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Le Corbusier

Le Corbusier

Rémi Baudouï

Le Corbusier et ses idées politiques

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Description

En 1965, un homme de soixante-dix-sept ans se noie dans la Méditerranée, au large de Roquebrune-Cap-Martin, en nageant seul comme chaque matin. André Malraux, alors ministre de la Culture, lui organise des funérailles nationales dans la cour du Louvre. On rend hommage à l'architecte le plus célèbre du siècle, celui qui a redessiné l'idée même d'habiter. Charles-Édouard Jeanneret, dit Le Corbusier, est devenu une institution de son vivant.

Dans son livre consacré au personnage, l'historien Rémi Baudouï refuse pourtant la statue lisse. Il suit un fil moins confortable : derrière les immeubles sur pilotis, les toits-terrasses et les fenêtres en bandeau, il y a un homme qui n'a jamais séparé l'acte de construire de l'ambition de refaire la société. Le Corbusier ne voulait pas seulement de belles maisons. Il voulait un ordre nouveau, et il a cherché, sa vie durant, les pouvoirs capables de le lui offrir.

C'est là que le portrait se complique. L'inventeur de la Cité radieuse a courtisé des régimes très différents, de Moscou à Vichy, au nom d'une même conviction : seul un pouvoir fort pouvait imposer son plan. Baudouï raconte cet entrelacs d'un génie formel et d'un aveuglement politique sans le résoudre d'un trait de plume.

La question que l’on se pose : Comment l'homme qui a réinventé l'habitat moderne a-t-il pu se croire indifférent à la couleur des pouvoirs auxquels il offrait ses services ?Ce que l’on va voir : Un parcours qui va de l'invention d'un nom et d'un style à la pierre des grands chantiers, puis à ce que les engagements de l'architecte révèlent de son métier même.

Sommaire

01

Chapitre 1 — Un Suisse qui invente un nom et un monde

Avant d'être Le Corbusier, il est Charles-Édouard Jeanneret, né en 1887 à La Chaux-de-Fonds, dans le Jura suisse horloger. Il n'a pas de diplôme d'architecte au sens académique. Il apprend en regardant, en voyageant, en dessinant. Baudouï insiste sur ce point : le mythe commence par une autoformation méthodique, presque obsessionnelle. Le jeune homme parcourt l'Allemagne, l'Orient, l'Italie, remplit des carnets, observe les Chartreuses toscanes autant que les silos à grain américains.

Le pseudonyme arrive autour de 1920, quand il lance avec le peintre Amédée Ozenfant la revue L'Esprit nouveau. Jeanneret signe ses textes d'architecture Le Corbusier, variation sur un nom de famille maternel. Le geste n'est pas anodin. Se rebaptiser, c'est se fabriquer en personnage public, se détacher de l'artisan provincial pour devenir une marque, une position dans le débat. Baudouï lit là le premier acte d'une construction de soi aussi travaillée que ses bâtiments.

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02

Chapitre 2 — La maison comme machine, la ville comme plan

Des premières villas des années 1920 jusqu'aux grands ensembles d'après-guerre, l'œuvre bâtie décline une même grammaire. Baudouï la ramène aux cinq points d'une architecture nouvelle que Le Corbusier formalise en 1927 : les pilotis qui libèrent le sol, le toit-terrasse rendu au jardin, le plan libre que le béton armé permet, la fenêtre en longueur, la façade libre. Ce ne sont pas des caprices de dessinateur. C'est un système, pensé pour être reproductible.

La Villa Savoye, à Poissy, achevée vers 1931, en est le manifeste bâti : une boîte blanche posée sur ses piliers, ouverte par une rampe intérieure, baignée de lumière. L'objet est devenu une icône. Mais Le Corbusier ne rêve pas de villas pour riches amateurs. Son vrai sujet, c'est la masse, le logement du plus grand nombre, et donc la ville entière.

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03

Chapitre 3 — Chandigarh, ou le béton d'une idée

Pendant la majeure partie de sa vie, Le Corbusier aura surtout bâti des fragments. Les grands plans urbains restaient sur le papier, faute d'un commanditaire assez puissant pour les imposer. Puis, au début des années 1950, l'occasion de sa vie surgit d'un endroit inattendu : l'Inde fraîchement indépendante.

Après la partition de 1947, l'État indien du Pendjab a perdu sa capitale, Lahore, passée au Pakistan. Nehru, Premier ministre, veut une ville neuve, symbole d'un pays tourné vers l'avenir et libéré du poids colonial. Chandigarh doit être cette capitale sortie de rien. Le Corbusier, appelé après d'autres, reprend le projet et dessine le plan d'ensemble ainsi que les grands bâtiments du Capitole.

Baudouï montre un Le Corbusier enfin libre d'appliquer ses principes à grande échelle, avec l'aval d'un pouvoir politique décidé. La ville est découpée en secteurs rectangulaires, hiérarchie des voies strictement codifiée, fonctions séparées. Au nord, le Capitole regroupe l'Assemblée, le Secrétariat et la Haute Cour dans un paysage de béton brut, de plans d'eau et de symboles — la fameuse Main ouverte, emblème de la ville.

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04

Chapitre 4 — Les fré­quen­ta­tions d'un homme pressé de bâtir

Le fil que Baudouï ne lâche jamais, c'est celui-ci : pour imposer un plan total, il faut un pouvoir capable de passer outre les résistances. Or Le Corbusier a cherché ce pouvoir partout, sans trop regarder sa nature. Dans les années 1920, il espère séduire l'Union soviétique et construit à Moscou le bâtiment du Centrosoyouz. La modernité révolutionnaire lui paraît un terrain fertile pour ses idées.

Les années 1930 marquent une dérive plus sombre. Le Corbusier se rapproche des milieux du régionalisme syndicaliste et d'une mouvance autoritaire qui rêve d'un ordre technicien au-dessus des partis. Baudouï retrace ses contacts, ses revues, ses textes où l'admiration pour l'efficacité d'un pouvoir fort affleure sans détour. L'architecte ne pense pas en termes politiques : il pense en termes de chantier possible.

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05

Conclusion

Au terme du portrait, Le Corbusier reste deux choses à la fois sans que l'une annule l'autre. Un inventeur de formes dont les pilotis, les toits-terrasses et les unités d'habitation ont durablement changé notre manière de loger, et un homme qui a passé sa vie à chercher le pouvoir assez fort pour imposer ses plans, jusqu'à frapper aux portes les plus sombres de son siècle. Baudouï refuse le tri commode entre le génie et l'homme : les deux sortent de la même source, cette certitude de savoir mieux que les habitants ce qui est bon pour eux.

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