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Histoire de la décolonisation au XXe siècle

Histoire de la dé­co­lo­ni­sa­tion au XXe siècle

Bernard Droz

Le XXe siècle des indépendances

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Description

En 1945, un Français ou un Anglais qui regardait une carte du monde y voyait d'immenses taches à ses couleurs. L'Indochine, l'Algérie, l'Afrique de l'Ouest et une bonne part de l'Est côté britannique, l'Inde, la Malaisie : des centaines de millions de gens vivaient sous une souveraineté décidée à Londres ou à Paris. L'empire paraissait un fait de nature, une donnée de la géographie autant que de l'histoire. Trente ans plus tard, tout ça avait fondu. Une à une, ces taches étaient devenues des États, avec un drapeau, un siège à l'ONU, un hymne. Le mouvement le plus massif du XXe siècle tient dans ces trois décennies.

C'est cette bascule que raconte Bernard Droz dans son Histoire de la décolonisation au XXe siècle. L'historien ne la traite pas comme une marche inévitable vers la liberté, ni comme un cadeau concédé par des métropoles éclairées. Il la décrit comme un enchaînement de vagues, avec ses accélérations, ses blocages, ses guerres longues et ses départs négociés en quelques semaines. Chaque empire a eu sa manière de tomber, chaque colonie sa manière de partir, et les deux ne se ressemblent pas toujours.

Derrière la carte qui change de couleur, il y a des choix, des rapports de force, des calculs de puissances affaiblies par la guerre et des sociétés coloniales qui ne voulaient plus l'être. Droz suit le fil chronologique sans jamais le lisser, parce que ce qui s'est joué là continue de peser sur les relations entre anciennes métropoles et anciennes colonies.

La question que l’on se pose : Comment, en une génération, le plus grand système de domination jamais construit s'est-il démonté — et à quel prix selon les endroits ?Ce que l’on va voir : Les vagues successives d'indépendances, de l'Asie d'après-guerre à l'Afrique des années 1960, et les liens qui ont survécu au retrait des drapeaux.

Sommaire

01

Chapitre 1 — 1945, l'empire semble encore debout

Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, les empires coloniaux n'ont pas l'air de vaciller. La France et le Royaume-Uni figurent parmi les vainqueurs, siègent au Conseil de sécurité, dirigent chacun un ensemble de territoires que la victoire semble légitimer. Droz insiste sur ce paradoxe : jamais, sur le papier, la domination coloniale n'a paru aussi assurée qu'au moment où elle allait s'effondrer. En 1945, personne à Paris n'imagine sérieusement lâcher l'Algérie, et à Londres on parle encore de l'Inde comme du joyau de la couronne. Mieux : la France réunit à Brazzaville dès 1944 une conférence censée refonder l'empire, pas le démanteler.

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Pourtant, le sol s'est dérobé en dessous. La guerre a épuisé les métropoles : la Grande-Bretagne sort ruinée, endettée jusqu'au cou envers les États-Unis, la France a connu la défaite de 1940 et l'occupation. Le prestige qui faisait tenir la domination — l'idée que le colonisateur était invincible — a été entamé. En Asie, les victoires japonaises de 1941-1942 ont montré que des puissances européennes pouvaient être balayées en quelques semaines par une armée asiatique. Singapour tombe en 1942, et avec elle l'un des symboles de la puissance britannique en Orient. Cette image-là ne s'efface plus.

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02

Chapitre 2 — L'Asie ouvre le bal

La première grande vague part de l'Asie, et elle part vite. Dès 1947, les Britanniques quittent l'Inde. Épuisés, conscients qu'ils ne tiendront pas un sous-continent qui ne veut plus d'eux, poussés par la campagne de Gandhi et par la force du Congrès, ils choisissent de partir plutôt que de s'enliser. Mais le retrait se fait dans la précipitation : la partition entre l'Inde et le Pakistan, taillée à la hâte sur des critères religieux, provoque des déplacements massifs de populations et des violences qui font plusieurs centaines de milliers de morts. L'indépendance, ici, s'obtient presque sans guerre contre le colonisateur, mais au prix d'un déchirement interne.

Droz souligne le contraste avec l'Indochine française. Là, pas de départ négocié. Dès 1945, Hô Chi Minh proclame l'indépendance du Viêt Nam, et la France choisit de reconquérir. S'ouvre une guerre de huit ans qui se termine par la défaite de Diên Biên Phu en 1954, humiliation militaire qui scelle le départ français. Deux empires, deux attitudes : le Britannique qui lâche prise, le Français qui s'accroche et se brûle. Cette différence de tempérament colonial traverse tout le livre, sans jamais devenir une règle rigide, car les Britanniques aussi ont su combattre, en Malaisie ou au Kenya.

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03

Chapitre 3 — Le moment africain, 1960 et après

L'Afrique attend les années 1950 et 1960 pour entrer dans la danse, mais elle y entre en masse. Droz décrit une deuxième vague, plus rapide encore que la première. En 1960 seulement — l'« année de l'Afrique » — dix-sept pays accèdent à l'indépendance, pour l'essentiel d'anciennes colonies françaises d'Afrique noire. Là, le passage se fait le plus souvent sans guerre : la France, échaudée par l'Indochine et occupée par l'Algérie, préfère négocier des transitions et conserver des liens étroits avec ses anciens territoires. De Gaulle organise le mouvement plutôt que de le subir.

L'Algérie, justement, est le contre-exemple tragique. Colonie de peuplement, avec près d'un million d'Européens installés et un statut de départements français, elle ne relève pas, aux yeux de Paris, de la même logique que le reste. La guerre déclenchée en 1954 dure près de huit ans, fait des centaines de milliers de morts, provoque l'usage de la torture, déstabilise la métropole au point de faire tomber la Quatrième République en 1958. L'indépendance de 1962 s'accompagne de l'exode massif des pieds-noirs et du drame des harkis. Droz y voit la décolonisation la plus coûteuse qu'ait connue la France.

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04

Chapitre 4 — Partir n'est pas disparaître

Quand le dernier drapeau descend, l'histoire ne s'arrête pas — elle change de forme. Droz consacre une part importante de son travail à ce qui survit au départ officiel, et c'est peut-être là que son récit devient le plus actuel. Car la fin de la souveraineté politique n'a presque jamais signifié la fin du lien entre la métropole et sa colonie. Le drapeau change, les liens tiennent, parfois plus solidement qu'on ne l'imaginait le jour de l'indépendance.

Ces liens sont d'abord économiques. Beaucoup de nouveaux États héritent d'économies conçues pour servir la métropole : monoculture d'exportation, infrastructures tournées vers le port colonial, absence d'industrie. L'indépendance politique laisse intacte une dépendance matérielle que Droz décrit sans angélisme. Dans l'ancien domaine français, le franc CFA, les accords de coopération, la présence militaire prolongée dessinent ce qu'on finira par appeler la Françafrique — une souveraineté réelle mais encadrée, où l'ancien maître garde la main sur une part des leviers, du crédit aux alliances.

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05

Conclusion

Trois décennies auront suffi pour que l'immense carte coloniale de 1945 disparaisse presque entièrement. Droz raconte ce démontage non comme une libération linéaire ni comme une largesse des métropoles, mais comme une succession de vagues — l'Asie qui ouvre la brèche, l'Afrique qui s'y engouffre — où chaque empire est parti à sa façon : en lâchant prise, en combattant jusqu'à la défaite, ou en improvisant un retrait mal préparé. La diversité des sorties explique une bonne part des trajectoires nationales qui ont suivi, des plus apaisées aux plus tourmentées.

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