Charles de Gaulle
De Gaulle, le soldat et le chef d'État
Description
Le 18 juin 1940, un homme à peine connu du grand public s'installe devant un micro de la BBC et appelle les Français à continuer une guerre que leur propre gouvernement vient d'abandonner. Il a quarante-neuf ans, il est général de brigade à titre temporaire depuis quelques semaines, et presque personne ne l'a entendu ce soir-là. L'enregistrement n'a même pas été conservé. Pourtant, cette voix allait devenir le point de départ d'une légende nationale qui tient encore aujourd'hui.
Avant d'être le chef d'État qu'on connaît, de Gaulle a été un soldat pendant plus de trente ans. Saint-Cyr, les tranchées de Verdun, la captivité en Allemagne, puis deux décennies à défendre une idée que l'état-major refusait d'entendre : celle d'une armée de chars, mobile, offensive. Quand la France s'effondre en six semaines au printemps 1940, c'est exactement le scénario qu'il avait décrit dans ses livres et qu'on avait poliment classé sans suite.
Le livre d'Henri Lecomte suit cette trajectoire dans l'ordre où elle s'est jouée : d'abord le militaire, ensuite l'homme politique. Il montre que le second ne se comprend pas sans le premier — que la manière dont de Gaulle a gouverné, résisté, puis fondé une République, vient en droite ligne de sa formation d'officier et de sa longue expérience de l'isolement.
La question que l’on se pose : Comment un officier tenu à l'écart par sa propre hiérarchie est-il devenu l'homme qui incarne la France à lui seul ?Ce que l’on va voir : Le parcours d'un soldat obstiné transformé en fondateur, et la fabrique d'une figure qui a fini par se confondre avec le pays.
Sommaire
01 Chapitre 1 — Un officier en avance d'une guerre
Charles de Gaulle naît à Lille en 1890, dans une famille catholique, patriote et lettrée. Le père enseigne, la maison respire la France des grandes dates et des grands hommes. L'enfant lit, écrit, et décide très tôt de servir par les armes. Il entre à Saint-Cyr en 1908, en sort officier d'infanterie, et rejoint le régiment commandé par un certain colonel Pétain, qu'il admire alors sans réserve. La relation entre les deux hommes, faite de respect puis de rupture, traversera toute sa vie.
La Première Guerre mondiale le marque dans sa chair. Blessé trois fois, il est fait prisonnier à Verdun en 1916 après un corps à corps où on le croit mort. Il passe près de trois ans en captivité, multiplie les tentatives d'évasion, toutes ratées, et occupe ses journées à étudier l'armée allemande et à donner des conférences à ses codétenus. Lecomte insiste sur ce point : l'homme qui sort de captivité a déjà le goût du commandement et une certitude tranquille sur ce que la guerre moderne va devenir.
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02 Chapitre 2 — Juin 1940 — un colonel seul au micro
En quelques jours de juin 1940, la trajectoire bascule. Le gouvernement français, débordé, penche vers l'armistice. Paul Reynaud démissionne, Philippe Pétain prend la tête de l'État et demande aux Allemands de cesser le combat. De Gaulle, lui, refuse l'idée même de la défaite. Il quitte la France pour Londres le 17 juin, à bord d'un avion britannique, emportant une poignée de certitudes et à peu près rien d'autre.
Le lendemain, il parle à la radio. L'appel du 18 juin tient en quelques phrases, mais il contient déjà toute sa logique : la bataille de France est perdue, la guerre ne l'est pas, car elle est devenue mondiale et la France possède un empire, des alliés, une industrie hors de portée de l'ennemi. Lecomte souligne que ce raisonnement est d'abord militaire — un officier qui calcule des forces à l'échelle du globe, pas un tribun qui harangue. Là où Pétain voit une armée vaincue, de Gaulle voit une coalition qui se prépare et un rapport de force qui finira par s'inverser.
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03 Chapitre 3 — De Londres à Alger, fabriquer un État sans territoire
La France libre doit tout inventer. De Gaulle ne dispose ni de territoire, ni de budget, ni d'administration reconnue. Lecomte montre que sa grande affaire, pendant quatre ans, consiste à transformer une légitimité de parole en légitimité d'État. Chaque ralliement de colonie — l'Afrique équatoriale dès l'été 1940, grâce notamment à Félix Éboué, gouverneur du Tchad — est une pierre posée sous ses pieds. Un chef sans sol cherche d'abord un sol, puis une administration, puis une armée qui porte son nom.
Le soldat réapparaît sans cesse derrière le diplomate. De Gaulle traite ses alliés en rivaux autant qu'en partenaires, se heurte durement à Roosevelt, qui le juge arrogant et doute longtemps de lui, et impose sa présence par la raideur plus que par la séduction. Son obsession est constante : la France doit figurer parmi les vainqueurs, pas parmi les libérés. Toute concession sur ce point lui paraît une capitulation déguisée, et il préfère la brouille à l'effacement. Cette intransigeance exaspère Londres et Washington, mais elle maintient debout une prétention que personne n'était tenu de respecter.
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04 Chapitre 4 — L'homme qui s'est confondu avec la France
Ce que la trajectoire de De Gaulle met en lumière, selon Lecomte, c'est la façon dont un individu peut en venir à incarner une nation entière — au point qu'on ne distingue plus très bien l'homme du pays. Dès 1940, de Gaulle ne dit pas qu'il représente une faction ou une opinion : il affirme parler au nom de la France, comme si la France, privée de son État légal, s'était réfugiée dans sa seule personne. L'audace de la prétention est inséparable de son efficacité — il fallait oser se dire la France pour que d'autres finissent par y croire.
Cette identification n'a rien d'improvisé. Elle vient de la formation d'officier, qui lui a appris à penser en termes d'autorité, de continuité et de symbole, et de sa longue traversée de l'isolement, qui lui a donné l'habitude de tenir seul une position que personne ne partageait. L'homme qui écrivait des livres sans lecteurs dans les années trente est le même qui parle à une radio que presque personne n'écoute en 1940. L'obstination est la matière première de la légende, et elle s'était forgée bien avant que le micro londonien ne lui donne une scène.
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05 Conclusion
L'histoire que raconte Lecomte est d'abord celle d'un soldat : un officier formé par deux guerres, marqué par la captivité, obstiné dans ses idées de combat au point de se brouiller avec sa propre armée. Tout ce qu'il devient ensuite — le résistant de Londres, le fondateur d'Alger, le président de la Ve République — tient dans cette matrice militaire. De Gaulle n'a jamais cessé de calculer des rapports de force, de penser en termes d'autorité et de continuité, de tenir des positions que personne ne partageait au départ.
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