Le Maroc de 1631 à 1812
Le Maroc sous les Alaouites
Description
Au milieu du XVIIᵉ siècle, le Maroc n'est plus un État mais une mosaïque. Les derniers Saadiens s'épuisent dans des querelles de succession, les confréries religieuses tiennent des pans entiers du territoire, et des marabouts comme ceux de Dila, dans le Moyen Atlas, règnent en souverains de fait. Dans le Tafilalet, au sud-est, une famille de chérifs venus d'Arabie quelques siècles plus tôt attend son heure. On les appellera les Alaouites, et leur descendance occupe encore le trône aujourd'hui.
C'est cette séquence, de 1631 à 1812, que l'orientaliste Octave Houdas a entrepris de décrypter à partir des chroniques arabes du pays. Près de deux siècles où la dynastie passe de la conquête d'un territoire morcelé à la construction d'un pouvoir centralisé, puis manque plusieurs fois de s'effondrer dans les guerres civiles entre fils de sultan. Une histoire de fer, de rançons et de palais, racontée du dedans par ceux qui servaient la cour.
L'intérêt du récit tient autant à ce qu'il dit qu'à la façon dont il a été établi. Houdas ne travaille pas sur des rapports diplomatiques européens ni sur des légendes : il lit, traduit et confronte les historiens marocains eux-mêmes. Suivre les sultans alaouites les uns après les autres, c'est aussi suivre la main des chroniqueurs qui ont fixé leur mémoire.
La question que l’on se pose : Comment une famille de chérifs du Sud a-t-elle bâti, perdu et reconstruit un pouvoir sur le Maroc en moins de deux siècles ?Ce que l’on va voir : La montée d'une dynastie à travers ses souverains successifs, et la manière dont ses propres chroniqueurs en ont écrit l'histoire.
Sommaire
01 Chapitre 1 — Mawlay Rashid, l'unificateur venu du Tafilalet
Les Alaouites tirent leur nom d'Ali, gendre du Prophète, dont ils se disent descendants. Installés depuis longtemps dans l'oasis de Sijilmassa, au Tafilalet, ils ne sont au départ qu'une famille religieuse respectée parmi d'autres. Le basculement commence autour de 1631, quand leurs chefs cessent de se contenter d'une autorité spirituelle locale et se lancent dans la lutte pour le pouvoir temporel, dans un pays où plus personne ne commande vraiment. Houdas situe là le véritable point de départ de son récit, bien avant que la famille ne pèse sur la carte du Maghreb.
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Le premier à rassembler le Maroc est Mawlay Rashid. Après des années de tâtonnements et de rivalités au sein même de sa famille — il doit d'abord écarter un frère qui lui disputait la primauté —, il s'impose dans les années 1660. Il prend Fès en 1666, qui redevient la capitale, puis s'attaque aux pouvoirs concurrents. En 1668, il écrase la zaouïa de Dila, cette confrérie du Moyen Atlas qui s'était taillé un véritable État, et détruit sa capitale. Il réduit ensuite les autres foyers d'indépendance, dans le Sud comme dans le Nord, sans jamais laisser à un rival le temps de se consolider.
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02 Chapitre 2 — Ismaïl, un demi-siècle de poigne et de poudre
Mawlay Ismaïl monte sur le trône en 1672 et y reste jusqu'à sa mort, en 1727. Cinquante-cinq ans de règne : c'est l'un des plus longs de l'histoire marocaine, et de loin le plus présent dans les chroniques que Houdas met à contribution. Contemporain de Louis XIV, avec qui il échange des ambassades, il incarne pour les sources arabes le modèle du souverain fort, redouté, bâtisseur.
Pour tenir un pays rétif, Ismaïl se dote d'une armée qui ne dépend d'aucune tribu : les Abid al-Bukhari, une troupe d'esclaves noirs recrutée et reproduite de génération en génération, loyale au seul sultan. Avec cet instrument, il mate les révoltes, soumet les régions montagneuses et impose l'impôt là où ses prédécesseurs échouaient. Il déplace le centre du pouvoir à Meknès, qu'il couvre de palais, de murailles et d'écuries immenses, chantier permanent nourri par le travail forcé. La ville devient le symbole visible d'un règne qui veut tout plier à sa volonté.
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03 Chapitre 3 — Trente ans de chaos entre deux règnes
La mort d'Ismaïl en 1727 ouvre l'une des périodes les plus confuses de l'histoire marocaine. Le sultan laisse une multitude de fils, et surtout une armée, les Abid al-Bukhari, devenue assez puissante pour faire et défaire les souverains. Pendant une trentaine d'années, les chroniques enregistrent une succession de règnes brefs, de dépositions et de retours, où le trône change de mains au gré des humeurs de la troupe.
Mawlay Ahmad ad-Dahbi, l'un des fils, règne, est écarté, revient. D'autres frères se succèdent, portés puis renversés par les mêmes soldats, parfois plusieurs fois en quelques années. Houdas, qui suit ici ses sources année par année, peine parfois à démêler l'ordre exact des événements tant les règnes se chevauchent et se répètent. Le pouvoir central se délite, l'impôt ne rentre plus, les tribus reprennent leur indépendance, et les régions se referment sur elles-mêmes, chacune se gouvernant comme elle peut.
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04 Chapitre 4 — Sidi Muhammad et la lente remise en marche
Mawlay Muhammad ben Abdallah, que les sources appellent souvent Sidi Muhammad, s'impose au milieu du XVIIIᵉ siècle et règne jusqu'en 1790. Après le chaos post-ismaïlien, il incarne un autre style de gouvernement : moins la terreur que la réorganisation. Il réduit l'influence des Abid al-Bukhari, dont la dynastie avait appris à ses dépens le danger, et cherche à asseoir son autorité sur des bases plus larges et plus stables, en ménageant les tribus plutôt qu'en les écrasant.
Son règne est tourné vers le commerce et la mer. Il développe le port de Mogador, l'actuelle Essaouira, qu'il fonde dans les années 1760 pour en faire un débouché contrôlé du commerce avec l'Europe. Il reprend aux Portugais la place de Mazagan en 1769, poursuivant la lutte contre les présides étrangers, tout en multipliant les traités de commerce et de paix avec les puissances européennes et, fait notable, avec les jeunes États-Unis, qu'il compte parmi les premiers à reconnaître.
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05 Conclusion
De Mawlay Rashid à Sidi Muhammad, la trajectoire dessinée par Houdas est celle d'un balancier : unification, apogée, effondrement, reconstruction. Une famille de chérifs du Tafilalet rassemble un pays morcelé, bâtit sous Ismaïl un pouvoir de fer, le voit se défaire dans les luttes de ses héritiers, puis le relève avec un prince plus gestionnaire que guerrier. Deux siècles qui tiennent sur une poignée de règnes, et sur la force d'une légitimité religieuse qui survit à tous les désordres.
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