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Histoire de Ciceron

Histoire de Ciceron

Conyers Middleton

Cicéron, vie et République finissante

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Description

Il y a un moment, dans l'histoire romaine, où un provincial sans ancêtres consuls a tenu, pendant quelques années, le sort de la République entre ses mains — en parlant. Marcus Tullius Cicéron, né en 106 avant notre ère à Arpinum, à une centaine de kilomètres de Rome, n'avait ni fortune militaire ni lignage. Il avait une voix, une mémoire prodigieuse et un art du discours que personne n'a égalé après lui. Avec ça, il est devenu consul, a brisé un complot qui menaçait la ville, puis a traversé les guerres civiles jusqu'à y laisser sa tête, au sens propre.

Au milieu du XVIIIe siècle, un érudit anglais, Conyers Middleton, publie une vie de Cicéron qui va longtemps rester une référence. Middleton ne raconte pas un personnage de manuel. Il suit la carrière année par année, discours après discours, s'appuie sur la correspondance que Cicéron a laissée — des centaines de lettres privées, rarement destinées à être lues. On y voit un homme qui hésite, qui calcule, qui se vante, qui se trompe de camp, qui a peur. Un politique, pas une statue.

Ce qui donne à ce livre sa tension, c'est qu'il raconte en même temps deux agonies emmêlées : celle d'un homme et celle d'un régime. La République romaine se défait pendant que Cicéron tente de la sauver, et il n'est jamais tout à fait clair s'il la défend ou s'il poursuit sa propre place dans le monde qui vient.

La question que l’on se pose : Comment un provincial sans naissance a-t-il pu peser autant sur la fin d'une République, et pourquoi un lettré anglais des Lumières a-t-il tenu à raconter sa vie dans le détail ?Ce que l’on va voir : On suit un homme qui monte par la seule force du verbe, trébuche au cœur des guerres civiles romaines, et devient, bien plus tard, le miroir d'un autre siècle.

Sommaire

01

Chapitre 1 — Un homme neuf à Rome

Middleton insiste d'emblée sur un handicap de départ : Cicéron était ce que les Romains appelaient un homo novus, un homme neuf. Aucun de ses ancêtres n'avait exercé de magistrature importante. À Rome, c'était presque disqualifiant. Les grandes charges se transmettaient entre quelques familles qui se considéraient propriétaires de l'État. Pour un fils de notable de province, entrer dans ce cercle supposait de compenser l'absence de nom par autre chose.

Cette autre chose, ce fut l'éloquence. Le jeune Cicéron étudie le droit, la rhétorique, la philosophie, à Rome puis en Grèce et à Rhodes, où il travaille sa voix et son souffle comme un athlète. Middleton détaille cette formation parce qu'elle explique tout le reste : dans une République où les procès et les assemblées se gagnaient à la parole, maîtriser le discours, c'était détenir un pouvoir réel. Un bon orateur pouvait sauver un accusé, abattre un adversaire, retourner une foule.

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02

Chapitre 2 — L'année du consulat et Catilina

L'année 63 avant notre ère est le sommet du récit. Cicéron est consul, et il doit faire face à une conjuration. Catilina, un patricien ruiné et ambitieux, écarté du consulat, prépare un coup de force : soulèvement armé, assassinats, incendie de Rome. Middleton reconstitue l'affaire avec la méticulosité d'un enquêteur, en s'appuyant sur les discours mêmes que Cicéron prononça alors, les fameuses Catilinaires.

Le consul découvre le complot, rassemble les preuves, et choisit de frapper par la parole avant de frapper par la force. Devant le Sénat, puis devant le peuple, il dénonce Catilina en face. L'homme quitte Rome pour rejoindre ses troupes. Restent dans la ville des complices qu'on arrête. Et là surgit la décision qui va hanter Cicéron jusqu'à sa mort : faut-il exécuter ces citoyens sans procès ? Le Sénat, après un débat où s'affrontent César, partisan de la clémence, et Caton, partisan de la rigueur, penche pour la mort. Cicéron fait appliquer la sentence.

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03

Chapitre 3 — Le grand jeu entre César et Pompée

Après le consulat commence une longue descente où Cicéron n'est plus l'homme qui décide, mais celui qui tente de se maintenir entre des forces plus grandes que lui. Trois hommes dominent désormais Rome : Pompée, le général couvert de gloire ; Crassus, le plus riche ; et César, le plus habile. Leur entente privée, que Middleton décrit comme un partage du pouvoir, vide les institutions de leur substance. Cicéron, qui croit à la République des lois, se retrouve de trop.

Ses ennemis exploitent la faille laissée par l'affaire Catilina. Un tribun agité, Clodius, fait voter l'exil de quiconque aurait mis à mort des citoyens sans procès — la mesure vise Cicéron et personne d'autre. En 58, il quitte Rome, effondré. Middleton s'arrête sur cette chute et sur les lettres de cette période, où l'orateur triomphant se montre abattu, presque brisé. Rappelé un an plus tard dans la liesse, il revient diminué, obligé de ménager ceux qu'il méprise.

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04

Chapitre 4 — Un biographe du XVIIIe siècle face à son héros

Si Middleton consacre tant de soin à cette vie, c'est que, au XVIIIe siècle, Cicéron n'est pas un simple auteur ancien. Il est une référence vivante pour une Europe qui se passionne pour la liberté politique, l'éloquence publique et la vertu civique. Raconter sa carrière, c'est tendre à ses lecteurs un modèle — et un avertissement. L'homme qui a défendu une République contre ceux qui la vidaient de l'intérieur parle directement à un siècle qui débat du pouvoir, des lois et de la place du citoyen.

Le choix de la méthode dit quelque chose de ce moment. Middleton bâtit sa narration sur la correspondance de Cicéron, ces lettres où l'homme se livre sans mise en scène. Il refuse l'hagiographie. Son Cicéron doute, flatte, se contredit, surjoue sa gloire, se trompe d'alliés. En faisant cela, le biographe traite l'Antiquité non comme un répertoire de statues exemplaires, mais comme une matière humaine qu'on peut peser, discuter, juger. C'est une manière toute moderne de lire les Anciens, qui annonce l'esprit historique des Lumières.

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05

Conclusion

La fin de Cicéron est à la mesure de sa vie. Après le meurtre de César, il se jette dans un dernier combat contre Antoine, qu'il attaque dans une série de discours d'une violence inouïe, les Philippiques. C'est un acte de courage et une faute de calcul. Antoine s'allie à Octave, le futur Auguste, et à Lépide. Pour sceller leur entente, les trois hommes dressent des listes de proscrits à éliminer. Cicéron y figure. En décembre 43, des soldats le rattrapent près de la côte ; il tend le cou et se laisse tuer. Sa tête et ses mains — celles qui avaient écrit les Philippiques — sont clouées à la tribune de Rome.

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