
L’Ere du clash
Culture du clash et politique du spectacle
Description
L’essai de Christian Salmon permet de voir défiler toute l’histoire politique récente depuis la chute du mur de Berlin jusqu’à l’affaire Benalla. L’auteur analyse en détail certains moments-clefs qui viennent étayer sa lecture de l’évolution du monde politique. Il a repéré des jalons décisifs autour desquels s’articulent les mutations : 1989, avec la chute du Mur de Berlin qui met fin au grand récit communiste, 2001 avec la déflagration du 11-Septembre qui ruine le mythe américain, 2008 avec la crise financière qui dévoile les rouages des puissances de l’argent sans visage, 2016 avec l’élection de Donald Trump qui efface la distinction entre vérité et mensonge.
À chaque fois, Christian Salmon met en exergue les changements considérables dans les représentations de l’histoire et les grilles de lecture qui permettent de l’appréhender. Lui qui, dès 2007, avait pointé l’essor du « storytelling », c’est-à-dire l’invention d’histoires cohérentes pour animer la communication politique, voit dans l’évolution plus récente de la scène politique l’avènement d’une « ère du clash », fondée d’une part sur le discrédit de la parole publique et d’autre part sur l’envahissement de la scène par les réseaux sociaux et par l’info en continu.
Sommaire
01Introduction
Christian Salmon est un essayiste qui s’est fait connaître par son ouvrage sur le « storytelling », c’est-à-dire à la propension dans tous les domaines à construire des narrations, des « histoires » pour communiquer et persuader. Dans ce nouvel essai, l’auteur reprend cette analyse, tout en l’adaptant aux mutations récentes de notre société. Il montre ainsi que la communication fonctionne désormais sur des chocs, plus que sur des histoires.

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02La crise financière et la Grèce
La crise des subprimes de 2008 constitue pour l’auteur une date-clef. En effet, avant cette brutale crise financière on pouvait envisager une histoire économique aussi lisse que positiviste. L’éclatement de la bulle financière a ruiné la crédibilité des histoires officielles racontées par les dirigeants, aussi bien aux États Unis qu’en Europe.
La volatilité des échanges au niveau de la Bourse – ou plutôt des bourses et des banques –, la dérégulation du monde économique réduit à des spéculations abstraites, a entraîné une ère de soupçon généralisé à tous les domaines touchant de près ou de loin au champ politique. L’auteur décrit cette défiance qui a gagné tous les citoyens à l’égard d’un système qui ressemble à une machine dont les dirigeants ont perdu le contrôle, défiance qui alimente évidemment un complotisme généralisé. Mais lui-même dénonce un capitalisme financier déconnecté du capitalisme industriel, un Léviathan, un Empire sans visage qui asservit les nations et dépouille les dirigeants de tout pouvoir véritable.

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03Matteo Renzi le marathonien et la spirale du discrédit
Christian Salmon est frappé par l’échec rapide de Matteo Renzi en Italie. Il détaille comment le « storytelling » s’est trouvé au cœur de son avènement à la tête du Conseil.
Plus jeune président de l’histoire de l’Italie, hyperconnecté, mettant en évidence dès sa première apparition devant le Sénat son iPhone, son iPad et son MacBook, Matteo Renzi a soigné son « histoire ». Il a aussi posé devant lui un livre de Haruki Murakami, Autoportrait de l’auteur en coureur de fond, ouvrage qui allait bien à ce politicien, maire de Florence qui en courait le marathon depuis son élection. Renzi se revendiquait ouvertement du « storytelling », ayant d’ailleurs dit tout le bien qu’il pensait du précédent ouvrage de Christian Salmon. Il se qualifiait de « rottomatore », de démolisseur de l’ancien monde, il affichait son goût pour la vitesse et la jeunesse.

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04Le récit national français et Emmanuel Macron
Christian Salmon consacre de nombreuses pages à la France, même si son ouvrage prend le parti d’analyser plus globalement la communication dans le monde occidental et de choisir des exemples surtout à l’étranger. Le manuscrit a été achevé le 9 novembre 2018 et les dernières actualités traitées par l’auteur touchent à l’affaire Benalla.
L’auteur décrit l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron en mettant en exergue des points communs avec Matteo Renzi, d’autant que les deux hommes n’ont jamais caché leur proximité. La ligne directrice de sa réflexion consiste à démonter le récit, le « storytelling » du candidat Macron, puis du président français. Il insiste même sur la dimension mythologique, presque mystique, que les discours et les mises en scène accentuent. La scénographie du soir de l’élection au Louvre ou encore des phrases retenues dans des interviews, comme les métaphores du « corps du président » analogue au « corps du roi » sous la monarchie de droit divin ou encore les analogies entre sa propre situation et celle de Napoléon à Iena, viennent à grands traits brosser le portrait d’un homme persuadé qu’il est investi d’une mission presque sacrée qui le relie au récit national français, voire aux dynasties de rois d’Ancien régime.

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05Fake news, post-truth politic, tweet et clash : l’ère de Donald Trump
Christian Salmon retrace volontiers l’histoire des États Unis. Plus exactement, il donne sa propre clef de lecture de la succession des présidents élus depuis Ronald Reagan.
Dans son livre, c’est un des rares moments où il remonte davantage en arrière dans le temps. Il analyse brièvement comment l’entourage des candidats s’est transformé pour assurer leur communication. Autrefois des analystes qu’on appelait « spin doctors » étaient des agents d’influence qui délivraient des arguments, des raisonnements, qui écrivaient des discours (« speech writers ») à un candidat qui manquait de substance comme Ronald Reagan. Venu du spectacle, cet acteur avait besoin de scénaristes-producteurs capables de le mettre en scène et de lui souffler son texte. De la sorte, ils ont promu le « stage-craft », la mise en scène, au lieu du « state craft », l’art de gouverner.

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06La télé-réalité à la Maison-Blanche
Avec la campagne incroyable de Donald Trump, assisté de Steve Bannon à ses côtés, et son accession à la présidence, on entre dans une tout autre ère, celle de l’infotainement, du mélange des genres entre information et télé-réalité. Il n’est plus question de raconter une histoire construite et cohérente, mais simplement d’enchaîner une succession de chocs, de clash qui feront le buzz, de manière discontinue, tout en créant un brouhaha permanent.
Il n’est plus question de vérité, mais de viralité, de voir à quelle vitesse une info, fausse ou vraie se répand, comment les fake news résistent au fact checking, comment la violence des réseaux sociaux peut faire irruption dans le champ politique complètement décrédibilisé. Christian Salmon replace le contexte notamment du point de vue des nouvelles technologies, à l’ère du big data et du web.
Donald Trump, du coup, n’apparaît pas comme un personnage incompréhensible, mais comme le signe et le symptôme de cette « ère du clash » qu’il a presque théorisée sans même s’en rendre compte. Il a mis à mal la narration des démocrates qui, après avoir porté au pouvoir le premier afro-américain, voulaient y mener la première femme. Trump, lui, ne racontait pas une belle histoire, il a mené toute sa campagne à coups de provocations, de transgressions, d’insultes, il a imposé sa figure burlesque avec ses outrances ; il ne proposait ni un discours rationnel sur la politique ni un récit héroïque de son propre destin. Il n’a pas cherché le consensus fondé sur l’assentiment à un programme politique, mais uniquement la cristallisation des colères, des dissensus, des ressentiments autour d’un personnage en rupture avec l’establishment. Provocation, clash, incrédulité à l’égard de tout ce qui a partie liée au « système », complotisme porté à son paroxysme, voilà ce qui fédère l’électorat de Trump.

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07Zone critique
L’Ere du Clash a été salué comme un livre agréable à lire qui interroge sur une nouvelle forme contemporaine de communication politique et médiatique. Conçu comme une suite à l’ouvrage Storytelling, l’auteur s’appuie sur des exemples très récents qui font l’actualité. Pour certains événements, ne disposant pas de toutes les suites au moment de l’écriture, il risque de se trouver un peu en porte-à-faux (par exemple sur l’affaire Benalla).

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08Pour aller plus loin
Ouvrage recensé – Christian Salmon, L’Ere du clash, Paris, Fayard, 2019.
Du même auteur – Tombeau de la fiction, éditions Denoël, 1999. – Censure !, Censure !, éditions Stock, 2000. – Verbicide, Actes Sud-Babel, 2007. – Storytelling, la machine à fabriquer des histoires et à formater les esprits, La Découverte, 2007. – La Cérémonie cannibale, de la performance politique, Fayard, 2013. Prix de l'essai 2013.

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