Télécharger l'app

Scanne. C'est dans ta poche.

QR Code — Dygest

Ouvre l'app Appareil photo, pointe sur le code. C'est gratuit à l'essai.

Baldwin comme boussole politique

Écouter l'extrait du podcast :
0:00 --:--

Description

Un soir de novembre 2016, quelques jours après une élection qui l'a laissé sans voix, Eddie Glaude relit James Baldwin dans le noir. Professeur à Princeton, spécialiste des questions afro-américaines, il n'a pas ouvert ces pages par nostalgie. Il cherche quelqu'un qui a déjà traversé un moment pareil : la sensation qu'un pays vient de montrer son vrai visage, que l'espoir des années précédentes n'était qu'un sursis, et qu'il va falloir tout reprendre. Baldwin, mort en 1987, avait connu ça deux fois plutôt qu'une.

De ce vertige naît « Begin Again », paru en 2020. Glaude n'y écrit pas une biographie de plus. Il fait de Baldwin une boussole : un homme qui, après l'assassinat de Malcolm X, de Medgar Evers, de Martin Luther King, avait vu s'effondrer le rêve d'une Amérique réconciliée — et qui a refusé, malgré tout, de choisir entre la colère et le mensonge. Ce Baldwin-là, celui des années sombres, celui d'après le rêve, est longtemps resté dans l'ombre du jeune essayiste flamboyant des débuts. C'est lui que Glaude convoque, et c'est lui, dit-il, dont on a besoin aujourd'hui.

Car l'enjeu du livre n'est pas de commémorer un écrivain. Il est de se demander ce qu'un pays fait de ses trahisons répétées, et comment on continue à vivre lucidement quand l'histoire recommence son cycle sous nos yeux.

La question que l’on se pose : Que reste-t-il à faire quand un pays refuse de regarder en face ce qu'il est, encore et encore ?Ce que l’on va voir : Comment un écrivain revenu de l'exil et du deuil offre une manière d'habiter le présent sans se mentir ni renoncer.

Sommaire

01

Chapitre 1 — Un écrivain qui revient d'un pays qu'il avait fui

James Baldwin quitte les États-Unis en 1948, à vingt-quatre ans, avec quelques dollars en poche et l'intuition qu'il ne survivrait pas, comme homme et comme écrivain, à rester. Harlem, la pauvreté, la violence policière, le poids d'être noir et homosexuel dans l'Amérique de l'après-guerre : Paris devient sa distance vitale. C'est de là-bas, paradoxalement, qu'il apprend à voir son pays. L'exil ne le coupe pas de l'Amérique, il la lui rend lisible.

Glaude insiste sur ce mouvement de va-et-vient, parce qu'il structure toute l'œuvre. Baldwin revient dans les années 1950 et 1960, plonge dans le mouvement des droits civiques, écrit « La prochaine fois, le feu » en 1963 — un texte qui frappe l'Amérique blanche en plein visage et fait de lui l'une des voix les plus écoutées du pays. Pendant un moment, il incarne l'espoir d'une nation qui pourrait enfin se regarder. Il croit, ou veut croire, que la vérité dite assez fort peut transformer.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

02

Chapitre 2 — La grande mensonge et son coût

Au cœur du livre, un mot que Glaude emprunte à Baldwin et qu'il place au centre de tout : le mensonge. Pas une simple contre-vérité, mais un édifice. L'Amérique, écrit Baldwin, s'est racontée comme une terre d'innocence, de liberté, d'égalité, tout en construisant sa richesse sur l'esclavage puis la ségrégation. Ce n'est pas qu'elle ait échoué à réaliser son idéal : c'est qu'elle a menti sur ce qu'elle était, et qu'elle a bâti son identité sur ce mensonge.

Glaude appelle cet édifice « the value gap » — l'écart de valeur : l'idée, jamais avouée mais toujours agissante, que les vies blanches comptent davantage. Tant que cette croyance reste enfouie, chaque réforme se heurte à elle. On abolit l'esclavage, la ségrégation prend le relais. On démantèle la ségrégation, l'incarcération de masse et les violences policières s'installent. Le mensonge se recompose à chaque fois, parce qu'on n'a jamais touché à sa racine.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

03

Chapitre 3 — Ce que Baldwin a vu dans les décombres des années 1960

Après les assassinats, Baldwin aurait pu se taire ou basculer dans la pure rage. Glaude montre qu'il fait autre chose, de plus difficile : il reste. Il continue d'écrire, il voyage à travers le Sud, il rassemble ce qu'il a vu. « No Name in the Street », publié en 1972, est le livre de cette traversée — un texte inégal, blessé, où Baldwin tente de comprendre ce qui s'est passé et ce qu'il reste à faire quand le mouvement s'est fracturé et que les héros sont morts.

Ce que Glaude appelle « la période des ruines » n'est pas un abandon. Baldwin refuse deux issues faciles. L'optimisme d'abord : l'idée que l'histoire avance forcément vers le mieux, que la justice finira par gagner. Il a trop vu pour y croire encore. Mais aussi le désespoir : le repli, le cynisme, la conviction que rien ne changera jamais et qu'il n'y a donc rien à faire. Entre les deux, il cherche une troisième posture, plus exigeante que les deux autres réunies.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

04

Chapitre 4 — Écrire depuis la ruine pour recommencer

Le titre du livre vient de là. « Begin again » — recommencer — n'est pas un slogan d'espoir facile. C'est une méthode que Glaude tire de Baldwin, et qui suppose d'abord d'accepter l'échec. On ne recommence que sur des ruines, une fois qu'on a admis que l'édifice précédent était bâti sur du faux. Recommencer, ce n'est pas repartir de zéro en oubliant ; c'est repartir en se souvenant, ce qui est infiniment plus dur.

Ce que cette posture dit de plus large, Glaude le formule comme une exigence adressée à chaque génération. L'histoire, chez Baldwin, ne progresse pas d'elle-même. Elle tourne, revient, présente les mêmes épreuves sous d'autres visages. Attendre que le temps fasse le travail est une forme de démission. La seule chose qui change quelque chose, c'est la décision, prise ici et maintenant, de ne plus participer au mensonge — même quand tout, autour, invite à s'y réinstaller.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

05

Conclusion

Glaude a ouvert Baldwin un soir de découragement, cherchant un compagnon plutôt qu'un maître. Il l'a trouvé dans le Baldwin le moins glorieux : celui d'après le rêve, celui qui écrivait depuis le deuil et refusait à la fois de mentir et de se taire. De ce Baldwin-là, il tire moins une consolation qu'une tâche. Le pays qui l'avait blessé n'a pas changé de nature ; il a seulement recommencé son cycle, et un lecteur de 2020 pouvait le reconnaître à chaque page.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !