Je me choisis !
Poèmes sur le choix de soi
Description
Il y a des titres qui ressemblent à une porte qu'on pousse. "Je me choisis !" en est un : trois mots, un point d'exclamation, et déjà toute une posture. Christine Borel en a fait le fil d'un recueil de poèmes, où chaque texte travaille la même matière — ce moment où l'on cesse d'attendre une permission extérieure pour exister. Pas de manifeste, pas de mode d'emploi. Des vers, courts le plus souvent, qui cherchent moins à convaincre qu'à nommer. Le pari du livre tient dans cet écart : dire "je me choisis" en prose, c'est une affirmation ; le dire en poésie, c'est un travail.
On croit souvent que le choix de soi est une décision, un claquement de doigts intérieur après lequel tout irait mieux. Le recueil raconte l'inverse. Chez Borel, se choisir n'arrive pas d'un coup — ça passe par le corps, par le regard des autres, par les petites capitulations qu'on a prises pour de la gentillesse. Les poèmes avancent par touches, reviennent sur leurs pas, hésitent parfois. C'est ce tâtonnement qui les rend justes : on n'y trouve pas une femme déjà arrivée, mais une voix en train d'apprendre à se tenir debout dans sa propre phrase.
Reste à comprendre pourquoi ce thème, rebattu par mille comptes de développement personnel, trouve ici autre chose qu'une formule. La réponse se joue dans la forme autant que dans le propos — dans la façon dont la langue poétique prend un lieu commun et le rend de nouveau palpable, comme si on le découvrait pour la première fois.
La question que l’on se pose : Comment la poésie transforme-t-elle une formule de bien-être en un geste concret, sensible, vécu ?Ce que l’on va voir : On suit le fil des textes de Christine Borel, du premier éveil du "je" jusqu'à ce que l'affirmation de soi devient quand on la met en vers.
Sommaire
01 Chapitre 1 — Quand le "je" devient un verbe
Le recueil s'ouvre sur un pronom qui cherche sa place. Chez Borel, le "je" des premiers poèmes n'est pas sûr de lui : il se décrit beaucoup au passé, en creux, par ce qu'il a laissé faire. On y lit une voix qui a longtemps vécu à la troisième personne de sa propre existence — celle qu'on attend, celle qu'on arrange, celle qui dit oui pour avoir la paix. L'affirmation du titre, à ce stade, sonne presque comme une promesse qu'on se fait avant d'y croire vraiment.
Puis quelque chose bascule dans la grammaire. Le "je" cesse d'être un sujet qui subit pour devenir un sujet qui agit. "Je me choisis" : le verbe est réfléchi, il boucle sur lui-même, et c'est tout le propos. On ne se choisit pas contre quelqu'un, on se choisit comme on se tournerait enfin vers soi après des années de dos tourné. Les poèmes de cette première partie font entendre ce mouvement — la phrase qui, de plaintive, devient active.
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02 Chapitre 2 — Le corps, premier lieu du choix
Avant d'être une idée, se choisir est une affaire de peau. Le recueil y revient sans cesse : c'est dans le corps que les renoncements s'inscrivent d'abord, et c'est par lui qu'ils se défont. Borel écrit la fatigue de celles qui se tiennent droites par politesse, le ventre rentré, le sourire tenu. Ses poèmes nomment ces petites tensions quotidiennes qu'on finit par prendre pour sa forme naturelle, alors qu'elles sont des contorsions anciennes, apprises si tôt qu'on a oublié qu'elles étaient apprises.
Plusieurs textes travaillent le rapport au miroir, mais à rebours du cliché. Il ne s'agit pas de se trouver belle sur commande. Il s'agit de cesser de se regarder avec les yeux d'un autre — l'œil du juge, l'œil du magazine, l'œil de celui qu'on voulait séduire. La poète décrit ce moment précis où le reflet redevient un visage plutôt qu'une note à améliorer. Le choix de soi, ici, commence par un changement de regard, presque physique, comme si on desserrait quelque chose derrière les yeux.
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03 Chapitre 3 — Les autres, le miroir et la sortie du miroir
Se choisir ne se fait jamais dans le vide. Le recueil le sait, et la deuxième moitié des textes ramène constamment les autres dans le cadre : le conjoint, les parents, les amies, le regard social diffus qui dit à chacun où est sa place. Borel n'oppose pas le soi aux autres de façon simpliste. Elle montre plutôt comment on s'était construit, sans le vouloir, comme la somme des attentes d'autrui — bonne fille, bonne compagne, bonne collègue, toujours au bon endroit, toujours un peu en retrait de ses propres désirs.
Les poèmes les plus tendus du livre sont ceux de la négociation. Que faire quand se choisir déçoit ceux qu'on aime ? Borel ne tranche pas en faveur d'un repli égoïste ; elle refuse aussi le sacrifice automatique. Entre les deux, ses vers cherchent une relation où l'on peut rester soi sans claquer la porte. C'est un équilibre instable, et la poète ne prétend pas l'avoir trouvé pour toujours. Elle le cherche, poème après poème, avec une honnêteté qui désarme — y compris celle d'avouer les rechutes, les jours où l'on cède encore.
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04 Chapitre 4 — La poésie du oui à soi
Reste une question que le recueil pose sans la formuler : pourquoi en poèmes ? L'affirmation de soi est partout, déclinée en citations, en affiches, en applications qui envoient chaque matin leur dose de confiance. On pourrait croire le terrain saturé. Ce que "Je me choisis !" rappelle, c'est que la forme n'est pas neutre — que dire une chose vraie dépend de la manière dont on la dit, et que le même mot peut sonner creux ou plein selon le rythme qui le porte.
Le slogan de développement personnel fonctionne par assertion : il affirme, il rassure, il glisse. Le poème, lui, ralentit. Il force à peser chaque mot, à s'arrêter sur une image, à revenir en arrière. Chez Borel, cette lenteur est le vrai travail. Là où une maxime vous dit "aimez-vous" et passe à la suivante, le vers vous retient sur la sensation, sur le doute, sur le coût réel du geste. La poésie ne vend pas le choix de soi — elle en fait éprouver le grain, la résistance, le poids dans la bouche.
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05 Conclusion
Le recueil part d'un pronom hésitant et finit sur une voix qui tient debout dans sa phrase. Entre les deux, Christine Borel a déplié ce que trois mots pouvaient contenir : le coût d'un premier refus, la réconciliation avec un corps, la sortie du regard des autres, et la découverte que se choisir ne coupe pas des liens mais les rend plus justes. Rien de spectaculaire dans ce parcours — plutôt une série de petits déplacements, notés au fil des vers, qui finissent par former un mouvement.
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