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Architecture, décoration et ameublement pendant le dix-huitième siècle

Ar­chi­tec­ture, décoration et ameublement pendant le dix-huitième siècle

Léon Roger-Milès

Le décor français au XVIIIe siècle

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Description

On entre dans un salon du XVIIIe siècle et on croit entrer dans un décor figé, une fois pour toutes — dorures, courbes, bois précieux, un luxe qui semble tomber du ciel de l'Ancien Régime d'un seul bloc. C'est l'erreur que Léon Roger-Milès, historien de l'art et critique du tournant du XXe siècle, s'emploie à défaire dans son étude sur l'architecture, la décoration et l'ameublement français de ce siècle-là. Pour lui, rien n'est figé. Un fauteuil de 1710 ne ressemble pas à un fauteuil de 1770, et cet écart n'est pas une affaire de goût isolé : c'est toute une société qui a changé de posture, au sens propre.

Son parti pris tient en une phrase : le meuble parle. La ligne d'un dossier, le galbe d'un pied, le choix d'une marqueterie disent comment on vivait, comment on recevait, qui commandait et à qui. Le décor français du XVIIIe n'est pas un catalogue d'objets rares — c'est une langue, avec sa grammaire, ses ruptures et ses retours. Roger-Milès la lit en continu, du relâchement qui suit la mort de Louis XIV jusqu'au raidissement de la fin de siècle, à la veille de la Révolution.

Ce qui rend sa lecture vivante, c'est qu'il refuse de séparer l'ébéniste du monde où il travaille. Derrière chaque style, il y a des ateliers, des commandes, une cour, des salons, une manière de se tenir et de se parler. Le décor devient une chronique sociale menée à hauteur de siège et de boiserie.

La question que l’on se pose : Pourquoi le mobilier et le décor d'un seul siècle ont-ils autant bougé, et que trahit ce mouvement sur la société qui les a produits ?Ce que l’on va voir : Comment un décor passe du relâchement à la fantaisie, puis au retour à l'ordre, et pourquoi chaque virage raconte autre chose que du mobilier.

Sommaire

01

Chapitre 1 — La Régence desserre le corset de Versailles

Louis XIV meurt en 1715, et avec lui s'éteint une certaine idée du décor : la majesté lourde, la symétrie imposée, le meuble conçu pour écraser celui qui le regarde autant que pour servir. Roger-Milès décrit le style Louis XIV comme une architecture de pouvoir, pensée depuis Versailles par un homme comme Charles Le Brun, où tout concourt à la grandeur du règne. Le siège y est un trône même quand il n'en est pas un. On s'y tient droit parce qu'on y est tenu.

La Régence, cette période de transition où Philippe d'Orléans gouverne pour le futur Louis XV encore enfant, change l'air. La cour quitte Versailles pour Paris, et Paris n'a pas les mêmes manières. On délaisse les galeries d'apparat pour des pièces plus petites, plus chaudes, faites pour la conversation et l'intimité plutôt que pour la représentation. Le meuble suit : il s'allège, ses lignes commencent à s'assouplir, la courbe pointe timidement là où régnait l'angle droit.

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02

Chapitre 2 — Rocaille : le règne de la courbe et du caprice

Avec le règne personnel de Louis XV, la tendance amorcée sous la Régence explose en un style que Roger-Milès décrit comme le sommet de l'invention décorative française : la rocaille, qu'on appellera plus tard rococo. Ici, la ligne droite est bannie presque partout. Tout est courbe, contre-courbe, galbe, asymétrie calculée. Le meuble ondule, les commodes bombent leur façade, les consoles s'enroulent comme des coquillages — la coquille, justement, devient le motif-signature du siècle.

L'auteur attache cette floraison à un monde précis : celui des petits appartements, des boudoirs, des salons où la société mondaine se replie sur elle-même pour jouir de la compagnie, de l'esprit et du plaisir. Le décor y est fait pour être vu de près, caressé, habité par un petit nombre. Les noms d'ébénistes commencent à compter pour eux-mêmes — on pense à Charles Cressent, maître de la commode galbée et des bronzes fondus comme des bijoux. Le meuble devient œuvre signée, non plus simple fourniture.

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03

Chapitre 3 — Le retour à la ligne droite, avant la tempête

Vers le milieu du siècle, le vent tourne. Roger-Milès situe la réaction dans les années qui précèdent le règne de Louis XVI, bien avant son avènement en 1774 : c'est sous Louis XV encore que la rocaille commence à lasser. On lui reproche sa mollesse, son excès, son refus de la règle. Les découvertes archéologiques de Pompéi et d'Herculanum, mises au jour à partir du milieu du siècle, relancent la fascination pour l'Antiquité et offrent un répertoire tout prêt à ceux qui veulent revenir à l'ordre.

Le style qu'on appellera Louis XVI naît de ce basculement. La ligne droite reprend ses droits. Le pied du meuble se redresse, cannelé comme une colonne antique ; les formes se font géométriques, le rectangle et l'ovale remplacent les galbes ; l'ornement se discipline en frises, en guirlandes, en nœuds de ruban sagement rangés. Roger-Milès décrit un décor qui retrouve la mesure, la clarté, une forme de noblesse apaisée après l'ivresse rocaille. Le meuble redevient lisible, chaque élément assume sa fonction sans se cacher sous la décoration.

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04

Chapitre 4 — Un meuble raconte toujours autre chose que lui-même

Si Roger-Milès tient tant à suivre le fil des styles, c'est qu'il refuse de voir dans le mobilier un simple objet de collectionneur. Pour lui, un fauteuil est un document. La manière dont on s'assoit, l'espace qu'on consacre à recevoir, la distance qu'un meuble impose ou abolit entre les personnes — tout cela dit l'état d'une société plus sûrement qu'un discours. Le décor français du XVIIIe devient, sous sa plume, une sociologie avant la lettre, lisible dans le galbe d'un pied ou la hauteur d'un dossier.

Le raisonnement est simple et puissant. Le style Louis XIV est le décor d'un pouvoir absolu qui se met en scène : tout y est hiérarchie, symétrie, tenue. La rocaille est le décor d'une société mondaine qui se replie dans l'intime, qui préfère le plaisir à la gloire et la conversation à l'apparat : le meuble s'assouplit parce que les mœurs s'assouplissent. Le retour au classicisme accompagne un désir d'ordre, de raison, de retenue, dans une époque qui sent confusément qu'elle a trop joui. À chaque fois, la forme suit la vie, pas l'inverse.

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05

Conclusion

D'un règne à l'autre, le décor français du XVIIIe siècle n'a cessé de bouger : la majesté raide de Louis XIV, le relâchement de la Régence, l'ivresse de courbes de la rocaille, puis le retour à la ligne droite juste avant la rupture de 1789. Roger-Milès refait ce chemin non pour classer des objets, mais pour montrer qu'un siècle de mœurs s'y laisse lire, de l'apparat à l'intime et retour. Chaque galbe, chaque cannelure, chaque marqueterie est la trace d'une façon de vivre, de recevoir, de se tenir.

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