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La démarche d'une recherche en sciences humaines

La démarche d'une recherche en sciences humaines

François Dépelteau

Mener une recherche de bout en bout

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Description

On a tous, un jour, lancé une affirmation sur « les jeunes », « les chômeurs » ou « les réseaux sociaux » avec l'assurance de quelqu'un qui sait. La plupart du temps, on se trompe, ou alors on a raison par accident. Entre l'intuition de comptoir et la connaissance qui tient, il y a un écart énorme — et cet écart, c'est précisément ce que les sciences humaines ont passé un siècle à combler. Pas en ayant de meilleures idées, mais en se donnant une méthode pour les mettre à l'épreuve.

Le sociologue québécois François Dépelteau a écrit un manuel devenu une référence dans les universités francophones, destiné aux étudiants qui attaquent leur premier mémoire et ne savent pas par où commencer. Son pari : une recherche sérieuse n'a rien de mystérieux. C'est une suite d'étapes logiques, chacune préparant la suivante, de la première question qu'on se pose jusqu'au moment où l'on rend ses résultats lisibles pour les autres. Chaque étape a ses pièges, et la plupart des recherches ratées le sont dès le début.

Ce qui frappe, en suivant ce fil, c'est que la rigueur ne tombe jamais du ciel à la fin. Elle se joue au tout début, dans une phrase qu'on croit anodine et qu'on expédie trop vite. Un chercheur qui bâcle sa question de départ traîne cette faiblesse jusqu'à la dernière page.

La question que l’on se pose : Comment passe-t-on d'une simple curiosité à une connaissance qui tient debout face aux objections ?Ce que l’on va voir : Le chemin qu'emprunte une recherche en sciences humaines, étape après étape, et ce que chacune exige vraiment.

Sommaire

01

Chapitre 1 — La question de départ, ce point qu'on bâcle toujours

Tout commence par une question. Pas une opinion, pas un thème vague, une vraie question. Dépelteau insiste : c'est l'étape que les débutants expédient en trois minutes, alors qu'elle commande tout le reste. « Les inégalités, c'est important » n'est pas une question de recherche. « Pourquoi les enfants d'ouvriers accèdent-ils moins souvent aux études longues, à résultats scolaires égaux ? » en est une. La différence n'est pas cosmétique. La seconde est précise, elle désigne un objet, elle appelle une réponse qu'on peut chercher.

Une bonne question de départ a des qualités qu'on peut lister. Elle est claire : on comprend ce qu'on cherche sans gloser dessus pendant dix minutes. Elle est faisable : on dispose du temps, des moyens, de l'accès au terrain pour y répondre pour de vrai. Un étudiant qui veut étudier « la pauvreté dans le monde » en six mois court à l'échec, pas parce que le sujet est mauvais, mais parce qu'il est hors de portée. Et elle est pertinente : elle vise à comprendre, pas à juger ni à prouver qu'on avait raison depuis le début.

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02

Chapitre 2 — Lire avant de chercher, pour ne pas réinventer la roue

Une fois la question posée, la tentation est de foncer sur le terrain. Dépelteau freine : avant d'interroger qui que ce soit, il faut lire. C'est l'étape de la problématique et de la revue de littérature, et elle a une fonction simple. On a très peu de chances d'être la première personne de l'histoire à se poser sa question. D'autres l'ont abordée, de biais ou de face, et ignorer leur travail revient à repartir de zéro là où l'on pourrait partir de l'état actuel du savoir.

Lire sert d'abord à situer sa recherche. Qu'a-t-on déjà établi sur le sujet ? Où sont les désaccords ? Quelles pistes ont été explorées, lesquelles restent dans l'ombre ? C'est en répondant à ces questions qu'on transforme une question de départ, encore naïve, en une véritable problématique — c'est-à-dire une question reliée à un débat, inscrite dans une conversation plus large. On ne cherche plus dans le vide ; on ajoute une pierre à un édifice en construction.

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03

Chapitre 3 — Une hypothèse et une méthode : le pari qu'on va tester

Au bout de la lecture vient le moment de parier. L'hypothèse est une réponse provisoire à la question de départ — une proposition qu'on avance et qu'on s'engage à mettre à l'épreuve. Ce n'est ni une certitude ni une devinette : c'est une affirmation argumentée, tirée de ce qu'on a lu et observé, et formulée de façon à pouvoir être confirmée ou infirmée par les faits. Si une hypothèse ne peut jamais être démentie, elle ne sert à rien.

Dépelteau souligne que toutes les recherches ne fonctionnent pas sur ce modèle. Certaines, dites exploratoires, partent sur un terrain mal connu sans hypothèse ferme, pour voir ce qui émerge. D'autres, plus classiques, posent une hypothèse claire et vont la tester. Les deux sont légitimes ; ce qui compte, c'est de savoir dans quelle logique on se trouve et de ne pas prétendre tester une hypothèse qu'on n'a jamais formulée.

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04

Chapitre 4 — Du terrain à la page : ce que personne ne voit du travail

La collecte des données est souvent le moment dont on rêve au départ et qui, une fois arrivé, se révèle le plus désordonné. Les gens ne répondent pas comme prévu, les terrains se dérobent, les entretiens partent dans tous les sens. Dépelteau décrit cette phase sans la romantiser : c'est un travail patient de récolte, où la rigueur consiste à appliquer la méthode qu'on s'est donnée même quand le réel résiste. Noter ce qui se passe, y compris ce qui dérange l'hypothèse. La tentation de ne garder que ce qui arrange guette à chaque pas.

Puis vient l'analyse, qui est le vrai moment de vérité. Des données brutes ne disent rien toutes seules. Des centaines de réponses, des heures d'entretien retranscrites, des tableaux de chiffres : il faut les faire parler sans les faire mentir. Cela veut dire coder, classer, comparer, chercher des régularités et traquer les contre-exemples. L'analyse qualitative repère des thèmes récurrents dans les discours ; l'analyse quantitative cherche des corrélations, des écarts significatifs. Dans les deux cas, le danger est de voir dans les données ce qu'on espérait y trouver.

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05

Conclusion

Le trajet qu'esquisse Dépelteau est d'une logique presque entêtante : une question qu'on affûte, des lectures qui la situent, une hypothèse qu'on ose, une méthode qu'on choisit, un terrain qu'on affronte, une analyse qui tranche, et des résultats qu'on rend lisibles. Chaque maillon tient le suivant, et la faiblesse d'un seul fragilise toute la chaîne. Ce qui ressemble, vu de loin, à une procédure administrative est en réalité une longue discipline du doute organisé — la seule façon connue de transformer une intuition en quelque chose qui résiste aux objections.

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