables

Les ir­res­pon­sables

Johann Chapoutot

Qui a vraiment porté Hitler au pouvoir

Écouter l'extrait du podcast :
0:00 --:--

Description

30 janvier 1933. Adolf Hitler est nommé chancelier du Reich par le maréchal Hindenburg, président d'une République vieille de quatorze ans. La scène qu'on se raconte ensuite est celle d'une marée : un peuple allemand hypnotisé, des foules en transe, un orateur fou qui aurait emporté une nation par la seule force de sa voix. C'est une image commode. Elle a un défaut : elle est fausse. Au moment où il entre à la chancellerie, le parti nazi recule aux élections, ses caisses sont vides, ses chefs se déchirent. Hitler n'a pas pris le pouvoir. On le lui a donné.

C'est la thèse de l'historien Johann Chapoutot dans Les irresponsables. Derrière le mythe du monstre tout-puissant, il remet au centre une poignée d'hommes très ordinaires dans leur respectabilité : des aristocrates, des généraux, des grands patrons, des juristes, des notables conservateurs et libéraux. Des gens de bonne famille, bien élevés, qui méprisaient le "caporal autrichien" et ses troupes braillardes — et qui ont pourtant calculé qu'ils pouvaient s'en servir. Ils se sont trompés sur toute la ligne. Et ils n'ont presque jamais payé pour ça.

Ce que raconte le livre, en vrai, c'est moins une histoire de monstre qu'une histoire de milieu. Comment des hommes qui avaient tout — la fortune, les titres, les diplômes, l'accès au pouvoir — ont-ils fini par confier l'Allemagne à celui qui allait la détruire ? Pas par folie. Par intérêt, par peur, et par la certitude de rester maîtres du jeu.

La question que l’on se pose : Si Hitler n'a pas conquis le pouvoir mais l'a reçu, qui le lui a tendu, et au nom de quoi ?Ce que l’on va voir : Comment une élite allemande respectable a cru domestiquer le nazisme pour protéger ce qu'elle possédait, et ce que ce calcul dit de la responsabilité des dominants.

Sommaire

01

Chapitre 1 — Janvier 1933 — un homme qu'on croyait tenir

Reprenons la scène, mais côté coulisses. À l'automne 1932, le parti nazi va mal. Aux élections de novembre, il perd deux millions de voix et trente-quatre sièges par rapport à juillet. Les finances du parti sont exsangues, Goebbels note dans son journal l'épuisement et le découragement des cadres. Un courant interne, autour de Gregor Strasser, songe à composer avec le gouvernement plutôt qu'à tout miser sur un Hitler qui refuse tout poste inférieur à la chancellerie. L'élan s'essouffle. Le NSDAP n'est pas une vague qui monte, c'est une machine qui commence à caler.

Et c'est précisément à ce moment-là qu'on va le hisser au sommet. L'acteur central de la manœuvre s'appelle Franz von Papen, aristocrate catholique, ancien chancelier, cavalier élégant et intrigant médiocre. Évincé par un rival, le général Kurt von Schleicher, Papen veut sa revanche. Il imagine un attelage : Hitler chancelier, mais encadré par des ministres conservateurs qui tiendront les vrais leviers. Papen lui-même sera vice-chancelier, et se fait fort de "l'avoir mis dans un coin" où, dit-il à ses amis, ils le feront grincer des dents jusqu'à ce qu'il couine.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

02

Chapitre 2 — Les élites qui pensaient l'utiliser

Qui sont ces "autres", au juste ? Chapoutot dresse le portrait d'un milieu, pas d'un parti. D'abord l'aristocratie prussienne, les Junkers, grands propriétaires terriens de l'est de l'Allemagne, criblés de dettes et furieux contre une République qui parle de redistribuer leurs terres. Ensuite la haute fonction publique et la magistrature, massivement acquises à l'ancien ordre impérial et qui n'ont jamais vraiment accepté la démocratie de Weimar. Enfin l'armée, la Reichswehr, dont les chefs rêvent de réarmement et de revanche sur le traité de Versailles. Trois mondes différents, un réflexe commun : la République leur est insupportable.

Ce qui frappe, c'est la hauteur avec laquelle ces gens regardent Hitler. Dans leurs correspondances, leurs mémoires, leurs propos de table, il est le "peintre en bâtiment", le "tambour", l'agité sans manières qu'on invite parce qu'il ramène des voix, pas parce qu'on l'estime. Ils se vivent comme la vraie Allemagne — celle des familles, des domaines, des régiments — et voient dans le nazisme une force de rue utile, un bélier contre les syndicats et les sociaux-démocrates. L'idée n'est pas de servir Hitler. L'idée est de le domestiquer.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

03

Chapitre 3 — La grande peur des possédants

Pour comprendre ce calcul, il faut descendre d'un cran, vers l'argent. Une partie du grand patronat allemand a fini par miser sur Hitler, non par conviction idéologique mais par arithmétique d'intérêt. Les barons de l'industrie lourde et de la sidérurgie — on pense aux noms de la Ruhr — redoutent deux choses : les salaires que les syndicats arrachent sous Weimar, et l'ombre d'une nationalisation si la gauche l'emporte vraiment. Un régime qui briserait les syndicats, garantirait l'ordre dans les usines et relancerait les commandes, notamment militaires, a de quoi séduire.

L'épisode le plus net est la réunion du 20 février 1933, chez le président du Reichstag, Hermann Göring. Hitler y reçoit une vingtaine de grands industriels, trois semaines après sa nomination, à la veille des élections. Il leur promet la fin de la démocratie parlementaire et le retour de l'autorité ; Göring enchaîne en sollicitant des fonds pour la campagne. Les contributions pleuvent, plusieurs millions de marks. Chapoutot ne prétend pas que l'industrie a "fait" Hitler — le mouvement existait avant eux. Mais au moment décisif, ces hommes ont financé le verrouillage du pouvoir, en connaissance de cause.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

04

Chapitre 4 — Quand les res­pec­tables ouvrent la porte

Le geste décisif, Chapoutot le situe au Reichstag le 23 mars 1933, avec le vote de la loi des pleins pouvoirs. Ce texte autorise le gouvernement à légiférer sans le Parlement ni le président : la fin légale de la démocratie, votée par les représentants eux-mêmes. Les communistes sont déjà exclus, arrêtés, en fuite après l'incendie du Reichstag ; les sociaux-démocrates, seuls, osent voter contre. Mais pour atteindre la majorité des deux tiers, Hitler a besoin du centre et de la droite. Et il les obtient. Les députés du Zentrum catholique et des partis libéraux apportent leurs voix, contre des garanties verbales qui ne seront jamais tenues.

C'est là que le livre resserre sa cible sur les libéraux allemands, ces représentants de la bourgeoisie éclairée, des professions, du commerce, qui se voulaient les gardiens de l'État de droit. Ils savaient ce qu'était un pouvoir sans contre-pouvoir ; c'est précisément ce que le libéralisme politique est censé empêcher. En votant les pleins pouvoirs, ils ont démissionné de leur propre raison d'être. Non par adhésion au nazisme — par pragmatisme, par lassitude, par espoir d'être épargnés, par cette idée tenace que l'ordre valait mieux que le chaos même au prix des libertés.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

05

Conclusion

Le renversement opéré par Les irresponsables tient en une phrase : Hitler n'a pas arraché le pouvoir, on le lui a confié. Pas par un peuple halluciné, mais par des hommes de la meilleure société, convaincus de tenir en laisse ce qu'ils méprisaient. Le dompteur s'est fait dévorer, et presque aucun n'a répondu de son erreur. Le monstre solitaire du mythe cède la place à un réseau de notables très ordinaires dans leur respectabilité, qui ont pesé le risque et choisi le pire parce qu'il protégeait leurs biens.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !