Télécharger l'app

Scanne. C'est dans ta poche.

QR Code — Dygest

Ouvre l'app Appareil photo, pointe sur le code. C'est gratuit à l'essai.

Mister Big, ou, La glorification des amours toxiques

Mister Big, ou, La glo­ri­fi­ca­tion des amours toxiques

India Desjardins

Sex and the City et l'amour toxique

Écouter l'extrait du podcast :
0:00 --:--

Description

Carrie Bradshaw rencontre un homme dans une rue de New York, il fait tomber son sac, ramasse ses préservatifs éparpillés sur le trottoir, sourit. On est en 1998, c'est le tout premier épisode de Sex and the City, et on vient d'assister à la naissance du couple le plus commenté de la télé des années 2000. Lui, on ne connaîtra jamais son prénom avant la toute fin. On l'appelle Mister Big. Riche, élégant, insaisissable. Et pendant six saisons, puis deux films, il va disparaître, revenir, se marier avec une autre, revenir encore.

Pendant des années, des millions de spectatrices ont regardé cette histoire comme une grande romance. Carrie et Big, c'était l'amour, le vrai, celui qui résiste, celui qui revient toujours. C'est exactement ce récit que l'autrice québécoise India Desjardins vient démonter dans un essai court et personnel. Son point de départ n'est pas théorique : elle a adoré la série, elle s'est identifiée à Carrie, elle a rêvé de son Mister Big à elle. Et un jour, elle a revu les épisodes.

Ce qu'elle y a trouvé l'a secouée. Derrière le glamour des cocktails et des escarpins, une relation faite d'attente, d'humiliations discrètes et de retours qu'on a appris à prendre pour des preuves d'amour. Desjardins ne règle pas ses comptes avec une série : elle interroge ce que ces histoires nous ont appris à désirer.

La question que l’on se pose : Pourquoi a-t-on regardé une relation faite d'abandons répétés comme la plus grande histoire d'amour de la télé ?Ce que l’on va voir : Comment une fiction adorée a transformé un schéma toxique en idéal romantique, et ce que ça dit de nos attentes amoureuses.

Sommaire

01

Chapitre 1 — Dix ans à courir après un homme qui part

Au départ, Desjardins pose les faits, simplement, en remettant bout à bout ce que la série étale sur dix ans. Carrie et Big se rencontrent, s'attirent, commencent quelque chose. Puis lui recule. Il ne veut pas s'engager, il ne la présente pas à sa mère, il garde une part de lui hors d'atteinte. Carrie, elle, attend. Elle analyse, elle décortique avec ses amies autour d'un brunch, elle cherche ce qu'elle a mal fait. Le scénario qu'elle rejoue sans fin, c'est celui de la femme qui doit mériter qu'on reste.

Les ruptures s'enchaînent, et à chaque fois le tort semble glisser du côté de Carrie. Big part en Californie sans vraiment prévenir. Il épouse Natasha, une femme plus jeune, plus lisse, moins compliquée — et Carrie encaisse. Puis il revient, marié, et entame une liaison avec elle. Desjardins insiste sur ce détail souvent oublié des fans : pendant une partie de la série, Carrie est la maîtresse de Big, et la narration présente ça comme une fatalité romantique plutôt que comme ce que c'est. La trahison de Natasha, qui découvre tout, est traitée en incident de parcours, presque une gêne pour Carrie.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

02

Chapitre 2 — Le charme de l'in­dis­po­nible, érigé en romantisme

Pourquoi Big fascine-t-il autant ? Desjardins met le doigt sur le mécanisme central : c'est précisément parce qu'il se dérobe qu'il devient désirable. Un homme disponible, présent, stable, la série nous le montre d'ailleurs — c'est Aidan, le menuisier doux qui veut construire quelque chose avec Carrie. Et Carrie le quitte. Deux fois. Aidan est gentil, et dans la grammaire de la série, gentil veut dire ennuyeux. On le punit de vouloir rendre heureux.

C'est là que l'autrice touche quelque chose de plus large que Sex and the City. La fiction amoureuse adore l'homme froid qui cache un cœur, le ténébreux qu'une femme va enfin réchauffer. L'indisponibilité est lue comme de la profondeur, la distance comme du mystère. Big ne dit pas ses sentiments ? C'est qu'il est complexe. Il blesse Carrie ? C'est qu'il a peur d'aimer. Chaque comportement qui, dans la vraie vie, serait un signal d'alarme devient, à l'écran, une promesse de quelque chose à décrocher.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

03

Chapitre 3 — Ce qu'India Desjardins a reconnu dans le miroir

L'essai bascule quand Desjardins cesse de parler de la série pour parler d'elle. Car si ce livre existe, c'est qu'elle n'a pas regardé Carrie de haut. Elle a été Carrie. Elle raconte s'être reconnue dans cette façon d'attendre un homme, de prendre ses silences pour de la profondeur, de transformer le peu qu'on lui donnait en grande histoire. Le Mister Big de la fiction avait ses équivalents dans sa propre vie, des hommes qu'elle a espérés plus qu'ils ne l'ont aimée.

Ce qui rend le propos touchant, c'est qu'elle n'accuse pas la série de l'avoir rendue malheureuse. Elle décrit plutôt un écho : la fiction a validé ce qu'elle ressentait déjà, lui a donné un langage et une noblesse. Si Carrie souffrait pour Big et que c'était ça, l'amour, alors sa propre souffrance avait du sens, un décor, un modèle à suivre. Les histoires qu'on aime ne nous programment pas de zéro — elles confirment, elles encouragent, elles disent que notre façon d'aimer est la bonne.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

04

Chapitre 4 — Quand les fictions écrivent nos attentes avant nous

Ce que Desjardins pointe à travers Mister Big dépasse largement une série. Son vrai sujet, c'est le pouvoir des récits sur notre imaginaire amoureux. On apprend à aimer en partie par imitation, et nos modèles ne viennent pas seulement de nos parents ou de nos amis — ils viennent des histoires qu'on consomme par milliers, depuis l'enfance, bien avant d'avoir aimé quiconque. Les contes avant les comédies romantiques, puis les séries : une longue chaîne de scénarios qui disent, en creux, comment un cœur est censé battre.

Or ces histoires ont un biais structurel : elles ont besoin de tension. Un couple qui s'aime tranquillement et le reste ne fait pas un bon scénario. Il faut des obstacles, des malentendus, des séparations, des retours. Le drame est le carburant de la fiction. Résultat : on nous a raconté, pendant des décennies, que l'amour qui vaut la peine est celui qui fait mal, et que la facilité est suspecte. Le conflit a été confondu avec la passion, l'incertitude avec le désir, le manque avec la preuve qu'on tient à quelqu'un.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

05

Conclusion

Carrie finit par épouser Big. Dans la mémoire des fans, c'est la victoire de l'amour patient, la preuve qu'il fallait y croire. Desjardins propose de regarder ce même dénouement autrement : non comme une récompense, mais comme la dernière preuve que le récit avait besoin de nous faire accepter dix ans d'abandons pour que le happy end ait du goût. Le bonheur final justifie rétroactivement tout ce qui a précédé, et c'est précisément ce tour de passe-passe qui rend le schéma invisible.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !