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Histoire générale de Sicile

Histoire générale de Sicile

M. de Burigny (Jean Lévesque)

La Sicile, carrefour des empires

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Description

Au milieu de la Méditerranée, une île à peine plus grande que la Belgique a vu défiler, en près de trois mille ans, à peu près tous ceux qui ont compté dans l'histoire du bassin : Phéniciens, Grecs, Carthaginois, Romains, Byzantins, Arabes, Normands, Allemands, Français, Espagnols. Au XVIIIe siècle, un érudit français, Jean Lévesque de Burigny, entreprend de raconter cette succession dans une Histoire générale de Sicile. Son objet n'est pas un peuple ni une dynastie — c'est un lieu, et la liste des maîtres qui s'y sont relayés.

Ce qui frappe Burigny, et ce qui frappe encore, c'est la régularité de la chose. La Sicile ne connaît pas de longues périodes d'indépendance. Elle passe de main en main, conquise, échangée, héritée, parfois disputée pendant des décennies, rarement laissée à elle-même. Chaque occupant y laisse une langue, un temple, une administration, une manière de cultiver le blé — puis s'en va ou se fait chasser, et le suivant construit par-dessus.

Burigny raconte ce défilé sans chercher à en tirer une nation. Il suit les dominations dans leur ordre, des colons grecs aux vice-rois espagnols, en observant ce que chacune ajoute à l'île. C'est une histoire de carrefour plus que de patrie — et c'est précisément ce qui en fait un cas à part.

La question que l’on se pose : Comment une seule île a-t-elle pu passer entre les mains de presque tous les empires méditerranéens, et que reste-t-il de chacun ?Ce que l’on va voir : Le long défilé des maîtres de la Sicile, et la Sicile composite que trois mille ans de conquêtes ont fini par composer.

Sommaire

01

Chapitre 1 — Une île que tout le monde veut

Avant de raconter les conquêtes, Burigny prend soin d'expliquer pourquoi elles ont eu lieu. La Sicile n'est pas convoitée par hasard : elle est posée pile au centre de la Méditerranée, au point le plus étroit entre l'Europe et l'Afrique, à quelques kilomètres de la botte italienne et à portée de voile de Carthage. Qui tient la Sicile surveille le passage entre le bassin oriental et le bassin occidental. Pour une puissance maritime, c'est une position qui vaut une flotte entière.

À cet atout de position s'ajoute une richesse concrète. Burigny insiste sur la fertilité de l'île, dont les plaines à blé ont nourri des cités entières bien au-delà de ses côtes. L'Etna, volcan menaçant, donne aussi des sols d'une générosité rare. On y récolte le grain, la vigne, l'olivier ; on y exploite le sel, le soufre, les ports naturels. Une île qui produit de quoi manger et qui commande une route commerciale : il n'en faut pas plus pour attirer les convoitises siècle après siècle.

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02

Chapitre 2 — Des Grecs aux Car­tha­gi­nois : la Sicile avant Rome

La première grande vague, chez Burigny, est grecque. À partir du VIIIe siècle avant notre ère, des colons venus de Corinthe, de Mégare, de Rhodes fondent sur les côtes orientales des cités qui deviendront parmi les plus brillantes du monde grec. Syracuse, établie vers 734 avant J.-C., grandit jusqu'à rivaliser avec Athènes. Agrigente, Gela, Catane, Messine couvrent l'île de temples dont les ruines étonnent encore. Burigny décrit une Sicile grecque prospère, cultivée, mais traversée de rivalités permanentes entre cités.

Dans le même temps, l'ouest de l'île est tenu par les Phéniciens, puis par leur héritière Carthage, installée en face sur la côte africaine. Deux mondes se partagent donc la Sicile : l'hellénisme à l'est, la puissance punique à l'ouest. Burigny raconte le long duel qui en découle, ponctué de batailles mémorables comme celle d'Himère, et de figures de tyrans siciliens — Gélon, Denys l'Ancien — qui gouvernent Syracuse d'une main ferme tout en repoussant l'avancée carthaginoise.

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03

Chapitre 3 — Rome, Byzance et le grenier du monde

La première guerre punique, déclenchée en 264 avant J.-C., se joue en grande partie pour la Sicile. Rome, qui n'avait presque pas de flotte, s'en construit une pour affronter Carthage sur mer, et finit par l'emporter. En 241 avant J.-C., l'île devient la première province romaine hors d'Italie. Burigny marque ce moment comme un tournant : la Sicile cesse d'être un monde de cités rivales pour devenir une pièce administrée d'un empire en construction.

Sous Rome, l'île prend un rôle précis : nourrir. Son blé part en masse vers la capitale et ses armées. Burigny ne cache pas le revers de cette prospérité agricole : l'exploitation par de grands domaines, le travail servile, et des gouverneurs parfois d'une rapacité célèbre — le procès de Verrès, poursuivi par Cicéron pour avoir pillé la province, en reste l'exemple le plus connu. La misère de cette main-d'œuvre asservie finira par exploser en véritables guerres serviles, que l'île paya de longues années de troubles. La Sicile est riche, mais sa richesse sert d'abord Rome.

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04

Chapitre 4 — L'île des émirs, des Normands et des rois lointains

Au IXe siècle, des armées musulmanes venues d'Afrique du Nord débarquent et conquièrent progressivement l'île, qui devient pour près de deux siècles une terre d'Islam. Burigny décrit l'empreinte profonde de cette période : nouvelles cultures agricoles, systèmes d'irrigation, essor de Palerme comme grande capitale, vocabulaire et savoirs importés. Les agrumes, la canne à sucre, le mûrier transforment les campagnes ; les marchés et les ports se remplissent. L'île n'est plus une marge d'empire chrétien, elle est un morceau avancé du monde arabe, cosmopolite et prospère.

Puis viennent les Normands. Au XIe siècle, ces guerriers venus du nord de la France, déjà installés dans le sud de l'Italie, conquièrent la Sicile sur les émirs. Burigny s'attarde sur ce royaume normand, l'un des plus remarquables du Moyen Âge, parce qu'il ne détruit pas ce qu'il trouve : les rois, Roger II surtout, gouvernent une population où cohabitent chrétiens latins, chrétiens grecs et musulmans, s'entourent de savants arabes et de fonctionnaires byzantins. L'île composite devient, un temps, un modèle de synthèse où se croisent trois langues et trois fois.

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05

Conclusion

Burigny referme son histoire là où le pouvoir sicilien s'est le plus durablement installé hors de l'île : dans les capitales lointaines qui l'ont gouvernée par procuration. Son récit n'offre pas la trajectoire rassurante d'un peuple qui se construit, se libère et triomphe. Il offre autre chose — la chronique patiente d'un lieu que sa position même a condamné à être convoité, pris, perdu, repris, sans presque jamais lui appartenir vraiment.

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