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Without You, There Is No Us

Without You, There Is No Us

Enseigner aux fils de l'élite nord-coréenne

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Description

Automne 2011. Une femme franchit les contrôles de Pyongyang avec, dans ses bagages, une double couverture : professeure d'anglais, missionnaire évangélique, et — non déclaré — journaliste. Suki Kim, née à Séoul, émigrée aux États-Unis adolescente, enseigne pendant deux semestres à la Pyongyang University of Science and Technology, une université privée financée par des chrétiens évangéliques et tolérée par le régime. Ses élèves : environ deux cents garçons, fils de la haute nomenklatura nord-coréenne, choisis parmi les plus prometteurs du pays. Elle vit avec eux, mange avec eux, corrige leurs copies — et prend des notes en cachette, qu'elle recopie sur des clés USB dissimulées.

De ce séjour est sorti "Without You, There Is No Us", récit publié en 2014. Le titre vient d'un chant que les étudiants entonnent à la gloire du Cher Leader : sans lui, disent les paroles, il n'y a pas de « nous ». Kim n'écrit pas un rapport géopolitique ni une enquête sur les camps. Elle écrit ce qu'elle a vu de très près : de jeunes hommes brillants, polis, drôles parfois, coupés du monde au point d'ignorer qu'internet existe, et incapables de dire une phrase sans qu'un mensonge n'y soit tissé.

Ce qui frappe dans son témoignage, ce n'est pas la cruauté spectaculaire qu'on attend d'un livre sur la Corée du Nord. C'est la banalité du mensonge, sa présence dans les gestes ordinaires, et le fait que Kim elle-même, pour rester, doive mentir en permanence. Le livre devient alors autre chose qu'un reportage : une plongée dans un pays où la vérité n'est plus une catégorie disponible.

La question que l’on se pose : Que révèle le quotidien d'une classe d'élite à Pyongyang sur la manière dont un pays entier peut vivre dans le mensonge sans que personne ne le désigne ?Ce que l’on va voir : Une enseignante infiltrée, deux cents fils de l'élite coupés du monde, et un mensonge si généralisé qu'il finit par tenir lieu de réalité commune.

Sommaire

01

Chapitre 1 — Une chrétienne infiltrée dans une université d'in­gé­nieurs

La Pyongyang University of Science and Technology, la PUST, est une anomalie assumée. Ouverte en 2010, elle est financée par des évangéliques coréens-américains et occidentaux, autorisés par le régime à former son élite technique en échange d'un silence total sur la religion. Les professeurs sont pour la plupart des chrétiens venus enseigner sciences et anglais, avec la conviction discrète qu'ils sèment quelque chose. Ils n'ont pas le droit de prononcer le mot Dieu devant les étudiants. Ils prient entre eux, à l'écart, dans un pays où prier peut envoyer en camp.

Suki Kim arrive dans ce dispositif avec un mobile qui n'est pas celui des autres. Elle n'est pas croyante au sens de ses collègues ; elle est là pour écrire. Son enfance sud-coréenne l'a construite dans l'ombre d'une famille séparée par la guerre, d'oncles disparus au Nord dont on ne parlait plus. La Corée du Nord n'est pas pour elle un sujet exotique mais une part manquante d'elle-même. Elle veut voir, de l'intérieur, ce que le pays fait à ceux qui y grandissent.

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02

Chapitre 2 — Deux cents fils de l'élite qui ne savent presque rien

Ses étudiants sont ce que la Corée du Nord a de plus favorisé : fils de cadres, de militaires, de responsables du Parti. À ce titre, ils devraient être les mieux informés du pays. Ils sont parmi les plus ignorants du monde. Kim découvre qu'ils ne savent pas ce qu'est internet, ou en ont une idée si vague qu'elle ne correspond à rien. Quand elle mentionne des faits élémentaires — la taille des grandes villes du monde, l'existence de certains pays — elle se heurte à un mur, ou à des convictions fausses qu'ils tiennent pour évidentes.

Ce ne sont pourtant pas des esprits lents. Ils sont vifs, compétitifs, capables en mathématiques. La privation n'a pas atteint leur intelligence, seulement sa matière. On leur a retiré le monde, pas la capacité de le comprendre. Cet écart rend le tableau plus troublant qu'attendrissant : ces garçons pourraient tout apprendre, et on s'est arrangé pour qu'ils n'aient rien à apprendre qui ne passe d'abord par le filtre du régime.

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03

Chapitre 3 — Le mensonge partout, jusque dans les phrases les plus banales

Le cœur du témoignage de Kim tient dans une observation répétée : le mensonge n'est pas réservé aux grandes déclarations idéologiques. Il imprègne le quotidien le plus modeste. Un étudiant affirme avoir passé les vacances à visiter des monuments qu'il n'a manifestement pas vus. Un autre décrit des voyages qui n'ont pas eu lieu. Les mensonges ne servent souvent à rien, ne cachent rien de compromettant — ils sont là par réflexe, comme une manière d'occuper l'espace de la parole sans jamais s'exposer.

Kim comprend peu à peu que dire la vérité, dans ce contexte, est un risque et non une vertu. Livrer un fait exact, c'est se rendre vérifiable, donc attaquable. Le mensonge, lui, est sûr : il aligne le locuteur sur ce qui est attendu, il ne trahit rien de personnel, il protège. Dans un monde où toute information peut se retourner contre celui qui l'a lâchée, la fausseté devient une hygiène de survie. Ce n'est pas de la duplicité au sens moral. C'est un système où mentir est simplement plus prudent que dire.

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04

Chapitre 4 — Ce que le collectif fait tenir quand la vérité disparaît

Le titre du livre dit l'essentiel : sans « lui », il n'y a pas de « nous ». Le régime n'a pas seulement construit un culte ; il a fait de l'appartenance collective la condition même de l'existence individuelle. Ce que Kim donne à voir, c'est un mensonge qui ne fonctionne pas comme on l'imagine d'habitude — quelques puissants trompant une masse crédule. Le mécanisme est plus enveloppant : chacun ment à chacun, sait que l'autre ment, et personne ne peut se permettre de le dire.

C'est ce qui rend le système si robuste. Un mensonge tenu par un seul menteur est fragile : il suffit d'un contradicteur. Un mensonge partagé par tous, où dire la vérité vous isole et vous met en danger, devient un plancher sous les pieds de la société. Les étudiants récitent, les professeurs se taisent, les gardiens surveillent, et l'ensemble se stabilise parce que personne n'a intérêt à retirer sa pierre. La fausseté n'est plus un défaut du système : elle en est le ciment.

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05

Conclusion

Kim quitte Pyongyang à la fin de 2011, peu après la mort de Kim Jong-il, alors que ses étudiants pleurent en masse un homme qu'ils n'ont jamais rencontré. Elle repart avec ses notes cachées et un attachement encombrant pour deux cents garçons qu'elle ne reverra jamais et qu'elle a, à sa manière, trompés en écrivant sur eux. Son livre garde cette ambivalence sans la résoudre : elle a menti pour raconter un pays qui ne vit que de mensonges, et elle le sait.

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