Histoire de l'Égypte
L'Égypte, des origines à nos jours
Description
Il y a un fait que Bernard Lugan pose d'emblée, et qui tient tout son récit : l'Égypte est peut-être le plus vieil État continu de l'histoire humaine. Pas la plus vieille ville, pas la plus vieille écriture — l'État, cette machine centralisée qui lève l'impôt, organise le travail, trace des frontières. Vers 3100 avant notre ère, un roi que la tradition appelle Narmer ou Ménès unifie le Nord et le Sud sous une même couronne. À partir de là, et sur plus de cinq mille ans, un pays continue d'exister sous ce nom, sur ce territoire, malgré les invasions, les dynasties étrangères et les changements de langue et de religion.
Lugan, africaniste qui a consacré sa carrière à l'histoire du continent, raconte cette durée comme une seule et longue respiration. Son fil conducteur est géographique : l'Égypte n'existe que par le Nil, ce ruban vert au milieu du désert qui concentre la population sur quelques kilomètres de part et d'autre du fleuve. Tout le reste — la richesse, la bureaucratie, les pharaons divinisés, jusqu'au barrage d'Assouan au XXe siècle — découle de ce rapport entre un peuple et son fleuve.
Son livre déroule cette histoire d'un trait, des premières dynasties à l'Égypte contemporaine, sans s'arrêter aux césures habituelles entre antiquité, islam et modernité. C'est à la fois sa force et, on le verra, le terrain de ses thèses les plus discutées.
La question que l’on se pose : Comment un même pays a-t-il pu traverser cinq mille ans d'invasions et de changements de maîtres sans cesser d'être l'Égypte ?Ce que l’on va voir : La longue durée d'un État né du Nil, des pharaons aux colonels du XXe siècle, et ce qui, dans la lecture de Lugan, fait débat.
Sommaire
01 Chapitre 1 — Une terre faite par le fleuve
Avant les rois, il y a le fleuve. Lugan commence par là parce que tout en découle. L'Égypte habitable, c'est une mince bande verte coincée entre deux déserts, grosso modo le cours du Nil et son delta. Partout ailleurs, le sable. Hérodote, le voyageur grec du Ve siècle avant notre ère, résumait déjà la chose d'une formule que Lugan reprend volontiers : l'Égypte est un don du Nil. Chaque été, la crue déposait un limon noir qui rendait la terre cultivable sans effort d'engrais. Le reste de l'agriculture mondiale peinait ; là, le fleuve travaillait pour les hommes.
Ce cadeau avait un prix : il fallait l'organiser. Prévoir la crue, mesurer sa hauteur, creuser les canaux, stocker le grain pour les années maigres. On ne fait pas ça en famille. Il faut une administration, des scribes qui comptent, un pouvoir central capable de mobiliser des bras. Pour Lugan, c'est le fleuve qui fabrique l'État égyptien, pas l'inverse. La bureaucratie pharaonique, avec ses greniers et ses registres, naît d'une nécessité hydraulique avant d'être une affaire de prestige.
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02 Chapitre 2 — Le temps long des pharaons
Les trois mille ans de l'Égypte pharaonique, les historiens les découpent en grands blocs : l'Ancien Empire, le Moyen Empire, le Nouvel Empire, séparés par des périodes dites intermédiaires où le pouvoir central se délite. Lugan suit ce cadre sans s'y noyer. Ce qui l'intéresse, c'est le rythme : des phases de centralisation forte, puis des phases d'éclatement, puis la reconstruction. Toujours le même mouvement de reflux et de retour.
L'Ancien Empire, vers 2700-2200 avant notre ère, c'est l'âge des grandes pyramides. Khéops, Khéphren et les autres font ériger à Gizeh des montagnes de pierre qui tiennent encore. Lugan y voit moins l'exploit technique — même s'il est réel — que la preuve d'un État capable de mobiliser des dizaines de milliers d'hommes sur des décennies. On ne bâtit pas une pyramide avec des esclaves fouettés, contrairement à l'image héritée du cinéma, mais avec une administration qui nourrit, loge et organise des ouvriers par roulement, pendant la saison où les champs sont inondés.
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03 Chapitre 3 — Les empires passent, l'Égypte reste
À partir du premier millénaire avant notre ère, l'Égypte cesse d'être maîtresse d'elle-même. Les Assyriens, les Perses, puis les Grecs d'Alexandre s'en emparent tour à tour. En 332 avant notre ère, Alexandre entre en Égypte sans combat et fonde Alexandrie, qui deviendra la plus grande ville du monde hellénistique. À sa mort, un de ses généraux, Ptolémée, s'y installe et fonde une dynastie grecque qui régnera trois siècles. Cléopâtre, la dernière, n'a rien d'une Égyptienne de sang : c'est une reine grecque qui parle, dit-on, la langue de ses sujets mieux que ses prédécesseurs.
Avec elle s'achève, en 30 avant notre ère, l'indépendance antique : Rome annexe le pays et en fait son grenier à blé. L'Égypte nourrit désormais la capitale impériale à des milliers de kilomètres. Vient ensuite Byzance, puis la bascule décisive. Au VIIe siècle, les armées arabes conquièrent le pays en quelques années. L'islam et la langue arabe s'installent, lentement d'abord, puis massivement. La population copte, chrétienne, se réduit peu à peu à une minorité qui subsiste encore aujourd'hui.
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04 Chapitre 4 — De Méhémet Ali à aujourd'hui
L'Égypte moderne commence, pour Lugan comme pour beaucoup d'historiens, avec un choc : l'expédition de Bonaparte en 1798. Militairement, c'est un échec — la flotte française est détruite à Aboukir, l'armée finit par rembarquer. Mais l'expédition ouvre le pays à l'Europe et déclenche une réaction. Dans le désordre qui suit, un officier d'origine albanaise, Méhémet Ali, prend le pouvoir en 1805 et fonde une dynastie qui régnera jusqu'au milieu du XXe siècle. C'est lui qui lance la modernisation : armée à l'européenne, coton d'exportation, premières usines.
Le prix de cette modernisation, c'est la dette. Pour creuser le canal de Suez, inauguré en 1869, et financer son train de réformes, l'Égypte emprunte massivement. Incapable de rembourser, elle tombe sous tutelle financière, puis sous occupation britannique à partir de 1882. Le pays reste nominalement dirigé par ses khédives, mais Londres tient les cordons. L'indépendance formelle de 1922 ne change pas grand-chose : la couronne et les Anglais se partagent le réel.
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05 Conclusion
Au bout du compte, le récit tient par son fil géographique : un fleuve, une vallée étroite, une population concentrée, et la nécessité permanente d'un pouvoir capable d'organiser la crue et de nourrir le pays. De Narmer à Nasser, de la double couronne au barrage d'Assouan, Lugan voit la même logique à l'œuvre, et c'est ce qui donne à son Égypte cette unité impressionnante sur cinq mille ans.
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