
Grant
Grant, du général au président
Description
Au printemps 1861, un homme de trente-neuf ans travaille comme commis dans la tannerie familiale de Galena, dans l'Illinois. Il porte des vêtements élimés, doit de l'argent à peu près à tout le monde en ville, et a démissionné de l'armée sept ans plus tôt dans des circonstances brumeuses où l'alcool jouait un rôle. Son nom est Ulysses S. Grant. Personne, à Galena, ne parierait un dollar sur son avenir. Quatre ans plus tard, il reçoit à Appomattox la reddition de l'armée du général Lee et devient l'homme qui a gagné la guerre de Sécession.
Ron Chernow, dans sa grande biographie parue en 2017, prend au sérieux cette trajectoire que l'histoire américaine a longtemps caricaturée : le boucher ivrogne, le président corrompu, le raté transformé en héros par accident. Chernow retourne aux carnets, aux lettres, aux témoignages, et remonte un tout autre homme — timide, loyal, d'une clairvoyance militaire déroutante, et bien plus lucide sur la question raciale que la plupart de ses contemporains blancs.
Ce qui frappe dans ce récit, c'est qu'un même homme échoue dans presque tout ce qu'il touche avant quarante ans, puis réussit précisément là où le pays a le plus besoin de lui — deux fois de suite, sur deux terrains différents, l'un couvert de gloire, l'autre couvert de boue.
La question que l’on se pose : Comment un homme qui a raté toute sa vie civile devient-il coup sur coup le général qui gagne la guerre puis le président qui tente de protéger les affranchis du Sud ?Ce que l’on va voir : La longue série d'échecs d'avant-guerre, la révélation d'un stratège hors norme, une présidence prise entre scandales et convictions, et le combat que la mémoire américaine a préféré oublier.
Sommaire
01Chapitre 1 — Un raté magnifique jusqu'à quarante ans
Hiram Ulysses Grant naît en 1822 dans l'Ohio, fils d'un tanneur bavard et ambitieux qu'il supporte mal. Le métier de son père le dégoûte au point qu'il jurera de ne jamais y toucher. Une erreur administrative à son entrée à West Point le rebaptise Ulysses S. Grant, et le nom lui reste. Élève moyen, cavalier exceptionnel, il sort de l'académie sans passion pour la carrière militaire, mais il n'a rien d'autre.
La guerre du Mexique, à la fin des années 1840, lui donne un premier aperçu du feu. Il la trouve injuste — une guerre de conquête, écrira-t-il plus tard — mais il y observe de près les généraux, note ce qui marche, ce qui ne marche pas. Il en garde une leçon qu'il gardera toute sa vie : compter moins sur les manuels que sur le bon sens et le terrain. Puis vient la paix, et avec elle l'ennui des garnisons isolées sur la côte Pacifique, loin de sa femme Julia qu'il adore.

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02Chapitre 2 — La guerre qui révèle un homme
Les premiers commandements de Grant, dans le théâtre de l'Ouest, ressemblent à une révélation lente. Là où beaucoup de généraux nordistes tergiversent, réclament des renforts et redoutent l'ennemi, lui avance. En février 1862, il prend les forts Henry et Donelson sur le Tennessee et arrache à un général confédéré une reddition sans conditions — unconditional surrender, ses initiales U. S. reprennent soudain tout leur sens. Le Nord, affamé de victoires, tient enfin son homme.
Vient Shiloh, en avril 1862, l'une des batailles les plus sanglantes que l'Amérique ait connues. Surpris le premier jour, Grant tient bon dans la nuit, refuse de se replier, et contre-attaque au matin. La boucherie est telle que les journaux réclament sa tête, l'accusant d'incurie et, déjà, d'ivrognerie. Lincoln, lui, résiste à la pression avec une formule restée célèbre : il ne peut pas se passer de cet homme, car il se bat. Chernow montre un Lincoln et un Grant qui se comprennent sans presque se connaître — deux self-made men taiseux que la guerre rapproche.

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03Chapitre 3 — Deux mandats sous le feu du scandale
En 1868, l'Amérique élit son général triomphant à la présidence. Grant n'a jamais brigué le pouvoir politique, ne s'est jamais vraiment défini comme républicain, et arrive à la Maison-Blanche sans machine partisane ni goût pour les jeux de couloir. Cette candeur, qui faisait de lui un chef militaire loyal, va se retourner contre le président. Il choisit ses proches par fidélité plus que par compétence, et fait confiance à des hommes qui ne la méritent pas.
Les scandales s'accumulent au fil de ses deux mandats et donnent à l'époque son nom peu flatteur d'ère du Gilded Age, l'âge doré à la dorure de surface. L'affaire du Crédit Mobilier, montée autour du chemin de fer transcontinental, éclabousse le vice-président. Le Whiskey Ring révèle un réseau de fonctionnaires détournant les taxes sur l'alcool, jusque dans l'entourage direct de Grant. À chaque fois, Chernow établit la même chose : Grant n'a pas volé, n'a pas touché un dollar, mais il a couvert par loyauté des hommes qui trahissaient sa confiance, et il a été d'une naïveté coupable.

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04Chapitre 4 — Ce que Grant a défendu jusqu'au bout
Pour Chernow, le vrai cœur de la présidence Grant n'est pas dans les scandales financiers, mais dans la Reconstruction — l'immense chantier de réintégration du Sud et d'émancipation réelle de quatre millions d'anciens esclaves. Là où beaucoup, au Nord, se lassent vite du problème et rêvent de tourner la page, Grant prend au sérieux les droits arrachés dans le sang. Il soutient le quinzième amendement, qui garantit le droit de vote sans distinction de race, et fait de sa protection une affaire d'État.
Face à la montée du Ku Klux Klan, qui terrorise les électeurs noirs et assassine dans l'impunité, Grant agit avec une fermeté que peu auraient osée. En 1870 et 1871, il obtient du Congrès les Enforcement Acts, dont le Ku Klux Klan Act, et n'hésite pas à envoyer l'armée fédérale et à suspendre l'habeas corpus dans certains comtés de Caroline du Sud pour briser l'organisation. Des centaines d'arrestations suivent, et le Klan, pour un temps, est démantelé. C'est le pouvoir fédéral mobilisé, pour la première fois à cette échelle, au service des droits des affranchis.

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05Conclusion
La biographie de Chernow tient dans un renversement simple. L'homme qui rate tout jusqu'à quarante ans, qui vend du bois dans la rue et travaille sous les ordres de ses frères cadets, se révèle exactement quand son pays s'effondre — d'abord sur les champs de bataille de l'Ouest, puis à la Maison-Blanche. Entre les deux, la même qualité qui fait sa grandeur militaire, une loyauté sans calcul, devient sa faiblesse politique et le laisse entouré d'escrocs qu'il refuse de voir.

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