Télécharger l'app

Scanne. C'est dans ta poche.

QR Code — Dygest

Ouvre l'app Appareil photo, pointe sur le code. C'est gratuit à l'essai.

Conversations d'un enfant du siècle

Conver­sa­tions d'un enfant du siècle

Frédéric Beigbeder

Beigbeder interroge les écrivains

Écouter l'extrait du podcast :
0:00 --:--

Description

Il y a une scène qui revient souvent sous la plume de Beigbeder : un dîner, un verre de trop, un auteur qu'il admire depuis l'adolescence assis en face de lui, et lui qui sort un carnet ou un dictaphone au moment où l'autre commençait à se détendre. Pendant une vingtaine d'années, entre les clubs parisiens et les studios de radio, l'auteur de 99 francs a fait ce métier parallèle dont on parle peu : interviewer des écrivains. Il en a tiré un livre, Conversations d'un enfant du siècle, qui rassemble ces rencontres sans trop les ranger.

Le titre fait un clin d'œil à Musset, La Confession d'un enfant du siècle, et ce n'est pas qu'une coquetterie. Beigbeder appartient à une génération qui a grandi en se demandant s'il restait quelque chose à écrire après les géants du XXe siècle, et ses entretiens tournent tous, de près ou de loin, autour de cette inquiétude. Il ne pose pas les questions d'un journaliste qui fait son travail. Il pose celles d'un lecteur qui a peur, d'un romancier jaloux, d'un fan qui voudrait savoir comment on fait.

Du coup, le livre devient autre chose qu'un recueil d'interviews. C'est un autoportrait en creux, dessiné par les visages des autres — et une manière détournée de demander à chacun ce que ça fait, au fond, d'avoir écrit les livres qu'on relit.

La question que l’on se pose : Qu'est-ce qu'un écrivain qui interroge d'autres écrivains cherche vraiment à leur voler ?Ce que l’on va voir : On suit Beigbeder de table en table, de Sollers à Houellebecq en passant par les morts qu'il n'a pas pu rencontrer, pour voir ce que l'entretien dit du métier d'écrire.

Sommaire

01

Chapitre 1 — Un chroniqueur mondain qui tutoie ses idoles

Avant d'être l'intervieweur du livre, Beigbeder est un personnage. Publicitaire reconverti, chroniqueur, animateur, membre des jurys littéraires, il connaît tout le monde et tout le monde le connaît. Cette position lui donne un accès que peu de journalistes ont : il ne demande pas une interview, il invite un ami à boire un coup. La plupart des conversations du livre naissent comme ça, dans une familiarité qui brouille d'emblée la frontière entre le travail et la vie sociale.

Ce statut est à double tranchant, et Beigbeder le sait. D'un côté, le tutoiement, les souvenirs partagés, les blagues internes font tomber la garde de ses interlocuteurs ; on sent des auteurs qui parlent plus librement que dans un entretien classique. De l'autre, il doit sans cesse se défendre du reproche d'être trop dedans, trop complice, incapable de la distance qu'exige la critique. Il répond en jouant la carte inverse : puisqu'il ne peut pas être neutre, il sera carrément partial, et il le revendique.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

02

Chapitre 2 — Les vivants qu'on croise entre deux cocktails

Le gros du livre, ce sont des rencontres avec des contemporains. Beigbeder va voir ceux de sa génération et ceux d'avant, les Français et les étrangers de passage à Paris. On croise des romanciers américains qu'il vénère, des figures du roman français, des auteurs à succès et des écrivains de niche. À chaque fois, le dispositif est le même : un lieu un peu décalé, un ton de conversation privée, et des questions qui reviennent toujours au même endroit — comment on écrit, pourquoi on continue, ce qu'on ressent quand le livre est fini.

Ce qui frappe, c'est la variété des réponses à des questions identiques. Certains auteurs jouent le jeu de la confidence, racontent leurs routines, leurs angoisses, leurs ratés. D'autres se dérobent, répondent à côté, transforment l'entretien en numéro. Beigbeder note tout, y compris ses propres échecs : les silences gênés, les moments où l'auteur refuse de jouer, les fois où lui-même boit trop et perd le fil. Il ne cache pas que l'interview est un art imparfait, souvent raté, et c'est ce qui le rend lisible.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

03

Chapitre 3 — Houellebecq, Sollers, et les fantômes de la littérature

Deux figures dominent le livre, pour des raisons opposées. Michel Houellebecq, d'abord, avec qui Beigbeder entretient une relation d'admiration ancienne. Les échanges avec lui sont parmi les plus tendus et les plus riches : Houellebecq répond par monosyllabes, laisse des silences énormes, refuse les grandes déclarations sur la littérature. Cette résistance oblige Beigbeder à abandonner ses tics d'intervieweur enthousiaste. Face à quelqu'un qui ne joue pas, l'admiration devient inutile ; il faut écouter autrement, et c'est là que la conversation devient intéressante.

Philippe Sollers occupe l'autre pôle. Lui parle, abondamment, brillamment, avec cette virtuosité de la citation et du paradoxe qui fait son personnage public. Beigbeder l'adore et se méfie en même temps du numéro. Sollers incarne une certaine idée de l'écrivain mondain, lettré, qui tient salon et transforme chaque entretien en performance. Entre le mutisme de l'un et le flux de l'autre, Beigbeder tient les deux versants d'une même question : qu'est-ce qu'un écrivain dit de vrai quand il parle de son travail, et qu'est-ce qu'il met en scène ?

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

04

Chapitre 4 — Ce que l'entretien vole à l'écrivain

À force de multiplier les conversations, le livre finit par poser une question qui dépasse chacun de ses invités : à quoi sert, au juste, de faire parler un écrivain de son travail ? L'exercice repose sur un pari douteux — que l'auteur saurait expliquer ce qu'il fait. Or écrire et dire comment on écrit sont deux métiers différents. Beigbeder le constate à chaque page : les plus grands sont parfois les plus maladroits à se commenter, et les plus éloquents sur leur art ne sont pas toujours ceux qui écrivent les meilleurs livres.

L'entretien révèle alors un décalage permanent entre l'œuvre et la parole. L'écrivain au travail est seul, lent, incertain ; l'écrivain qui répond à une question est en représentation, pressé de trouver une formule. Ce qu'il livre, ce n'est pas le secret du livre, c'est une version présentable de ce secret. Beigbeder, qui est lui-même romancier, sait reconnaître cette fabrication. Il la débusque chez les autres parce qu'il la pratique sur lui-même, et c'est ce double statut qui rend ses questions plus perçantes que celles d'un journaliste.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

05

Conclusion

À la fin, les Conversations d'un enfant du siècle ressemblent moins à un recueil d'interviews qu'à un long questionnaire adressé à la littérature, où Beigbeder se range lui-même parmi les interrogés. Il a passé vingt ans à demander aux autres comment on tient debout quand on écrit, et le livre est la somme de réponses qui ne se recoupent jamais tout à fait. Chaque auteur a sa parade, son silence ou son bavardage, sa façon de protéger le point d'où sortent ses livres.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !