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En Norvège

En Norvège

Pierre Lyautey

La campagne de Norvège, vue de 1940

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Description

9 avril 1940. Avant l'aube, des navires allemands remontent les fjords norvégiens dans le brouillard et jettent l'ancre devant les grands ports du royaume : Oslo, Bergen, Trondheim, Narvik. En quelques heures, un pays qui s'était tenu à l'écart de toutes les guerres européennes depuis plus d'un siècle se retrouve envahi, son roi en fuite vers le nord, son gouvernement débordé. L'invasion est si rapide, si bien montée, qu'elle sidère les états-majors alliés qui, eux-mêmes, lorgnaient depuis des semaines sur ces côtes.

Pierre Lyautey, témoin et chroniqueur de cette campagne, en rapporte le récit à chaud, dans un livre écrit alors que l'issue de la guerre reste entière. Il raconte une opération que peu d'histoires de 1940 mettent au premier plan : la bataille de Narvik, tout là-haut, au-delà du cercle polaire, où Français, Britanniques, Polonais et Norvégiens vont remporter, contre les troupes de montagne allemandes, la première victoire terrestre des Alliés depuis le début du conflit.

Une victoire pour rien, ou presque. Car pendant qu'on reprend Narvik dans la neige de mai et juin, l'Allemagne enfonce les Ardennes et marche sur Paris. Le récit de Lyautey est celui d'un épisode magnifique et absurde à la fois : des hommes qui gagnent une bataille au moment précis où la guerre se perd ailleurs, et qui devront rembarquer le lendemain de leur triomphe.

La question que l’on se pose : Comment une campagne gagnée sur le terrain a-t-elle pu se solder par un retrait, et ce que l'épisode de Narvik dit de la manière dont se joue une guerre.Ce que l’on va voir : Le réveil brutal d'un pays neutre, l'enjeu caché d'un petit port de fer, l'offensive alliée dans la neige, et le sens d'une victoire qu'on a dû abandonner.

Sommaire

01

Chapitre 1 — Un pays neutre réveillé par les sirènes

La Norvège de 1940 vit dans la certitude tranquille de sa neutralité. Elle l'a tenue pendant la Première Guerre mondiale, elle compte bien la tenir encore. Son armée est réduite, mal équipée pour un conflit moderne, pensée pour la dissuasion plus que pour la bataille. Le pays mise sur sa géographie — des fjords, des montagnes, un hiver impraticable — et sur l'idée que personne n'a vraiment intérêt à venir le chercher. Lyautey décrit une société paisible, surprise en plein sommeil stratégique.

Le calcul était faux des deux côtés de la mer du Nord. Allemands et Alliés avaient compris que la Norvège n'était pas un spectateur, mais un terrain. Les uns et les autres préparaient des opérations sur ces côtes, chacun espérant devancer l'autre. Dans cette course silencieuse, l'Allemagne frappe la première, et frappe partout à la fois. Le 9 avril au matin, ses navires et ses parachutistes saisissent les ports clés dans un même mouvement, avec une audace qui tient de la surprise plus que de la force.

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02

Chapitre 2 — Narvik, le port qui vaut une guerre

Pourquoi Narvik ? Une petite ville au fond d'un fjord, perdue au-delà du cercle polaire, battue par les vents. La réponse tient en un mot : le fer. La Suède voisine possède parmi les plus riches gisements de minerai de fer d'Europe, et une part essentielle de ce minerai transite par Narvik, seul port de la région libre de glace toute l'année grâce au Gulf Stream. De là, les cargos descendent le long des côtes norvégiennes, protégés par les eaux territoriales neutres, jusqu'aux aciéries allemandes qui en ont un besoin vital pour leur effort de guerre.

Couper cette route, c'était étrangler une partie de l'industrie de guerre allemande. Les Alliés y songeaient depuis des mois, cherchant un prétexte pour poser le pied en Norvège sans violer trop ouvertement sa neutralité. L'Allemagne, elle, a tranché la question en prenant le port directement. Le général Dietl y débarque avec des troupes de montagne aguerries, appuyées par des marins allemands dont les navires se trouvent bientôt pris au piège dans le fjord.

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03

Chapitre 3 — Les Alliés débarquent, puis repartent

Le corps expéditionnaire allié qui monte vers Narvik est un attelage composite : chasseurs alpins français, légionnaires, chasseurs polonais échappés de la débâcle de leur pays, soldats britanniques, et les Norvégiens qui se battent chez eux. Lyautey décrit le choc des conditions : un terrain de montagne et de neige, un jour qui ne finit plus à l'approche de l'été polaire, un froid qui use les hommes autant que les combats. Les chasseurs alpins, habitués aux Alpes, s'y trouvent étrangement chez eux.

L'avance est lente, disputée, arrachée pente par pente. Les Allemands de Dietl résistent avec ténacité, adossés aux hauteurs, conscients que chaque jour gagné les rapproche d'un improbable sauvetage. Mais la pression alliée monte, appuyée par le feu des navires et par une supériorité numérique qui finit par peser. Le 28 mai 1940, après des semaines d'efforts, les troupes alliées reprennent Narvik. C'est la première fois depuis le début de la guerre qu'une position allemande est reconquise au sol. La nouvelle, dans le désastre ambiant, a quelque chose d'une éclaircie.

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04

Chapitre 4 — Ce que révèle une victoire qu'on abandonne

Narvik laisse un goût singulier : celui d'une bataille parfaitement gagnée et parfaitement inutile. C'est là que le récit de Lyautey dépasse la chronique militaire. Il met le doigt sur une vérité que toute guerre finit par imposer : une victoire locale ne vaut que par la stratégie d'ensemble qui la porte. On peut l'emporter sur chaque pente, chaque fjord, chaque jour de combat, et perdre quand même, parce que la décision se joue sur un autre théâtre, à deux mille kilomètres de là, pendant qu'on triomphe.

La campagne de Norvège est un cas d'école de ce décalage. Les Alliés ont dispersé leurs forces vers le nord au moment où il aurait fallu masser l'essentiel à l'ouest. Ils ont bien combattu, mais au mauvais endroit, selon un calcul qui avait un sens quelques semaines plus tôt et qui n'en avait plus aucun quand les Ardennes ont cédé. La bravoure des hommes de Narvik n'est pas en cause ; c'est la place de l'épisode dans le tableau général qui le condamne. Ils ont donné leur maximum sur un échiquier où leur case ne comptait déjà plus.

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05

Conclusion

Au bout du compte, Narvik se referme comme elle s'était ouverte : dans le brouillard et le secret. Les navires alliés repartent de nuit, emportant des hommes qui venaient de vaincre, laissant derrière eux une ville reprise et aussitôt perdue. Dietl et ses troupes de montagne, qu'on croyait condamnés, se retrouvent maîtres des lieux par le seul effet d'un effondrement survenu ailleurs. Et la Norvège, envahie en une matinée d'avril, voit son roi et son gouvernement prendre le chemin de Londres, d'où ils continueront la lutte à distance pendant cinq ans.

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