Claude Debussy
Debussy, une biographie critique
Description
Le 22 août 1862, à Saint-Germain-en-Laye, naît un garçon dans une famille modeste qui n'a aucun lien avec la musique. Son père tient un commerce de faïence qui périclite, puis flirte avec la Commune, ce qui lui vaut la prison. Rien ne destine l'enfant à devenir l'un des compositeurs qui, plus que tout autre, ont fait bouger la langue même de la musique européenne. C'est pourtant ce qui arrive, et le musicologue François Lesure a passé une partie de sa vie à reconstituer le chemin exact, pièce par pièce, sans le vernis de la légende.
Sa biographie, longtemps considérée comme la référence sur Debussy, ne raconte pas un génie illuminé qui invente d'un coup une musique nouvelle. Elle suit une trajectoire bien plus prudente : un élève brillant mais rétif, un lauréat qui déteste les récompenses qu'on lui donne, un homme qui met vingt ans à se débarrasser de Wagner, de Massenet et des moules du Conservatoire. Lesure fouille les archives, les lettres, les factures, les contrats d'éditeur. Il corrige au passage pas mal d'anecdotes trop belles pour être vraies.
Ce qui en ressort, c'est le portrait d'un artiste qui avance par refus plus que par programme. Debussy ne cherche pas une théorie ; il cherche un son qu'il entend et que les règles en vigueur l'empêchent d'écrire. Toute sa vie tient dans cet écart entre ce qu'il veut faire entendre et ce que son époque tient pour correct.
La question que l’on se pose : Comment un lauréat du Conservatoire, formé dans les règles, a-t-il fini par en démonter les fondations harmoniques ?Ce que l’on va voir : Le parcours d'un musicien qui s'est libéré lentement de ses modèles, jusqu'à changer la façon dont un accord peut sonner.
Sommaire
01 Chapitre 1 — Un provincial doué et l'ombre du Conservatoire
L'enfance de Debussy n'a rien de confortable. La famille déménage souvent, l'argent manque, et c'est presque par hasard qu'une amie de la famille, Mme Mauté — qui se présentait comme une ancienne élève de Chopin, ce que Lesure invite à prendre avec des pincettes — lui donne ses premières leçons de piano. Le garçon se révèle très doué du clavier. En 1872, à dix ans, il entre au Conservatoire de Paris. Il y restera onze ans.
Lesure insiste sur un point : l'élève Debussy est brillant mais agaçant. Il excelle au piano, moins en solfège, et surtout il énerve ses professeurs par sa manière de chercher des accords interdits, de les plaquer pour le plaisir de les entendre, de demander pourquoi on ne peut pas enchaîner telle sonorité avec telle autre. Les témoignages recueillis par Lesure montrent un garçon qui teste les limites bien avant d'avoir une doctrine. Il ne provoque pas par pose ; il a l'oreille curieuse.
Téléchargez Dygest
pour avoir une expérience complète !
02 Chapitre 2 — Le passage par Rome et la lente sortie des modèles
Le prix de Rome offre au lauréat un séjour de plusieurs années à la Villa Médicis. Debussy y part fin 1884 et s'y ennuie profondément. Les lettres citées par Lesure disent le dégoût : le lieu lui pèse, la vie en pension d'artistes l'étouffe, il écourte le séjour et rentre à Paris. Rome n'a presque rien produit de ce qu'on attendait de lui. En revanche, il envoie à l'Académie des pièces qui déconcertent le jury officiel, ce qui le confirme dans son statut de talent irrégulier.
Le vrai travail se fait ailleurs, dans la fréquentation des poètes et des peintres parisiens. Debussy traîne dans les cercles symbolistes, lit Verlaine et Mallarmé, assiste aux fameux mardis de ce dernier. Lesure montre à quel point la littérature compte davantage que la musique de ses contemporains pour orienter son oreille. Ce qu'il cherche, c'est une musique qui suggère au lieu d'affirmer, à l'image des poèmes qu'il admire.
Téléchargez Dygest
pour avoir une expérience complète !
03 Chapitre 3 — Pelléas, et la musique qui refuse de conclure
Au cœur de la biographie de Lesure, il y a l'opéra d'une vie : Pelléas et Mélisande. Debussy découvre la pièce de Maurice Maeterlinck au milieu des années 1890 et y reconnaît aussitôt le livret qu'il cherchait sans le savoir. Un drame tout en sous-entendus, en silences, en phrases courtes, où rien n'est dit frontalement. Il se met au travail et y passera près de dix ans, reprenant, raturant, hésitant sur chaque scène.
Lesure détaille l'originalité radicale de l'entreprise. Debussy refuse l'opéra tel qu'on le pratique : pas de grands airs détachables, pas de morceaux de bravoure pour la vanité des chanteurs, pas de résolution appuyée. Le chant suit le rythme naturel de la parole française, à mi-chemin entre le dire et le chanter. L'orchestre enveloppe sans jamais écraser. C'est une musique qui accompagne l'ambiguïté du texte au lieu de la trancher.
Téléchargez Dygest
pour avoir une expérience complète !
04 Chapitre 4 — Ce que Debussy a défait dans l'harmonie
Au-delà du récit d'une vie, la biographie de Lesure cherche à mesurer ce que Debussy a réellement changé. Et ce changement se joue d'abord dans l'harmonie, c'est-à-dire la façon dont les accords s'enchaînent. Pendant des siècles, la musique occidentale avait fonctionné comme une grammaire à règles fixes : un accord dissonant devait se résoudre, une tension appelait un repos, tout mouvement tendait vers une tonalité centrale. Debussy a desserré cette obligation jusqu'à la faire sauter par endroits.
L'idée centrale que retient Lesure, c'est que Debussy traite l'accord comme une couleur plus que comme une fonction. Un accord, chez lui, n'est plus forcément un point de passage vers un autre. Il peut exister pour lui-même, pour sa sonorité propre, posé comme une touche de peinture. On le voit dans sa pratique des accords parallèles, qui glissent côte à côte sans se résoudre, chose que les manuels interdisaient formellement. On l'entend dans son usage des gammes par tons entiers, dépourvues de centre de gravité, qui suspendent le sentiment d'une direction.
Téléchargez Dygest
pour avoir une expérience complète !
05 Conclusion
Mort le 25 mars 1918, rongé par le cancer pendant que les obus allemands tombaient sur Paris, Debussy laisse une œuvre relativement mince en volume mais dense en conséquences. La biographie de Lesure refuse de la lire à l'envers, comme si tout avait convergé vers une révolution planifiée. Elle montre au contraire un homme qui tâtonne, qui déteste qu'on le classe, qui met des années à oublier ses maîtres, et qui finit par écrire la musique qu'il entendait depuis l'enfance au Conservatoire, quand il plaquait des accords défendus.
Téléchargez Dygest
pour avoir une expérience complète !