Télécharger l'app

Scanne. C'est dans ta poche.

QR Code — Dygest

Ouvre l'app Appareil photo, pointe sur le code. C'est gratuit à l'essai.

Leçons de culture générale, Sagesse, Science, Savoir

Leçons de culture générale, Sagesse, Science, Savoir

Thierry Laude

Sagesse, science et savoir en regard

Écouter l'extrait du podcast :
0:00 --:--

Description

Dans un oral de concours, on tombe un jour sur une question qui a l'air anodine : « La science nous rend-elle plus sages ? » Le candidat qui aligne des faits — la vitesse de la lumière, la date de la découverte de l'ADN, le nom d'un prix Nobel — passe à côté. Celui qui s'en tire n'est pas forcément le plus savant : c'est celui qui a senti que les trois mots de la question ne jouent pas dans la même catégorie. Science, savoir, sagesse : on les range volontiers côte à côte, comme s'ils formaient une famille de mots gentils. Thierry Laude, dans ses Leçons de culture générale, prend justement le pari inverse.

Son geste consiste à tenir ces trois notions à distance les unes des autres, puis à les regarder se répondre. La sagesse est vieille comme la philosophie grecque et elle engage une manière de vivre. La science est moderne, elle se démontre et accepte d'avoir tort. Le savoir, lui, s'accumule, se transmet, encombre parfois. On a tendance à croire qu'ils pointent tous vers le même horizon — comprendre mieux pour vivre mieux. Laude montre qu'ils ne se recouvrent jamais tout à fait, et que c'est précisément dans leurs écarts que se loge la culture générale.

Le pari est moins scolaire qu'il n'en a l'air. Derrière l'exercice de dissertation, il y a une question qu'on se pose tous à un moment : à quoi sert, au fond, tout ce qu'on apprend ? Est-ce que ça nous rend plus lucides, ou juste mieux renseignés ? La distinction entre savoir et sagesse a plus de deux mille ans, et elle n'a rien perdu de son tranchant à l'époque où tout se cherche en trois secondes.

La question que l’on se pose : Science, savoir et sagesse pointent-ils vraiment vers le même but, ou sont-ils trois choses qu'on a pris l'habitude de confondre ?Ce que l’on va voir : Comment un professeur de culture générale remet chacune de ces trois notions à sa place, et ce que leurs écarts révèlent de ce qu'on appelle « être cultivé ».

Sommaire

01

Chapitre 1 — La sagesse, un savoir qui engage celui qui le porte

Laude part de l'origine grecque, et elle n'est pas décorative. La philosophie — philo-sophia — se traduit littéralement par « amour de la sagesse », pas « possession » de la sagesse. Le détail compte. Socrate, qui passe pour le plus sage des Athéniens d'après l'oracle de Delphes, répond que s'il l'est, c'est seulement parce qu'il sait qu'il ne sait rien. La sagesse grecque commence donc par un aveu d'ignorance, ce qui est contre-intuitif quand on l'associe spontanément à une forme de savoir supérieur.

Ce que la sagesse ajoute au savoir, c'est l'engagement de celui qui la porte. On peut connaître par cœur les préceptes stoïciens et vivre en lâche ; on ne peut pas être sage et vivre à côté de ce qu'on dit. Les stoïciens, Épictète en tête, insistent là-dessus : la philosophie n'est pas un discours sur la vie, c'est un exercice de vie. La sagesse se mesure aux actes, pas aux citations. C'est ce qui la distingue d'emblée de l'érudition.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

02

Chapitre 2 — La science, ou le savoir qui se démontre et s'oublie

La science, chez Laude, se définit moins par ce qu'elle sait que par la manière dont elle le sait. Un énoncé scientifique n'a pas pour vocation d'être cru : il doit pouvoir être vérifié, reproduit, et surtout contredit. C'est l'apport décisif que le philosophe Karl Popper a formulé au XXe siècle : une proposition n'est scientifique que si elle est réfutable, c'est-à-dire si l'on peut imaginer une expérience qui la mettrait en défaut. Ce qui ne peut jamais être démenti ne relève pas de la science.

Cela donne à la science une relation étrange à son propre savoir : elle est faite pour être dépassée. La physique de Newton a tenu deux siècles avant qu'Einstein ne montre qu'elle était un cas particulier, valable aux vitesses ordinaires et faux aux vitesses extrêmes. Newton n'a pas été puni, il a été relégué à son domaine de validité. Le savoir scientifique progresse en abandonnant des morceaux de lui-même, ce qui est exactement le contraire de la sagesse, laquelle vieillit sans se périmer. On ne dira jamais qu'Épictète est « dépassé ».

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

03

Chapitre 3 — Le savoir érudit, entre ac­cu­mu­la­tion et jugement

Reste le savoir au sens le plus large : ce qu'on connaît, ce qu'on a lu, ce qu'on retient. Laude le traite comme le terme le plus ambigu des trois, parce qu'il peut tout aussi bien désigner l'érudition la plus vivante que l'accumulation la plus stérile. Montaigne avait déjà la formule : mieux vaut une tête bien faite qu'une tête bien pleine. Le savoir seul ne garantit rien ; un esprit encombré de connaissances mal reliées n'est pas plus lucide qu'un esprit vide, parfois moins.

Le point de bascule, dans le livre, c'est le jugement. Un savoir devient culture quand il cesse d'être un stock pour devenir une capacité à relier, à comparer, à situer. Savoir que la Révolution française commence en 1789 est une information ; comprendre pourquoi cette date fait rupture, et ce qu'elle doit aux Lumières comme aux famines, relève d'un autre ordre. Laude ne méprise pas la mémoire des faits — elle est le matériau — mais il refuse qu'on la prenne pour la culture elle-même. La date est le point d'appui, pas l'arrivée.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

04

Chapitre 4 — Pourquoi on les confond, et pourquoi ça compte

Si Laude tient à séparer ces trois notions, c'est que la culture générale n'est pas, pour lui, une somme de connaissances. C'est une capacité d'orientation. Être cultivé, ce n'est pas tout savoir — personne ne tout sait — c'est savoir de quel ordre relève chaque chose qu'on rencontre. Reconnaître qu'une affirmation est un fait vérifiable, un jugement de valeur, une croyance ou une sagesse pratique, c'est déjà la moitié du travail intellectuel. La confusion des registres, à l'inverse, est la source la plus discrète des faux débats.

On le voit dès qu'un sujet public mélange les trois sans le dire. Une controverse sur la santé, le climat ou l'éducation convoque simultanément des données scientifiques, des choix de valeurs et des représentations héritées. Celui qui n'a pas appris à démêler ce qui relève de la mesure et ce qui relève de la décision prend une opinion pour une preuve, ou une preuve pour une opinion. La culture générale, dans l'acception de Laude, sert exactement à cela : empêcher qu'un ordre de discours se déguise en un autre.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

05

Conclusion

On repart de l'oral de concours et de sa question piège : la science nous rend-elle plus sages ? La réponse que dessinent les Leçons de Laude n'est ni oui ni non, c'est un déplacement. La science nous rend plus savants sur le monde, et c'est considérable ; elle ne nous apprend pas comment nous y tenir, et ce n'est pas son rôle. Le savoir, lui, peut servir les deux, à condition d'être trié par le jugement. La sagesse demande autre chose encore, qui engage une vie et qu'aucune démonstration ne délivre.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !