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Battlegrounds

Bat­tle­grounds

Défendre le monde libre, vu du Bureau

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Description

En février 2017, un général trois étoiles répond au téléphone dans son bureau de Fort Bragg. Au bout du fil, le Président des États-Unis lui propose le poste de conseiller à la sécurité nationale. Herbert Raymond McMaster, dit H. R., accepte. Il a passé sa carrière à étudier pourquoi l'Amérique perd ses guerres — sa thèse de doctorat sur le Vietnam avait fait de lui une figure respectée jusque dans les rangs civils. Le voilà propulsé au cœur de la West Wing, chargé de coordonner la politique étrangère de l'administration la plus imprévisible de l'histoire récente. Il tiendra treize mois.

De cette expérience, et de tout ce qu'il avait pensé avant, McMaster tire Battlegrounds, un gros bouquin publié en 2020. Ce n'est pas un livre de règlements de comptes, même s'il ne cache pas ses désaccords. C'est autre chose : un tour du monde des menaces vues d'en haut, avec une obsession centrale. Selon lui, l'Amérique se trompe depuis des décennies moins par manque de moyens que par manque de compréhension — elle projette ses propres désirs sur des adversaires qui, eux, jouent une tout autre partition.

Le titre dit tout. Le monde n'est pas une carte à colorier depuis Washington, c'est une série de champs de bataille où d'autres acteurs ont leur propre volonté, leur propre histoire, leurs propres calculs. McMaster écrit en soldat devenu diplomate, avec l'autorité de quelqu'un qui a vu la machine gouvernementale de l'intérieur — et ses limites.

La question que l’on se pose : Comment un conseiller formé à comprendre l'ennemi tente-t-il de corriger la manière dont une superpuissance regarde le monde — et pourquoi c'est plus dur qu'il n'y paraît ?Ce que l’on va voir : Un parcours de soldat-penseur, une erreur de méthode qu'il traque partout, une géographie des rivalités qui structurent le siècle, et le mur que rencontre toute lucidité une fois qu'il faut décider.

Sommaire

01

Chapitre 1 — Un général dans le bureau du Président

McMaster n'arrive pas au pouvoir comme un courtisan. C'est un officier de blindés qui s'est fait un nom en 1991, pendant la guerre du Golfe, à la bataille de 73 Easting : son escadron détruit une force irakienne bien plus nombreuse en quelques minutes. Mais c'est surtout son livre de 1997, Dereliction of Duty, qui l'installe. Il y démonte comment les chefs militaires américains des années 1960 ont laissé s'installer l'engrenage vietnamien sans dire la vérité au pouvoir civil. La leçon qu'il en tire : le devoir d'un conseiller, c'est de donner l'avis honnête, pas l'avis confortable.

Il applique cette exigence au terrain. En 2005, à Tal Afar en Irak, il expérimente une contre-insurrection qui privilégie la protection des populations plutôt que le simple ratissage. Ça marche, et ça inspire une partie de la doctrine américaine des années suivantes. McMaster se construit ainsi une réputation rare : celle d'un soldat qui pense, qui lit l'histoire, et qui refuse les récits rassurants que les institutions se racontent à elles-mêmes.

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02

Chapitre 2 — Le piège du narcissisme stratégique

L'idée qui structure tout le livre porte un nom qu'il emprunte au politologue Hans Morgenthau : le narcissisme stratégique. C'est la tendance à définir le monde uniquement par rapport à soi — à supposer que ce qui arrive dépend surtout de ce que fait ou ne fait pas l'Amérique, comme si les autres acteurs n'étaient que le reflet passif de ses propres choix. On surestime son pouvoir de façonner les événements, et on efface la volonté propre de l'adversaire.

Ce travers prend plusieurs formes concrètes. Il y a l'optimisme excessif, l'idée qu'un peu de dialogue et d'ouverture économique finiront par convertir n'importe quel rival à nos valeurs. Il y a le wishful thinking, ce moment où l'on croit une chose parce qu'on la souhaite. Il y a aussi ce que McMaster appelle la projection : plaquer sur Pékin ou Moscou notre propre logique, en oubliant que leurs dirigeants raisonnent à partir d'une histoire, de griefs et d'ambitions qui ne sont pas les nôtres.

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03

Chapitre 3 — La grille : la Russie, la Chine, et les autres

McMaster déplie sa méthode sur une série de terrains, et deux dominent. La Russie d'abord. Il refuse d'y voir un simple problème de personnalité de Poutine. Selon lui, Moscou mène une campagne d'agression bon marché : désinformation, cyberattaques, ingérence électorale, guerre informationnelle. Un mode d'action pensé pour rester sous le seuil qui déclencherait une riposte militaire, tout en affaiblissant de l'intérieur les démocraties. L'annexion de la Crimée en 2014 et l'ingérence de 2016 ne sont pas des accidents mais une doctrine assumée, nourrie par le ressentiment post-soviétique.

La Chine ensuite, qu'il traite comme le défi central du siècle. Il y consacre son analyse la plus dense. Pendant des années, Washington a parié que l'ouverture économique tirerait Pékin vers plus de libéralisation. McMaster juge ce pari perdu. Le Parti communiste chinois poursuit une stratégie de long terme — il évoque des concepts comme la cooptation, la coercition et la dissimulation — visant à remodeler l'ordre international à son avantage. Les nouvelles routes de la soie, le vol de propriété intellectuelle, la militarisation de la mer de Chine méridionale : autant de pièces d'un même dessein, pas des dossiers séparés.

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04

Chapitre 4 — Décrypter, oui, mais ensuite gouverner

Là où Battlegrounds devient plus large que son sujet, c'est sur une tension que McMaster connaît mieux que personne : le gouffre entre comprendre un problème et le faire traverser une machine d'État. Il a l'analyse. Encore faut-il qu'elle survive au trajet entre le Bureau et l'exécution. Et ce trajet, il le sait, est semé d'obstacles qui n'ont rien à voir avec la justesse du raisonnement.

Le premier obstacle est humain. Un conseiller à la sécurité nationale ne décide de rien seul ; il coordonne des départements — État, Défense, renseignement — qui ont chacun leur culture, leur agenda et leurs rivalités. Il doit obtenir un consensus interministériel, puis convaincre un Président qui tranche selon ses propres critères. Le meilleur diagnostic du monde n'est qu'une option parmi d'autres sur le bureau final. McMaster décrit un système où la bonne idée n'a aucun droit acquis à l'emporter.

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05

Conclusion

McMaster referme son tour du monde là où il l'a commencé : sur une conviction de soldat devenu penseur. Les États-Unis ont les moyens de tenir leur rang, mais ils se sabordent en se regardant eux-mêmes au lieu de regarder l'adversaire. Le narcissisme stratégique n'est pas une maladie d'un homme ou d'un parti, c'est un pli mental installé depuis la fin de la Guerre froide, qui a fait sous-estimer Moscou, mal lire Pékin, et espérer à Kaboul ce qu'on souhaitait plutôt que ce qui était. Contre ce pli, il ne propose ni recette ni triomphalisme — seulement une discipline : comprendre l'autre pour de vrai avant de décider.

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