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Making China Modern

Making China Modern

Klaus Mühlhahn

La Chine moderne, des Qing à Xi

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Description

On regarde souvent la Chine d'aujourd'hui comme une anomalie surgie de nulle part : un pays pauvre et fermé dans les années 1970, devenu en quarante ans la deuxième économie du monde. Comme si tout avait commencé avec Deng Xiaoping et quelques zones économiques spéciales. C'est le récit pratique, celui des magazines économiques. Klaus Mühlhahn, historien allemand spécialiste de la Chine, en propose un autre dans un gros bouquin paru en 2019, Making China Modern. Sa thèse tient en une idée simple et têtue : pour comprendre la Chine de 2020, il faut remonter à 1644.

Mühlhahn refuse la coupure nette entre la Chine « impériale » et la Chine « moderne ». À ses yeux, la dynastie Qing, l'effondrement du XIXe siècle, la République chaotique, Mao et Deng ne sont pas des épisodes séparés mais les chapitres d'une même longue tentative : construire un État capable de tenir un territoire immense et une population énorme, face à l'extérieur qui pousse. Les institutions se cassent, se reforment, se recyclent. Rien ne repart jamais tout à fait de zéro.

Ce qui rend cette lecture intéressante, c'est qu'elle change ce qu'on voit. Là où l'on croyait discontinuité, Mühlhahn montre des fils qui courent sur deux siècles et demi — des méthodes de gouvernement, des blessures, des réflexes. Et une mémoire qui, aujourd'hui encore, oriente les décisions prises à Pékin.

La question que l’on se pose : Et si la Chine de Xi Jinping n'était pas une rupture avec son passé impérial, mais la suite d'une même histoire commencée sous les Qing ?Ce que l’on va voir : Comment un empire qui fonctionnait s'est effondré, s'est reconstruit par la violence, puis s'est rouvert au monde — et ce que ce long récit continue de dire sur la Chine d'aujourd'hui.

Sommaire

01

Chapitre 1 — Un empire qui marchait, jusqu'à ce qu'il craque

Mühlhahn commence là où peu d'histoires de la Chine « moderne » commencent : au XVIIIe siècle, au sommet de la dynastie Qing. Et il tient à corriger une image tenace, celle d'un empire figé, arriéré, endormi sur ses traditions. Rien de plus faux, selon lui. La Chine des Qing, au milieu du XVIIIe siècle, est l'une des sociétés les plus riches, les plus peuplées et les mieux administrées de la planète. Sous l'empereur Qianlong, l'empire double presque sa superficie, absorbe le Xinjiang, le Tibet, la Mongolie. La population passe d'environ 150 millions à plus de 400 millions en un siècle.

Ce qui frappe Mühlhahn, c'est la sophistication de la machine. Un système d'examens impériaux qui recrute les fonctionnaires sur le mérite lettré, une bureaucratie qui fait circuler des rapports détaillés sur les récoltes et les prix, des greniers publics pour parer aux famines, une monnaie et des marchés intégrés sur des milliers de kilomètres. L'État Qing gouverne un territoire plus vaste que l'Europe avec une administration d'une finesse que beaucoup d'États européens de l'époque n'atteignaient pas.

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02

Chapitre 2 — Un siècle d'ef­fon­dre­ment et de guerres

Le choc a un nom que les historiens chinois retiennent encore : le « siècle des humiliations ». Il s'ouvre avec les guerres de l'opium. Dans les années 1830, les marchands britanniques écoulent en Chine de l'opium produit en Inde pour équilibrer leur commerce. Quand Pékin tente d'y mettre fin, Londres envoie sa flotte. La défaite de 1842 débouche sur le traité de Nankin : cession de Hong Kong, ouverture forcée de ports, indemnités. Une seconde guerre, dans les années 1850, enfonce le clou. D'autres puissances suivent, chacune arrachant ses concessions.

Mühlhahn montre que le plus dévastateur ne vient pas de l'extérieur mais de l'intérieur. La révolte des Taiping, entre 1850 et 1864, menée par un homme se disant frère de Jésus, ravage le sud du pays et fait, selon les estimations, entre vingt et trente millions de morts — l'un des conflits les plus meurtriers de l'histoire humaine. L'État Qing survit, mais épuisé, et de plus en plus dépendant des armées régionales qui l'ont sauvé.

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03

Chapitre 3 — Mao, ou refaire l'État par le haut

En 1949, quand Mao proclame la République populaire, le récit officiel dit que le peuple chinois « s'est relevé ». Mühlhahn lit l'événement dans la continuité de tout ce qui précède : après un siècle de fragmentation, un pouvoir central reprend enfin le contrôle du territoire et impose sa volonté d'un bout à l'autre du pays. C'est d'abord ça, la victoire communiste — une reconstruction de l'État, plus qu'une pure révolution sociale.

Les premières années impressionnent même les observateurs sceptiques. Réforme agraire, alphabétisation, contrôle de l'inflation, reconstruction des infrastructures : l'appareil du Parti pénètre la société jusqu'au village, plus profondément qu'aucun État chinois avant lui. Mühlhahn souligne cette capacité d'encadrement inédite, cette manière de mobiliser des centaines de millions de personnes autour d'objectifs fixés au sommet.

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04

Chapitre 4 — Deng et l'atelier du monde

Deng Xiaoping arrive au pouvoir à la fin des années 1970 avec une conviction simple : le maoïsme a démontré les limites de la volonté pure. Il faut du pragmatisme. Sa formule reste célèbre — peu importe que le chat soit noir ou blanc, pourvu qu'il attrape les souris. Concrètement : décollectiviser l'agriculture, autoriser des entreprises privées, ouvrir des zones économiques spéciales où le capital étranger peut venir produire. La croissance qui suit est vertigineuse.

Mühlhahn refuse pourtant de traiter la réforme dengiste comme un miracle né de rien. Elle s'appuie, insiste-t-il, sur tout ce que les décennies précédentes avaient laborieusement construit : un État qui tient le territoire, une main-d'œuvre alphabétisée, une administration capable de piloter, une paix intérieure retrouvée. Sans l'État maoïste, pas d'atelier du monde dengiste. La rupture affichée cache une continuité profonde d'institutions et de compétences accumulées.

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05

Conclusion

Ce que fait Mühlhahn, en refusant les coupures nettes, c'est rendre lisible un mouvement d'ensemble. Des Qing à Xi, une même question traverse deux siècles et demi : comment tenir un pays-continent, avec une population démesurée, face à un monde extérieur qui pousse ? Chaque régime a répondu à sa manière, en cassant et en reconstruisant les institutions du précédent, sans jamais repartir tout à fait de zéro. La Chine d'aujourd'hui est faite de ces couches accumulées.

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