Histoire de France
La France racontée par Bainville
Description
En 1924, un journaliste et polémiste de droite publie un gros volume qui va se vendre par centaines de milliers d'exemplaires et rester en librairie un siècle durant : une Histoire de France en un seul tome, de la Gaule à l'armistice de 1918. Jacques Bainville n'est pas universitaire. Il écrit dans les journaux, il fréquente l'Action française, il a le goût des formules qui claquent. Et pourtant son récit s'impose, y compris chez des lecteurs qui ne partagent rien de ses opinions. Parce qu'il raconte la France comme une histoire qui tient debout, avec un début, une logique, et une sorte de destin qu'on suivrait du regard.
L'idée qui porte tout le livre est simple, presque entêtante. La France n'est pas un sol, ni une race, ni une idée abstraite : c'est le résultat d'un travail politique, mené sur mille ans, par une suite de rois qui ont agrandi, soudé, défendu un territoire qui n'avait au départ aucune raison d'exister sous cette forme. Ce que la nature avait laissé ouvert, disait Bainville, des hommes l'ont fermé. Et quand ils ont mal travaillé, la France a payé.
Lire Bainville aujourd'hui, c'est tenir dans la main un objet un peu étrange : un récit national d'une cohérence redoutable, écrit par quelqu'un qui savait exactement où il voulait aller. Ça rend le livre aussi captivant que suspect, et c'est ce double statut qui donne envie d'y revenir, un siècle plus tard.
La question que l’on se pose : Comment un polémiste royaliste a-t-il réussi à écrire le récit national le plus lu du XXe siècle, et qu'est-ce que sa méthode dit du geste même de raconter un pays ?Ce que l’on va voir : On remonte sa trame de la Gaule à 1918, on regarde ce qui fait tenir ce récit, puis on se demande ce qu'une telle cohérence gagne et perd à être écrite depuis une conviction.
Sommaire
01 Chapitre 1 — Une position géographique qui oblige à choisir
Bainville ouvre sur la Gaule, et déjà il pose sa grille. Les Gaulois, pour lui, sont doués mais dispersés : braves, inventifs, incapables de s'unir durablement. César n'a pas vaincu un peuple, il a profité de ses divisions. Et la conquête romaine, loin d'être une catastrophe, fonde quelque chose : la Gaule devient romaine, prend une langue, un droit, des villes, une colonne vertébrale administrative. Quand Rome s'effondre, il reste un territoire structuré que les invasions germaniques vont se disputer sans réussir à l'effacer.
De là, Bainville tire une loi qu'il ne lâchera plus. La France occupe une position centrale en Europe, carrefour ouvert sur toutes les frontières, sans barrière naturelle vraiment sûre à l'est. Cette situation est un atout et une menace permanente. Elle expose à l'invasion, elle oblige à l'unité, elle force à faire des choix de politique étrangère sous peine de disparaître. Un pays ainsi placé ne peut pas se permettre le désordre intérieur : il se fait écraser.
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02 Chapitre 2 — Les Capétiens, ou la patience comme méthode
Le héros du livre, ce n'est pas un roi, c'est une dynastie. En 987, Hugues Capet est élu par quelques grands : un seigneur parmi d'autres, maître d'un petit domaine autour de Paris et d'Orléans, entouré de vassaux plus puissants que lui. Rien ne le désigne. Et c'est précisément ce qui fascine Bainville : à partir de cette base dérisoire, les Capétiens vont, génération après génération, construire la France. Non par génie isolé, mais par continuité.
Leur méthode tient en quelques réflexes répétés sur des siècles. Avoir un fils, le faire sacrer du vivant du père pour assurer la transmission, ne jamais partager le domaine, agrandir par mariage, par héritage, par procès, par guerre quand il le faut. Bainville admire cette patience froide. Philippe Auguste reprend la Normandie et l'Anjou aux Plantagenêts et gagne Bouvines en 1214. Saint Louis donne à la royauté un prestige moral. Philippe le Bel plie l'Église et brise les Templiers. Chacun ajoute une pièce.
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03 Chapitre 3 — La monarchie absolue et sa fissure
Avec les Bourbons, le récit change de registre. La France est faite, il s'agit maintenant de la tenir et de la placer en Europe. Henri IV met fin aux guerres de religion par l'édit de Nantes en 1598 et par un pragmatisme que Bainville adore : un roi qui change de religion pour pacifier le royaume, c'est l'État qui passe avant la conviction. Richelieu prend le relais, abaisse les grands, affaiblit la maison d'Autriche, fait de la raison d'État une boussole. Bainville le tient pour l'un des plus grands : il pense la France comme une puissance qui doit empêcher qu'un seul maître domine le continent.
Louis XIV est le sommet et le début du problème. L'État atteint sa pleine force, la langue rayonne, les frontières se consolident. Mais Bainville n'est pas un courtisan posthume : il reproche au Roi-Soleil ses guerres de trop, la révocation de l'édit de Nantes qui chasse les protestants et appauvrit le pays, l'orgueil qui dresse l'Europe contre la France. La grandeur a un coût, et ce coût se paiera plus tard.
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04 Chapitre 4 — Écrire l'histoire quand on a déjà une idée de la France
Un livre d'histoire porte toujours une thèse, mais peu la portent aussi ouvertement que celui-ci. Bainville ne cache pas d'où il parle : monarchiste, convaincu que la continuité dynastique fut l'instrument qui a tenu un pays exposé, et que tout ce qui l'a interrompue a coûté cher. Sa France finit en 1918 sur une victoire, mais une victoire qu'il regarde déjà avec inquiétude — il écrira peu après que la paix de Versailles portait en elle la guerre suivante, ce que 1939 lui donnera tragiquement raison de penser.
L'enjeu n'est pas d'être d'accord ou non avec lui. C'est de voir ce qu'une conviction forte fait à un récit. Elle lui donne une colonne : chaque épisode trouve sa place dans une logique de construction puis de fragilisation, rien ne flotte, tout avance. Là où un manuel accumule des faits, Bainville raconte une trajectoire, et c'est pour ça qu'on le lit encore avec plaisir. La grille rend le passé lisible.
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05 Conclusion
De la Gaule divisée à l'armistice de 1918, Bainville aura tenu sa ligne sans jamais la lâcher : la France comme œuvre, patiemment assemblée par des rois contre une géographie défavorable, puis exposée dès qu'on a rompu le fil qui la tenait. Le livre doit son succès durable à cette netteté. Il raconte un pays comme on raconte une vie, avec ses choix décisifs, ses fautes qui se paient des générations plus tard, et cette tension permanente entre ce qu'un territoire central permet et ce qu'il menace.
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