
Fantasyland
Cinq siècles de crédulité américaine
Description
En 2016, un journaliste et romancier américain nommé Kurt Andersen publie un livre au titre provocateur : Fantasyland. Il y avance une thèse simple et dérangeante : si l'Amérique de son époque semble avoir perdu tout rapport commun à la vérité — complotistes, guérisseurs, chaînes d'info qui fabriquent leurs propres faits —, ce n'est pas un accident récent. C'est l'aboutissement de cinq siècles d'histoire. Le pays n'a pas dérapé du jour au lendemain ; il a toujours été, selon Andersen, un terrain particulièrement fertile pour croire à peu près n'importe quoi.
Andersen n'écrit pas en donneur de leçons extérieur. Il aime son pays, revendique même une part de cette énergie américaine à réinventer le monde. Mais il traque une pente : celle d'une nation fondée en partie par des gens qui traversaient un océan pour un paradis promis, un Eldorado, une Nouvelle Jérusalem. Des gens, en somme, qui préféraient déjà la version rêvée à la version vérifiée. Et ce trait, dit-il, ne s'est jamais dissous — il s'est transmis, amplifié, industrialisé.
L'intérêt du livre, c'est de refuser la lecture facile qui daterait tout d'hier. Andersen remonte aux premiers colons, passe par les réveils religieux, la ruée vers l'or, Hollywood, la contre-culture, la télévision, pour dessiner une continuité. Une longue habitude nationale de traiter le désir comme une preuve, et le doute comme une insulte à la liberté individuelle.
La question que l’on se pose : Comment un pays entier a-t-il pu, sur cinq siècles, cultiver un rapport aussi élastique à la réalité — au point que croire ce qu'on veut soit devenu presque un droit ?Ce que l’on va voir : La généalogie que Kurt Andersen dresse d'une Amérique où le rêve a toujours eu le pas sur le fait, et ce que cette histoire longue éclaire du désordre informationnel d'aujourd'hui.












