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Doing Good Better

Doing Good Better

William MacAskill

Donner mieux plutôt que donner plus

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Description

En 2008, un jeune philosophe d'Oxford, William MacAskill, décide de calculer combien de vies il pourrait sauver au cours de son existence. Pas au sens figuré. Au sens comptable, avec un tableur. Il s'engage à reverser tout ce qu'il gagnera au-delà d'un certain seuil à des associations qu'il aura d'abord passées au crible, et fonde peu après un mouvement qui porte un nom d'ingénieur plus que de bienfaiteur : l'altruisme efficace. L'idée tient en une phrase, et elle dérange autant qu'elle séduit : quand on veut faire le bien, l'intention ne suffit pas, il faut des preuves.

Son livre, Doing Good Better, paru en 2015, part d'un constat gênant. Deux dons de cent euros à deux causes également nobles peuvent produire des résultats séparés par un facteur cent, voire mille. L'un finance un forage qui tombera en panne et rouillera. L'autre distribue des moustiquaires qui empêcheront des enfants de mourir du paludisme. On donne pourtant au premier avec la même chaleur qu'au second, parce qu'on choisit ses causes à l'émotion, à la proximité, à la photo qui touche — presque jamais à l'efficacité réelle.

MacAskill ne reproche à personne d'être généreux. Il reproche à la générosité d'être aveugle à ses propres effets. Son pari : appliquer aux dons la même exigence de résultat qu'on applique à un investissement ou à un traitement médical. Ça sonne froid. C'est aussi, à ses yeux, la seule façon de respecter vraiment ceux qu'on prétend aider.

La question que l’on se pose : Pourquoi deux gestes de générosité aussi sincères l'un que l'autre peuvent-ils produire des résultats séparés par un facteur mille ?Ce que l’on va voir : La méthode que MacAskill oppose à la générosité d'instinct, et là où elle bute quand une vie cesse d'être un chiffre.

Sommaire

01

Chapitre 1 — Le puits qui ne servait à personne

MacAskill ouvre par une histoire qui a marqué les milieux de l'aide au développement : la PlayPump. Le concept était irrésistible. Un manège pour enfants qui, en tournant, pompait l'eau d'un puits et la stockait dans un château d'eau. Les gamins jouent, le village a de l'eau propre, tout le monde gagne. Le projet a séduit des célébrités, des fondations, l'administration américaine, et récolté des dizaines de millions de dollars au milieu des années 2000. Des milliers de pompes furent installées à travers l'Afrique australe.

Sur le terrain, l'histoire fut moins belle. Pour fournir l'eau d'un village, il aurait fallu que les enfants tournent le manège des heures durant, bien au-delà du jeu. Dans plusieurs cas, ce sont des femmes âgées qu'on a vues pousser péniblement l'engin sous le soleil. Les pompes coûtaient plus cher que les modèles classiques, tombaient en panne, et personne sur place ne savait les réparer. Beaucoup de villages avaient une pompe manuelle qui marchait très bien — remplacée par un dispositif séduisant sur le papier et défaillant dans les faits.

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02

Chapitre 2 — Cinq questions avant de sortir la carte bleue

Face à l'intuition, MacAskill propose une méthode. Cinq questions à poser avant tout don, qui transforment la générosité en enquête. La première : combien de personnes cette action aide-t-elle, et à quel point ? Il l'outille par un concept emprunté à la santé publique, le QALY — l'année de vie ajustée par la qualité. Une année en pleine santé vaut un, une année d'invalidité sévère vaut moins. L'outil est grossier, il l'admet, mais il permet de comparer des choses qu'on croyait incomparables : soigner une cécité, prévenir une maladie, retarder une mort.

Deuxième question : est-ce le moyen le plus efficace d'aider ? Pas un bon moyen — le plus efficace. Il insiste sur un écart que les études révèlent brutalement. Former un chien-guide pour un aveugle américain coûte plusieurs dizaines de milliers de dollars ; pour une somme comparable, on peut opérer des centaines de personnes atteintes de trachome et leur éviter de perdre la vue dans les pays pauvres. Les deux gestes sont bons. Ils ne sont pas du même ordre de grandeur.

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03

Chapitre 3 — Le sauveteur, le plombier et le compteur de vies

La méthode ne sert pas qu'à choisir une association ; elle rebat aussi la question de la carrière. MacAskill part d'une figure classique du militantisme : le médecin qui part exercer dans un pays pauvre pour sauver des vies de ses mains. Geste admirable. Sauf que, chiffres à l'appui, un médecin de plus dans une région déjà dotée d'un certain nombre de soignants ajoute assez peu — d'autres feraient à peu près le même travail. La contrefactualité, encore.

Il propose alors un renversement qui a rendu son mouvement célèbre : le earning to give, gagner pour donner. Plutôt que de soigner soi-même, un jeune diplômé peut viser un métier très rémunérateur — finance, technologie — et reverser une part substantielle de ses revenus pour financer plusieurs soignants là où ils manquent vraiment. Un banquier qui donne chaque année de quoi payer deux ou trois médecins de terrain fait, en vies, davantage que s'il était devenu médecin lui-même. La conclusion heurte l'intuition morale, et MacAskill le sait ; il la défend malgré tout comme la conséquence logique de ses critères.

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04

Chapitre 4 — Peser des vies sans se croire au-dessus

Au fond, ce que propose MacAskill dépasse la question du don. C'est une manière de traiter la morale comme un problème de raisonnement plutôt que de sentiment. On a hérité d'une idée rassurante : être bon, ce serait avoir le cœur à la bonne place. L'altruisme efficace conteste cette idée. Le cœur à la bonne place peut financer des PlayPumps pendant que des enfants meurent d'une maladie qu'on éradique pour trois euros. L'intention, seule, n'est pas un mérite ; elle est même parfois un alibi.

Ce déplacement a une force et un prix. La force : il oblige à sortir de soi. Notre générosité spontanée est structurée par la proximité — on donne pour ce qu'on voit, ce qui nous ressemble, ce qui nous touche de près. Le raisonnement de MacAskill retire cette pondération affective et remet chaque vie au même poids, qu'elle soit dans notre rue ou à huit mille kilomètres. C'est exigeant, et c'est précisément ce que les philosophes utilitaristes dont il se réclame, de Bentham à Peter Singer, demandaient déjà : compter chacun pour un, personne pour plus d'un.

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05

Conclusion

On revient au tableur du départ, celui d'un étudiant qui voulait savoir combien de vies tenaient dans une existence. La réponse, chez MacAskill, n'est ni un slogan ni un appel à la vertu : c'est un nombre, quelques dizaines de personnes, à portée de main de qui a la chance d'être né du bon côté du monde. Doing Good Better ne demande pas de donner davantage. Le livre demande de regarder où va l'argent, et d'accepter que deux dons sincères ne se valent pas.

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