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Georgia Meloni

Georgia Meloni

Francesco Giubilei, Elena Faccia Serano, Jorge Buxadé

Meloni, portrait d'une droite nouvelle

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Description

Le 25 septembre 2022, une femme de quarante-cinq ans monte sur une estrade à Rome et devient, de fait, la première cheffe de gouvernement de l'histoire de l'Italie. Giorgia Meloni — Giorgia, avec un i, l'orthographe réelle que son prénom porte — a mené Fratelli d'Italia, un parti qui pesait 4 % des voix quatre ans plus tôt, à la première place d'une coalition de droite. En une seule législature, elle a fait d'un sigle marginal, héritier lointain du néofascisme d'après-guerre, la force dominante de la péninsule.

Le livre que trois auteurs — l'essayiste conservateur Francesco Giubilei, la journaliste Elena Faccia Serano et l'élu espagnol Jorge Buxadé — ont consacré à son parcours ne cherche pas à la juger. Il reconstitue une trajectoire : une enfance dans un quartier populaire de Rome, un militantisme adolescent dans l'extrême droite, puis une remontée patiente jusqu'au sommet. En filigrane, une question plus large que la personne : comment une droite qu'on disait condamnée aux marges est-elle devenue majoritaire ?

Car l'intérêt du personnage dépasse l'Italie. Meloni incarne une mutation que l'Europe entière observe, depuis Madrid jusqu'à Stockholm : des mouvements autrefois infréquentables qui arrivent aux affaires sans se fondre dans le centre, et sans non plus rejouer les années 1930. Pour comprendre ce qui s'est passé, il faut remonter au début.

La question que l’on se pose : Comment une droite longtemps reléguée aux marges a-t-elle fini par gagner, et sur quels ressorts repose un électorat qui lui est resté fidèle ?Ce que l’on va voir : Le portrait d'une ascension — d'un quartier romain au Palazzo Chigi — et de la base sociale qui l'a portée.

Sommaire

01

Chapitre 1 — Une gamine de la Garbatella et la flamme tricolore

Giorgia Meloni naît à Rome en janvier 1977, dans un quartier qui va devenir un élément de sa légende : la Garbatella, un faubourg populaire construit dans les années 1920, plutôt ancré à gauche. Son père quitte le foyer quand elle est petite ; elle grandit avec sa mère et sa sœur, dans un milieu modeste. Le livre insiste sur ce point parce qu'il structure tout le reste : Meloni ne vient pas des cercles bourgeois de la droite italienne, et elle en a fait un argument permanent — la fille du peuple contre les élites.

À quinze ans, en 1992, elle pousse la porte du Fronte della Gioventù, l'organisation de jeunesse du Mouvement social italien (MSI), le parti néofasciste fondé par d'anciens cadres du régime de Mussolini après la guerre. On est au moment de Mani pulite, l'opération judiciaire qui fait s'effondrer la classe politique issue de l'après-guerre. Dans ce vide, une adolescente en colère trouve un refuge militant et une famille idéologique. Elle y colle des affiches, elle y apprend le verbe, elle y restera.

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02

Chapitre 2 — Fratelli d'Italia, ou l'art de grandir dans l'op­po­si­tion

En décembre 2012, Meloni cofonde Fratelli d'Italia avec quelques compagnons de route issus de la droite post-Alleanza Nazionale. Le nom est emprunté aux premiers mots de l'hymne national italien. Le contexte n'a rien d'encourageant : le berlusconisme s'essouffle, Mario Monti dirige un gouvernement de technocrates, et le nouveau parti peine à exister. Aux élections de 2013, il recueille à peine 2 % des voix. Beaucoup y voient une formation vouée à rester un groupuscule de plus.

Le pari que raconte le livre est d'une simplicité têtue : rester dans l'opposition quand presque tout le monde finit par rejoindre une coalition. Entre 2013 et 2022, l'Italie enchaîne les gouvernements d'union, de Letta à Draghi en passant par les alliances les plus improbables. Meloni refuse d'y entrer. Pendant que la Lega de Matteo Salvini gouverne, se compromet et s'use, Fratelli d'Italia reste pur, lisible, disponible. L'électeur mécontent sait où aller.

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03

Chapitre 3 — Palazzo Chigi : la radicale devient ges­tion­naire

Une fois au Palazzo Chigi, siège de la présidence du Conseil, Meloni doit répondre à la question que tout le monde pose : la radicale va-t-elle gouverner comme elle a fait campagne ? Le livre, écrit depuis une sensibilité proche de la sienne, décrit une réponse plus prudente que ses adversaires ne le craignaient et que ses partisans ne l'espéraient. Sur l'Europe, elle qui avait pesté contre Bruxelles compose avec les institutions. Sur l'Ukraine, elle maintient un soutien clair à Kiev, s'alignant sur l'OTAN et prenant ses distances avec les ambiguïtés de ses alliés transalpins.

C'est le premier grand écart du personnage : une eurosceptique de campagne qui gouverne en partenaire exigeante mais loyale de l'Union. Les auteurs y voient du pragmatisme assumé ; ses critiques, un reniement. Les deux lectures coexistent dans les faits. Meloni a compris qu'un dirigeant italien n'a pas les coudées franches d'un chef d'opposition : la dette du pays, sa dépendance aux marchés et aux fonds européens imposent une discipline que les slogans ne connaissent pas.

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04

Chapitre 4 — Ce que son ascension dit des droites européennes

Si le parcours de Meloni intéresse au-delà de l'Italie, c'est qu'il offre un cas d'école d'une recomposition à l'œuvre dans toute l'Europe. Partout, des partis nés en marge — souvent dans l'héritage sulfureux de l'après-guerre, parfois plus récents — sont passés du statut d'épouvantail à celui de force de gouvernement ou de force d'appoint incontournable. Le livre, coécrit avec l'Espagnol Jorge Buxadé, figure de Vox, lit explicitement la trajectoire italienne comme un modèle exportable.

Le ressort commun tient en une opération délicate : apprendre la grammaire du pouvoir sans renier la base qui vous a porté. C'est la ligne de crête que décrivent les auteurs. Trop de respectabilité, et l'on perd l'électeur en colère qui faisait la force du mouvement ; trop de radicalité, et l'on reste bloqué dans le ghetto de la protestation. Meloni a tenu les deux bouts — la flamme tricolore sur le logo, et la poignée de main avec la présidente de la Commission. C'est cette capacité d'équilibre, plus que telle ou telle idée, qui fait d'elle une référence pour les droites du continent.

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05

Conclusion

En une décennie, Giorgia Meloni a conduit un parti à 2 % jusqu'à la tête de l'Italie, en refusant les compromis quand tout le monde les cherchait, puis en se révélant plus gestionnaire que prévu une fois au pouvoir. Le livre de Giubilei, Faccia Serano et Buxadé raconte cette double trajectoire : la constance d'un positionnement dans l'opposition, et la souplesse d'un exercice du pouvoir qui compose avec Bruxelles tout en gardant sa base identitaire. La flamme tricolore n'a pas disparu ; elle a seulement appris à gouverner.

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