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Fear

Fear

Une présidence vue de l'intérieur

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Description

Un jour de 2016, en pleine campagne, Donald Trump lâche à un interlocuteur une phrase qui va donner son titre à un livre : « Le vrai pouvoir, c'est — je n'aime même pas utiliser le mot — la peur. » Deux ans plus tard, le journaliste Bob Woodward la place en couverture. Sorti en septembre 2018, Fear reconstitue de l'intérieur les vingt premiers mois de la présidence Trump. Woodward n'y raconte pas ce qu'il pense du président : il raconte ce que ses collaborateurs, eux, ont vu, entendu et parfois fait pour l'empêcher d'agir.

Le tableau qui en sort n'est pas celui d'un homme au sommet d'une pyramide qui commande. C'est celui d'une Maison-Blanche où des conseillers, des généraux, des avocats et des secrétaires passent leurs journées à gérer, contourner, temporiser. On y voit un chef de cabinet dépassé, un secrétaire à la Défense qui ralentit les ordres, un conseiller économique qui subtilise un document sur un bureau pour qu'il ne soit jamais signé. Le pouvoir formel est là ; l'exercice réel se joue ailleurs.

Woodward n'est pas un inconnu qui débarque. C'est l'homme du Watergate, celui qui a fait tomber Nixon en 1974, et qui a couvert neuf présidents avec la même obsession : entrer dans la pièce fermée. Fear applique sa méthode habituelle à une administration réputée imperméable — et le résultat dit peut-être moins sur Trump que sur la manière dont un gouvernement fonctionne réellement quand personne ne regarde.

La question que l’on se pose : Comment un journaliste reconstitue-t-il le fonctionnement intime d'une présidence à partir de ceux qui l'entourent, et que révèle ce qu'il en rapporte ?Ce que l’on va voir : Le mot que Trump a offert au livre, la méthode d'enquête qui donne à voir la pièce fermée, les scènes de conseillers qui freinent le président, et ce que tout cela dit du pouvoir.

Sommaire

01

Chapitre 1 — Le mot de Trump, devenu titre

Le titre n'est pas une trouvaille de Woodward. C'est un mot de Trump lui-même, prononcé en mars 2016 lors d'un entretien pour un précédent projet. Interrogé sur ce qu'est le pouvoir, le candidat hésite, puis répond que le vrai pouvoir, c'est la peur — tout en précisant qu'il n'aime pas se servir de ce mot. Woodward le retient, le garde deux ans, et en fait le titre d'un livre qui va se vendre à plus d'un million d'exemplaires dans sa première semaine, un record pour l'éditeur Simon & Schuster.

Choisir ce mot comme fil, c'est déjà une thèse silencieuse. Woodward ne l'explique jamais frontalement — ce n'est pas son genre — mais tout le livre le met en scène. La peur circule dans les deux sens. Trump gouverne par intimidation, humiliation publique de ses ministres, licenciements par tweet, colères qui font trembler les couloirs. Et en même temps, ses propres collaborateurs vivent dans la peur : peur de ce qu'il pourrait décider un matin sur un coup de tête, peur d'un ordre lancé qui déclencherait une guerre commerciale ou une crise avec la Corée du Nord.

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02

Chapitre 2 — La méthode Woodward : cent voix, aucune sur le perron

Ce qui rend Fear singulier, ce n'est pas ce qu'il raconte, c'est d'où il le tient. Woodward pratique depuis des décennies une méthode qu'il appelle le « background approfondi » : des dizaines d'entretiens, souvent répétés avec les mêmes personnes, menés sous condition d'anonymat. Rien de ce qui est dit n'est attribué nommément. En échange, les témoins parlent librement, décrivent des scènes, citent des phrases, livrent des documents. Woodward recoupe, confronte les versions, et ne garde que ce que plusieurs sources confirment ou que des notes attestent.

Pour Fear, il dit avoir mené des centaines d'heures d'entretiens avec des acteurs de première main — des gens présents dans les réunions qu'il reconstitue. Beaucoup de dialogues du livre sont donnés au mot près, entre guillemets, parce qu'un participant les a rapportés ou qu'une note de réunion existait. C'est la marque de fabrique de Woodward : le lecteur a l'impression d'être dans la pièce, alors qu'il n'y a jamais été et que l'auteur non plus.

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03

Chapitre 3 — Voler des papiers sur le bureau

La scène la plus commentée du livre tient en un geste. Gary Cohn, ancien de Goldman Sachs devenu principal conseiller économique de Trump, aperçoit sur le bureau Resolute une lettre préparée pour signature : elle retirerait les États-Unis d'un accord commercial majeur avec la Corée du Sud. Cohn juge la décision dangereuse, notamment parce que cet accord soutient un dispositif de détection des tirs de missiles nord-coréens. Alors il retire simplement le document. Trump, occupé par mille autres choses, ne le réclame jamais. La lettre ne sera pas signée. L'accord tient.

Woodward rapporte que Cohn n'était pas seul à agir ainsi. Le même schéma revient : des collaborateurs qui font disparaître des projets de décision, retardent des réunions, laissent une colère présidentielle retomber avant de transformer un ordre lancé en l'air en acte administratif. Rob Porter, alors secrétaire du staff, décrit une pratique quasi systématique consistant à intercepter les documents avant qu'ils n'atteignent le président, ou après, pour les empêcher de produire leurs effets.

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04

Chapitre 4 — Un pouvoir qui tient par ce qu'on lui cache

Ce que Fear donne à voir dépasse la présidence qu'il décrit. Le livre montre que le pouvoir moderne ne se joue pas d'abord dans les décisions du chef, mais dans la circulation de l'information autour de lui. Un président ne peut agir que sur ce qui remonte jusqu'à lui, dans les termes où ça lui parvient, au moment où on choisit de le lui présenter. Contrôler ce flux, c'est contrôler l'action. Cohn ne renverse pas une décision par un vote ou un contre-pouvoir institutionnel — il la renverse en retirant une feuille de la vue.

Cette mécanique n'a rien de propre à Trump. Elle est le fonctionnement ordinaire de toute grande organisation, où celui qui décide dépend entièrement de ceux qui filtrent ce qui monte. La différence, dans le récit de Woodward, tient au degré : plus le sommet est imprévisible ou peu enclin à lire, plus le pouvoir réel glisse vers ceux qui trient les papiers. L'entourage ne se contente plus d'informer, il choisit ce que le décideur saura — et donc ce qu'il pourra vouloir.

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05

Conclusion

Le mot que Trump avait offert sans le vouloir se retourne au fil des pages. La peur n'est pas seulement l'arme du président sur ses ministres ; c'est aussi ce qui pousse ces ministres à s'organiser en douce pour désamorcer ses décisions. Fear ne condamne pas et n'absout pas — Woodward n'écrit ni un pamphlet ni une défense. Il pose une scène après l'autre, chacune vérifiée par plusieurs voix, et laisse le lecteur mesurer l'écart entre le pouvoir affiché et le pouvoir exercé.

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