
Après l’État-nation
Réflexions sur les nouvelles formes de gouvernance
Description
"Après l’État-nation" de Jürgen Habermas est un ouvrage dans lequel le philosophe allemand explore les implications de la mondialisation sur le concept traditionnel de l'État-nation. Habermas analyse comment les processus de globalisation économique, la pluralisation culturelle des sociétés, et les tensions générées par le nationalisme remettent en question la pertinence et l'efficacité de l'État-nation comme cadre principal de la gouvernance démocratique. Il propose l'idée d'une "nouvelle constellation politique" qui transcenderait les frontières nationales pour répondre aux défis posés par la mondialisation.
Habermas suggère que la démocratie peut être préservée et renforcée à travers une intégration politique supranationale, notamment en Europe, où les institutions démocratiques pourraient fonctionner à un niveau transnational. L'ouvrage invite à repenser les structures politiques et juridiques pour les adapter à un monde de plus en plus interconnecté.
Sommaire
01Introduction
Lecteur de Kant, Habermas s’en distingue pour développer l’idée d’un principe de discussion. La morale n’est plus déterminée par les individus mais c’est la « discussion » qui détermine si une règle ou un comportement sont moraux ou non. Comment ce principe de discussion s’incarne-t-il dans l’État-nation ? Le peut-il encore aujourd’hui ?
Dans cet ouvrage, Habermas se demande si l’on doit – et si l’on peut – dépasser l’État-nation, car ce modèle ne semble plus satisfaisant, notamment dans le contexte d’une économie ultra-globalisée. Pour répondre à cette question, il présente deux conceptions opposées, le souverainisme et le fédéralisme. Pour les souverainistes, l’État-nation incarne l’adéquation d’un peuple et d’une structure politique. Il est indépassable car lui seul peut garantir la cohésion territoriale et l’identité nationale.

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02Les leçons de la crise de l’État social
Le XXe siècle se caractérise par le développement démographique, le changement structurel de la nature de l’emploi et les avancées scientifiques et techniques qui ont révolutionné l’économie, les rapports sociaux et les formes de vie, mais aussi par le choc de la « barbarie », qui a permis une prise de conscience menant à une atténuation de la terreur.
En effet, après la guerre, toutes les légitimations contraires à l’esprit universaliste des Lumières ont été discréditées. La période d’après-guerre se caractérise alors par la guerre froide, l’équilibre de la terreur (question du nucléaire), la décolonisation et la construction de l’État social en Europe. Se développent des systèmes d’économie mixte qui ont permis l’extension des droits civiques et la réalisation effective des droits sociaux.
Cependant, 1989 représente la fin de cette ère et le début d’un « danger structurel menaçant l’État social ». L’avancée du capitalisme limite le champ d’action des États et la mondialisation économique représente le principal défi de l’Europe politique et sociale d’après-guerre.

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03La mondialisation contre la démocratie
Les citoyens d’une communauté démocratique fabriquent ensemble leur environnement social. Mais cette action de la société sur elle-même ne peut se réaliser que dans un cadre national. Or l’État-nation connaît des vagues de dénationalisation et s’ouvre à une société économique mondiale. Aujourd’hui, la démocratie libérale est remise en cause et la souveraineté de l’État devient problématique. Quelle réponse politique apporter à ces défis ?
Habermas rappelle que l’État moderne est un État administratif et fiscal, un État territorial souverain avec une communauté politique et une nationalité définie en fonction du territoire, et enfin un État de droit démocratique et un État social, garantissant une autonomie privée et une égale autonomie politique.
Mais, depuis les années 1970, cette forme subit la pression de la mondialisation, dont les flux affaiblissent la capacité de l’État national à maintenir les frontières de son système et son autonomie de régulation. Ainsi, la mondialisation affecte la sécurité juridique et l’efficacité de l’État administratif : certains risques écologiques et la fragilité des installations de hautes technologies ne sont plus contrôlables dans le cadre national. La mobilité accrue des capitaux rend plus difficile la capacité fiscale de l’État. L’interdépendance accrue au sein de la société mondiale remet en cause la politique nationale territoriale. La mondialisation affecte également l’identité collective : les réactions ethnocentristes de la population à l’égard des étrangers, des groupes marginaux, des handicapés, des juifs, se multiplient ; cette rupture des solidarités peut entraîner la fragmentation politique.

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04Une démocratie post-nationale ?
Pour répondre rationnellement à ces défis, il faut développer dans la « constellation post–nationale » des formes nouvelles d’autorégulation démocratique de la société. L’Union européenne peut-elle compenser les compétences amoindries des États-nationaux ? Les néolibéraux souhaitent la dérégulation des marchés alors que les sociaux-démocrates privilégient la régulation étatique pour combler la fracture entre efficacité et justice sociale. Mais l’Europe dispose-t-elle des ressources politiques nécessaires pour obliger les pays puissants à redistribuer ?
Il ne s’agit pas de faire une nation-Europe mais de mettre en place des politiques coordonnées qui aient des effets sur la redistribution et qui soient soutenues par la volonté du peuple à l’échelle nationale, c’est-à-dire par une solidarité citoyenne. Une constitution européenne qui légitime la démocratie post-nationale est nécessaire mais elle n’est pas encore d’actualité, considère Habermas en 1998. Le processus de légitimation ne pourra se développer que si les partis débattent dans leurs « arènes nationales » de l’avenir de l’Europe, en traitant d’intérêts qui dépassent les frontières.

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05L’Union européenne et la pression de la mondialisation
Comment contrôler politiquement un capitalisme planétaire et le fonctionnement de la démocratie à grande échelle ? Les acteurs étatiques ne décident plus de la structure des relations internationales ou des relations interétatiques, mais ils sont enchâssés dans les marchés du fait de la mondialisation. La disparition des frontières affecte les États européens : la « constellation post-nationale » supprime le lien entre politique et systèmes juridiques ainsi qu’entre circuits économiques et traditions nationales. La mondialisation menace la base pré-politique de l’intégration des citoyens. L’État national est privé de sa puissance ; isolé, il ne peut plus protéger ses citoyens contre les décisions externes d’autres acteurs. Des déficits de légitimation affectent alors les processus de décision et la création d’institutions politiques nouvelles ne signifie pas un renforcement politique.

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06Conclusion
Le travail d’Habermas a fortement influencé la théorie de la démocratie, avec l’idée de démocratie délibérative, ainsi que de nombreuses disciplines (la communication, la philosophie, la sociologie ou la linguistique). Il veut faire émerger un « espace public » qui transcende les frontières pour faire naître un « gouvernement de l’Union » légitime. Il soutient une Europe politique qui s’enracine dans une démocratie fédérale. Mais il répète qu’il est encore trop tôt pour une Constitution de l’Union.

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07Zone critique
Le débat public proposé par Habermas comme remède à la mondialisation pour répondre à la crise de la démocratie est plus que pertinent. Il défend le cosmopolitisme dans le cadre d’un fédéralisme européen. Néanmoins, son approche semble plus utopique que réaliste. Comme le regrette Christophe Jaffrelot, si l’approche d’Habermas se situe dans une perspective d’économie politique internationale, son raisonnement reste très général et il n’étaye pas son propos de remèdes économiques précis.

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08Pour aller plus loin
Ouvrage recensé
– Après l’État-nation. Une nouvelle constellation politique (1998), trad. par R. Rochlitz, Paris, Fayard, 2000.
Du même auteur
– Théorie de l'agir communicationnel, Paris, Fayard, 1987. – L’Espace public, Paris, Payot-Seuil, 1992. – Entre Naturalisme et Religion. Les Défis de la démocratie, Paris, Gallimard, coll. « NRF Essais », 2008. – Le discours philosophique de la modernité, Paris, Gallimard, 2011.

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