Télécharger l'app

Scanne. C'est dans ta poche.

QR Code — Dygest

Ouvre l'app Appareil photo, pointe sur le code. C'est gratuit à l'essai.

Bouteflika. L'histoire secrète

Bouteflika. L'histoire secrète

Farid Alilat

Vingt ans de pouvoir algérien

Écouter l'extrait du podcast :
0:00 --:--

Description

Le 2 avril 2019, un homme de 82 ans, muet depuis des années, cloué dans un fauteuil roulant, remet sa démission dans une mise en scène télévisée qui dure quelques secondes. Abdelaziz Bouteflika vient de régner vingt ans sur l'Algérie. Dehors, des millions de manifestants réclament son départ depuis six semaines. Le dernier geste de celui qui fut l'un des plus fins politiques du monde arabe est un bout de papier tendu à un responsable de l'armée, sans un mot. Le contraste avec l'orateur flamboyant de 1999 est total.

C'est cette trajectoire que le journaliste algérien Farid Alilat retrace dans Bouteflika. L'histoire secrète. Non pas une biographie officielle, mais le récit des coulisses d'un pouvoir : comment un diplomate brillant des années Boumédiène, écarté puis exilé, revient au sommet à la fin des années 1990, mate une décennie de sang, verrouille l'État — et finit prisonnier de son propre entourage, maintenu en place par ceux-là mêmes qui l'avaient choisi.

Derrière le personnage, un système. L'Algérie post-indépendance n'a jamais tranché la question de savoir qui gouverne : l'homme élu, ou l'institution militaire qui le désigne. Le règne de Bouteflika, le plus long de l'histoire du pays, offre une réponse qui ne se lit qu'en remontant sa chronologie.

La question que l’on se pose : Comment un homme a-t-il pu concentrer autant de pouvoir pendant vingt ans, puis se retrouver incapable de partir sans l'autorisation de ceux qui l'avaient installé ?Ce que l’on va voir : Le parcours d'un pouvoir algérien, de l'ascension d'un diplomate à sa chute, et ce qu'il révèle sur l'arbitre qui n'apparaît jamais sur les affiches.

Sommaire

01

Chapitre 1 — Chapitre 1 — L'homme de Boumédiène qui attend son heure

Né en 1937 à Oujda, au Maroc, Abdelaziz Bouteflika rejoint l'Armée de libération nationale pendant la guerre d'indépendance. Il n'est pas un chef de maquis au sens classique : c'est un homme de l'entourage, habile, cultivé, qui sait se rendre indispensable. À l'indépendance de 1962, il n'a que 25 ans et devient ministre. Deux ans plus tard, à 27 ans, le voilà ministre des Affaires étrangères. Alilat insiste sur ce point : très tôt, Bouteflika est un diplomate avant d'être un militaire, un homme de verbe plus que d'armes.

Son ascension est liée à un homme, Houari Boumédiène. Quand ce dernier prend le pouvoir par un coup d'État en 1965, Bouteflika en est l'un des proches, l'un des artisans de l'ombre. Pendant treize ans, il incarne l'Algérie révolutionnaire sur la scène internationale, porte-voix du tiers-mondisme, figure des non-alignés, interlocuteur courtisé de Washington à La Havane. En 1974, il préside l'Assemblée générale des Nations unies, sommet de sa carrière diplomatique. Il se voit déjà en successeur naturel du raïs, et peu, dans l'appareil, lui contestent ce statut d'héritier.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

02

Chapitre 2 — Chapitre 2 — 1999 : le retour par la grande porte

À la fin des années 1990, l'Algérie est exsangue. La décennie noire a fait, selon les estimations, entre cent cinquante mille et deux cent mille morts. L'armée, qui a annulé en 1992 les élections que le Front islamique du salut allait remporter, cherche une sortie politique et un visage civil pour la crédibiliser. Le pouvoir réel, incarné par les généraux et les services de renseignement, a besoin d'un président qui donne au régime une façade légitime à l'étranger. Bouteflika, l'exilé expérimenté, rentre dans le jeu — et il n'est pas le premier choix, mais celui qui finit par convaincre.

L'élection présidentielle d'avril 1999 scelle le marché. Les six autres candidats se retirent à la veille du scrutin, dénonçant des fraudes massives organisées en faveur de Bouteflika. Il est élu seul en lice, avec un score officiel très élevé. Alilat ne masque pas cette tache originelle : le retour triomphal est d'abord un arrangement entre l'armée et un homme qui accepte d'être son candidat. Mais Bouteflika, dès son installation, veut se présenter comme un président de plein exercice, pas comme un figurant. Il le dit d'ailleurs sans détour à ses parrains : il ne sera pas un trois quarts de président.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

03

Chapitre 3 — Chapitre 3 — La concen­tra­tion du pouvoir et le quatrième mandat de trop

Réélu en 2004, puis en 2009, Bouteflika méthodise la mise au pas de l'armée. En 2004, il écarte le puissant général Mohamed Lamari, chef d'état-major. Surtout, il engage un long bras de fer avec le patron des services de renseignement, le général Mohamed Médiène, dit Toufik, surnommé le « dieu de l'Algérie » tant son pouvoir occulte paraissait absolu. Alilat raconte cette guerre de l'ombre comme le cœur du règne : démantèlement progressif du DRS, dispersion de ses directions, nominations d'hommes liges, déplacement lent du centre de gravité vers la présidence et son clan. Un duel feutré, sans coup d'éclat, mais qui redessine la carte du pouvoir.

Ce clan a un nom central : Saïd Bouteflika, le frère cadet, conseiller officieux devenu l'homme le plus influent du pays. Autour de lui gravitent des hommes d'affaires enrichis dans l'ombre du régime, qui captent marchés publics et importations. La corruption devient systémique, documentée par le livre à travers plusieurs figures du capitalisme de connivence algérien. Le pouvoir n'est plus seulement politique, il est familial et affairiste, verrouillé par un cercle restreint qui décide à la place d'un président de plus en plus effacé.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

04

Chapitre 4 — Chapitre 4 — Qui décide vraiment en Algérie

La chute de Bouteflika se joue en quelques jours de mars-avril 2019, et elle dit l'essentiel du système. Face au Hirak, c'est le chef d'état-major, le général Ahmed Gaïd Salah, longtemps fidèle du président, qui tranche. Le 26 mars, il invoque publiquement l'article 102 de la Constitution pour demander la constatation de l'empêchement du chef de l'État. Autrement dit : l'armée demande son départ. Quelques jours plus tard, Bouteflika démissionne. L'homme qui avait passé vingt ans à soumettre les militaires s'en va sur leur injonction, sans résistance possible.

Le récit d'Alilat ramène ainsi à une constante de l'Algérie indépendante : derrière chaque président, l'institution militaire reste l'arbitre ultime. Elle avait écarté Bouteflika en 1978, elle l'avait rappelé en 1999, elle le laisse régner tant qu'il sert le système, elle le congédie quand il devient un passif encombrant. Le président le plus puissant de l'histoire du pays, celui qui avait cru domestiquer les généraux, finit par confirmer la règle qu'il pensait avoir brisée. Sa victoire sur le DRS n'était qu'un sursis.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

05

Conclusion

Bouteflika meurt en septembre 2021, deux ans après sa chute, loin des foules. Sa trajectoire boucle une étrange symétrie : écarté par l'armée en 1978, rappelé par elle en 1999, renvoyé par elle en 2019. Entre ces deux dates, il aura été le plus habile des joueurs algériens, celui qui a arraché aux généraux une part de pouvoir qu'aucun civil n'avait tenue aussi longtemps — avant de finir réduit à une image muette qu'on promenait de meeting en meeting. Le livre de Farid Alilat restitue cette histoire sans la lisser : l'orateur de 1999 et le fantôme de 2019 sont le même homme.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !