Molière vu par une ado
Tout plaquer pour le théâtre
Description
Imaginons un garçon de vingt et un ans, fils d'un tapissier respecté, promis à une place confortable à la cour comme fournisseur du roi. Le métier est sûr, l'argent est là, le nom est bon. Et ce garçon, un beau jour de 1643, dit non. Il renonce à tout ça pour monter une troupe de théâtre avec une famille de comédiens — un milieu qu'à l'époque on regarde à peu près comme on regarderait aujourd'hui quelqu'un qui lâche HEC pour faire du stand-up dans des bars. Ce garçon s'appelle Jean-Baptiste Poquelin. On le connaît sous un autre nom : Molière.
Cécile Alix a eu une idée simple pour raconter cette vie : la faire parler par une ado. Pas un historien, pas un prof de français — une jeune fille qui regarde Molière comme un pote un peu lointain, avec ses galères, ses dettes, ses amours compliquées et ses coups d'éclat. Le pari, c'est que sous la perruque et les alexandrins qu'on récite en classe, il y a un type qui a ramé pendant quinze ans avant de percer, qui a connu la prison pour dettes, et qui est mort en costume de scène.
Ce qui frappe dans ce portrait, c'est à quel point rien n'a été donné à cet homme. La gloire est arrivée tard, elle s'est payée cher, et elle n'a jamais été tranquille. On croit souvent que les classiques sont nés classiques, installés d'emblée dans leur statue. L'histoire de Molière raconte l'inverse : celle d'un acteur raté devenu le plus grand comique de son siècle, et de ce qui, dans ses pièces, continue de nous viser directement.
La question que l’on se pose : Comment un fils de tapissier devenu comédien ambulant, criblé de dettes et longtemps raté, a-t-il fini par devenir l'auteur qu'on lit encore quatre siècles plus tard ?Ce que l’on va voir : La trajectoire cahoteuse d'un homme qui a tout misé sur la scène — et pourquoi ses personnages ressemblent encore à nos contemporains.
Sommaire
01 Chapitre 1 — Jean-Baptiste Poquelin plaque tout pour le théâtre
Jean-Baptiste naît à Paris en janvier 1622, dans une famille aisée. Son père est tapissier du roi, une charge enviable qui se transmet de père en fils : fournir les tissus, les meubles, la décoration de la cour. Le petit Jean-Baptiste a tout pour reprendre l'affaire. Il fait de bonnes études chez les jésuites au collège de Clermont, apprend le latin, commence même un droit. Sur le papier, sa vie est tracée au cordeau : une charge, un nom, une place dans la société.
Sauf que le théâtre le prend. Paris du XVIIe siècle grouille de tréteaux, de farces, de comédiens italiens qui improvisent sur les places. Le jeune homme traîne là, il regarde, il est mordu. Et il rencontre les Béjart, une famille de comédiens — et notamment Madeleine Béjart, actrice, rousse, plus âgée que lui, qui va compter dans sa vie pendant des années. Avec eux, en 1643, il fonde une troupe au nom plein d'ambition : l'Illustre-Théâtre.
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02 Chapitre 2 — Treize ans de galère sur les routes de France
Molière et les Béjart quittent Paris et deviennent des comédiens ambulants. Pendant une quinzaine d'années — en gros de 1645 à 1658 — ils sillonnent la France : le Languedoc, Lyon, Bordeaux, Pézenas, Rouen. Ils jouent dans des salles de jeu de paume, des granges aménagées, des cours de château, partout où l'on veut bien d'eux. C'est une vie de chariots, de routes défoncées, de nuits à l'auberge, de recettes incertaines qu'il faut partager entre tous.
Ces années d'errance, on pourrait les voir comme du temps perdu. En réalité, c'est son école. Molière apprend tout sur le tas : à monter un spectacle avec peu de moyens, à sentir une salle, à faire rire des publics de province qui ne pardonnent rien. Il passe du drame sérieux, qu'il voulait jouer au départ et où il n'était pas très bon, à la comédie, où son vrai talent explose. Il devient acteur comique, directeur de troupe, et il commence à écrire ses propres pièces pour avoir du répertoire à jouer.
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03 Chapitre 3 — Versailles, le roi, et la gloire qui coince
En octobre 1658, la troupe joue devant Louis XIV, alors tout jeune roi. Molière présente une tragédie — qui tombe à plat — puis une de ses propres petites comédies. Et là, le roi rit. Ce rire vaut de l'or : Louis XIV accorde sa protection à la troupe, lui offre une salle à Paris. Molière, à trente-six ans, entre enfin dans la cour des grands. La revanche des années de route est totale.
Les succès s'enchaînent. En 1659, Les Précieuses ridicules fait un carton et le pose comme l'homme qui ose moquer les manières prétentieuses de son temps. Suivent L'École des femmes, L'Avare, Le Bourgeois gentilhomme, Le Misanthrope. Molière écrit, met en scène, joue le premier rôle, souvent devant le roi lui-même, parfois dans des fêtes somptueuses à Versailles mêlant théâtre, musique et danse. Il travaille avec le compositeur Lully, il invente des spectacles complets. Il est au sommet.
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04 Chapitre 4 — Mourir sur scène, ou presque
La fin de Molière a quelque chose de presque trop beau pour être vrai, et pourtant elle l'est en grande partie. Depuis des années, il crache, il tousse, sans doute une tuberculose. En 1673, malade, il écrit et joue Le Malade imaginaire — une comédie sur un homme qui se croit mourant alors qu'il ne l'est pas. Le 17 février 1673, pendant la quatrième représentation, il est pris d'un malaise sur scène. Il termine la pièce, est ramené chez lui, et meurt quelques heures plus tard. Il avait cinquante et un ans.
Même mort, il reste un homme de théâtre mal-aimé par l'institution. L'Église refuse d'abord de l'enterrer, parce qu'il était comédien et qu'il n'avait pas renié son métier sur son lit de mort. Il faut l'intervention du roi pour qu'il obtienne une sépulture, discrète, de nuit. Jusqu'au bout, le statut de comédien lui aura collé à la peau comme une tache — alors même qu'il venait de faire de la comédie un art majeur.
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05 Conclusion
Vue par une ado, la vie de Molière n'a plus rien d'une statue poussiéreuse. C'est l'histoire d'un fils de bonne famille qui plaque sa sécurité, galère quinze ans sur les routes, connaît la prison et les cabales, décroche enfin la gloire près de la cour — et meurt en costume, sur la scène qui l'a fait vivre. Une trajectoire de persévérance et de casse, pas de facilité. Rien ne lui a été offert, tout s'est payé.
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