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The World

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Richard Haass

Comprendre le monde en une introduction

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Description

En 2015, Richard Haass déjeune avec un ancien étudiant de Stanford devenu cadre dans la tech. Le type est brillant, il gagne très bien sa vie, et pourtant il avoue à mi-voix qu'il ne comprend rien à ce qui se passe dans le monde. Ni pourquoi le pétrole compte encore, ni ce que fait vraiment l'OMC, ni comment on est passé de la guerre froide à ce brouillard actuel. Haass, qui a passé des décennies dans la diplomatie américaine et dirige alors le Council on Foreign Relations, réalise un truc gênant : son interlocuteur n'est pas une exception. Des gens éduqués, curieux, parfaitement à l'aise sur mille sujets, n'ont jamais reçu les repères de base pour lire la scène internationale.

De ce déjeuner naît un livre, paru en 2020 : The World. Pas un traité, pas un pavé universitaire. Un manuel volontairement accessible, pensé comme le cours de culture générale géopolitique que personne ne nous a donné. Haass y assume une ambition modeste et immense à la fois : donner à un adulte cultivé de quoi suivre une conversation sur la Chine, le Moyen-Orient, la dette ou le climat sans avoir l'air perdu. Une sorte de kit de survie pour lire le monde.

Le pari est risqué. Vouloir tout couvrir, c'est frôler le survol, et un ancien conseiller de la Maison-Blanche pourrait facilement virer au cours magistral. Haass tient pourtant un fil : le monde n'est pas un chaos illisible, il obéit à quelques logiques de régions et quelques leviers de puissance qu'on peut apprendre. Et derrière l'exercice pédagogique perce une inquiétude, celle d'un praticien qui a vu l'ordre international se fissurer de l'intérieur.

La question que l’on se pose : Peut-on tenir dans un seul livre les repères de base pour comprendre le monde, et que révèle cet exercice sur l'état réel de l'ordre international ?Ce que l’on va voir : Le geste d'un diplomate qui décrit les grandes régions, les leviers de la puissance mondiale, et l'architecture d'après-guerre qui se défait sous nos yeux.

Sommaire

01

Chapitre 1 — Un rédacteur en chef qui découvre son propre trou

Richard Haass n'est pas un théoricien de bureau. Il a conseillé plusieurs présidents américains, négocié en Irlande du Nord, planché sur l'Irak et l'Afghanistan, et présidé pendant vingt ans le Council on Foreign Relations, l'un des cercles de politique étrangère les plus écoutés de Washington. Quelqu'un dont le métier, précisément, est de comprendre le monde. C'est ce qui rend son point de départ intéressant : il constate que même les élites qu'il croise ignorent l'essentiel de ce qui structure la planète.

Son diagnostic tient en un mot qu'il emprunte à l'éducation américaine : la global literacy, l'alphabétisation au monde. On apprend à lire, à calculer, à coder. On n'apprend nulle part à situer un conflit, à comprendre pourquoi une monnaie de réserve compte, ou ce qui distingue une alliance d'un partenariat. Ce savoir-là reste confiné aux spécialistes, alors qu'il conditionne des décisions que tout le monde prend, du bulletin de vote à l'endroit où l'on place son épargne.

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02

Chapitre 2 — Quatre régions, quatre façons de tenir ou de céder

La première moitié du livre est une géographie raisonnée. Haass parcourt les grandes régions non pas pays par pays, mais en cherchant pour chacune la logique qui la fait tenir — ou qui la mine. L'Europe, d'abord, présentée comme la réussite la plus improbable du siècle : un continent qui s'est entretué deux fois, puis a construit une union pour rendre la guerre matériellement impossible. Une réussite désormais fatiguée, tiraillée entre l'élargissement, le Brexit et le retour d'une menace à l'Est.

L'Asie de l'Est occupe le cœur nerveux du récit. C'est là, écrit Haass, que se joue l'histoire du siècle : la montée de la Chine face à une Amérique qui ne veut pas céder la première place. Une région dense en économies puissantes et en rancunes anciennes, sans architecture de sécurité comparable à celle qui a stabilisé l'Europe. Pas d'OTAN asiatique, pas de réconciliation à la franco-allemande entre Pékin, Tokyo et Séoul. Les tensions autour de Taïwan ou de la mer de Chine méridionale ne sont pas des accidents, elles sont inscrites dans ce vide institutionnel.

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03

Chapitre 3 — La boîte à outils : commerce, monnaie, armes, climat

La seconde moitié bascule des lieux vers les leviers. Haass y range les grands mécanismes transversaux, ceux qui traversent toutes les régions et font la matière des relations internationales. Le commerce d'abord : il rappelle que la mondialisation des échanges a sorti des centaines de millions de personnes de la pauvreté, tout en créant des perdants concentrés — usines fermées, régions déclassées — dont la colère nourrit aujourd'hui le repli protectionniste. L'OMC, née en 1995, encadre ce système, mais un système qui grippe quand les grandes puissances cessent d'en respecter l'esprit.

Vient la monnaie et la finance, souvent le point aveugle du citoyen. Haass explique pourquoi le dollar reste la monnaie de réserve mondiale, ce que ça donne comme pouvoir à Washington, comment une crise partie d'un quartier de la finance américaine en 2008 peut geler le crédit sur toute la planète. Il montre que la dette, les flux de capitaux et les banques centrales forment un système nerveux invisible dont les à-coups se paient en emplois et en instabilité politique.

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04

Chapitre 4 — Un ordre bâti à Yalta qui ne répond plus au monde de 2020

Si l'on prend de la hauteur, The World décrit surtout un moment de bascule. L'ordre que Haass a servi toute sa carrière est celui né en 1945 : institutions de Bretton Woods, ONU, alliances américaines, un système pensé par les vainqueurs pour que le désastre des deux guerres ne se reproduise pas. Cet ordre a fonctionné, imparfaitement, pendant trois quarts de siècle. Le message de fond du livre, sous la pédagogie, est qu'il ne correspond plus à la distribution réelle de la puissance.

La raison est structurelle. L'architecture de l'après-guerre a été taillée pour un monde où l'Occident dominait et où l'Amérique acceptait d'en payer le prix. Or la Chine pèse désormais autant sur bien des tableaux, la Russie joue les trouble-fêtes, l'Inde et d'autres puissances moyennes refusent de choisir un camp, et les États-Unis eux-mêmes doutent de leur rôle. Haass appelle ça un monde qui n'est plus unipolaire sans être vraiment multipolaire — un entre-deux instable où les anciennes règles s'appliquent de moins en moins et où les nouvelles n'existent pas encore.

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05

Conclusion

Le déjeuner de 2015 avec un ancien étudiant perdu a donné un livre qui ressemble à son intention : un cours patient, dénué de jargon, qui prend au sérieux l'idée qu'un adulte curieux peut apprendre à lire la scène internationale comme on apprend une langue. Haass y réunit les régions et les leviers, la géographie et la mécanique, pour reconstituer la carte mentale qui manquait à son interlocuteur. Le tour de force n'est pas d'avoir tout dit — c'est impossible — mais d'avoir trié l'essentiel avec la main d'un praticien qui sait ce qui compte vraiment quand une décision se prend.

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