Télécharger l'app

Scanne. C'est dans ta poche.

QR Code — Dygest

Ouvre l'app Appareil photo, pointe sur le code. C'est gratuit à l'essai.

L'art dans la parure et dans le vêtement

L'art dans la parure et dans le vêtement

Charles Blanc

Quand le vêtement devient un art

Écouter l'extrait du podcast :
0:00 --:--

Description

En 1875, un critique d'art français déjà célèbre pour avoir dirigé l'administration des Beaux-Arts publie un bouquin qui détonne dans sa bibliographie. Charles Blanc, l'homme qui avait signé une Grammaire des arts du dessin saluée comme une bible de la peinture et de l'architecture, consacre un volume entier à un sujet que ses pairs regardaient de haut : la façon dont on s'habille, se coiffe, se tatoue, se farde. Le titre annonce la couleur sans détour : L'art dans la parure et dans le vêtement. Un académicien qui prend au sérieux le chapeau, le corset et le bijou.

L'affaire n'allait pas de soi. Au XIXe siècle, la parure relevait de la frivolité, du commerce, de l'ornement féminin — tout sauf des Beaux-Arts avec majuscules. Blanc, lui, pose l'hypothèse inverse. Le vêtement n'est pas un accessoire de la vie sociale, c'est une œuvre que le corps porte et déplace. Et comme toute œuvre, il obéit à des lois : des proportions, des harmonies de couleur, une logique de lignes. Reste à les décrire, comme on décrirait celles d'un temple ou d'un tableau.

L'enjeu dépasse la garde-robe. Derrière la broderie et le plissé, Blanc cherche à savoir jusqu'où s'étend le domaine de l'art — et ce qui sépare celui qui crée du simple ouvrier qui exécute. Un siècle avant que la haute couture ne revendique son rang d'art, un critique essaie d'en poser les fondations théoriques, avec le sérieux d'un traité et l'œil d'un homme qui a passé sa vie devant des toiles.

La question que l’on se pose : Un critère aussi intime et changeant que la manière de s'habiller peut-il relever de l'art, avec ses lois propres, au même titre qu'une statue ou une façade ?Ce que l’on va voir : Comment un théoricien des Beaux-Arts a tenté de hausser la parure au rang d'art, et ce que cette ambition révèle d'un siècle qui cherchait partout des règles.

Sommaire

01

Chapitre 1 — Charles Blanc et l'idée d'une grammaire de la parure

Charles Blanc n'est pas un amateur qui s'égare. Né en 1813, frère du socialiste Louis Blanc, il a dirigé par deux fois l'administration des Beaux-Arts en France, fondé la Gazette des beaux-arts, et surtout publié en 1867 une Grammaire des arts du dessin qui a formé des générations de regards. L'idée qui traverse toute son œuvre est simple et têtue : les arts obéissent à des lois qu'on peut énoncer, enseigner, transmettre. Le beau n'est pas un mystère, c'est une grammaire.

Quand il se tourne vers la parure, il applique la même méthode. Là où ses contemporains voyaient un terrain de caprices, de modes et de dépenses, Blanc cherche une structure. Il remonte aux origines : avant de se vêtir pour se protéger, l'homme s'est paré pour se distinguer. Le tatouage, la peinture corporelle, le bijou précèdent souvent le vêtement utile. La parure est donc, selon lui, un besoin plus ancien et plus profond que le simple abri contre le froid — une manière de signifier, de hiérarchiser, de séduire.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

02

Chapitre 2 — La parure comme art, le vêtement comme ar­chi­tec­ture mobile

Le cœur de l'ouvrage, c'est l'analyse des moyens. Blanc traite le corps habillé comme un artiste traite sa matière. La couleur, d'abord : il transpose à la toilette les lois du contraste simultané qu'avait formulées le chimiste Chevreul quelques décennies plus tôt, et qui fascinaient aussi les peintres. Une couleur en appelle une autre, l'avive ou l'éteint. Un teint se réchauffe ou se flétrit selon l'étoffe qu'on pose contre lui. Choisir une robe, dans cette logique, c'est résoudre un problème d'harmonie coloriste, pas suivre une fantaisie.

La ligne ensuite. Blanc compare volontiers le vêtement à une architecture — mais une architecture mobile, qui marche, s'assied, se retourne. Les plis d'une étoffe sont des colonnes souples ; la silhouette dessine une façade qui change à chaque pas. Il admire les drapés antiques, où le tissu suit le corps et révèle le mouvement, et il se méfie des constructions rigides qui emprisonnent. La beauté d'un vêtement tient à l'accord entre l'étoffe et le geste qu'elle laisse vivre.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

03

Chapitre 3 — Les lois du goût contre les caprices de la mode

Reste l'objection qui menace tout le projet : si le vêtement est un art, pourquoi change-t-il sans cesse ? Un temple grec traverse les siècles ; une robe est démodée en une saison. Blanc affronte la question de front, et sa réponse dessine le véritable adversaire du livre — la mode.

Il distingue soigneusement le goût de la mode. Le goût, pour lui, repose sur des lois stables : les harmonies de couleur, les proportions du corps, l'accord de la ligne et du mouvement ne varient pas avec les années. La mode, elle, est le règne de la nouveauté pour la nouveauté, du changement qui ne cherche qu'à se distinguer de la veille. Elle obéit non à la beauté mais à la vanité, au désir de n'être pas en retard, parfois au simple intérêt des marchands qui vivent du renouvellement.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

04

Chapitre 4 — Le vêtement au banc d'essai de l'es­thé­tique du XIXe siècle

Replacé dans son siècle, le livre de Blanc cesse d'être une curiosité pour devenir un symptôme. Le XIXe siècle français est hanté par l'idée de régler l'art. Chevreul codifie les lois de la couleur, Viollet-le-Duc veut rationaliser l'architecture gothique, les écoles enseignent la composition comme une science. Dans ce climat, vouloir une grammaire de la toilette n'a rien d'extravagant : c'est l'extension logique d'un rêve d'époque, celui d'un beau démontrable, enseignable, à l'abri du hasard et du mauvais goût.

C'est aussi l'époque où les objets du quotidien entrent dans le débat esthétique. Les grandes expositions universelles mettent côte à côte tableaux et meubles, bijoux et machines, et posent une question qui ne cesse de revenir : l'art s'arrête-t-il au cadre et au socle, ou descend-il dans la vie ordinaire ? En Angleterre, au même moment, des voix comme celle de John Ruskin et bientôt de William Morris plaident pour qu'on cesse de mépriser les arts dits mineurs. Blanc participe, à sa manière française et académique, de ce même mouvement.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

05

Conclusion

Ce que Charles Blanc a tenté, c'est d'appliquer à la façon de s'habiller le sérieux qu'un critique réserve à la peinture et à l'architecture. Lois de la couleur, proportions du corps, accord de la ligne et du mouvement, méfiance envers les caprices de la mode : son traité construit une véritable esthétique de la parure, là où ses contemporains ne voyaient qu'ornement et dépense. Le vêtement, chez lui, devient une architecture que l'on porte, un problème de composition qui se résout sur le corps vivant.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !