LA GAUCHE EN PERDITION - LFI, EELV, NUPES... LA GRANDE DERIVE
Une critique de la gauche française
Description
François Pupponi a passé plus de vingt ans comme maire de Sarcelles, une ville de la banlieue nord de Paris qu'on cite dans tous les débats sur les quartiers sans toujours y mettre les pieds. Socialiste de longue date, élu local avant d'être député, il a grandi politiquement dans un parti qui se pensait naturellement du côté des quartiers populaires. En 2022, il publie un livre dont le titre claque comme un constat de rupture : la gauche qu'il a servie, dit-il, a dérivé — et il n'arrive plus à monter dans le bateau.
Le livre n'est pas un pamphlet de transfuge amer, ou du moins il refuse de se présenter ainsi. C'est l'ouvrage d'un homme qui dit avoir regardé, année après année, un camp politique changer de centre de gravité. La France insoumise de Jean-Luc Mélenchon, les écologistes d'EELV, l'alliance NUPES scellée au printemps 2022 : pour Pupponi, ces noms racontent une même histoire, celle d'une gauche qui aurait troqué sa grammaire sociale contre autre chose. Lui est resté sur le quai, et il tient à expliquer pourquoi.
Lire ce livre, c'est donc entrer dans une querelle de famille — celle d'un courant qui s'est longtemps cru propriétaire du mot « peuple » et qui se déchire sur ce que ce mot recouvre encore. Pupponi écrit en situation : élu de terrain, confronté au communautarisme et à l'islamisme dans sa propre ville, il parle d'un endroit précis plutôt que d'une tribune abstraite. C'est ce qui donne à sa charge son relief, et aussi ses angles morts.
La question que l’on se pose : Qu'est-ce qui pousse un socialiste de banlieue, maire pendant deux décennies, à écrire que sa propre gauche a « déraillé » ?Ce que l’on va voir : Le regard d'un élu de terrain sur ce qu'il appelle la grande dérive de la gauche française — et la place qu'il revendique une fois le constat posé.
Sommaire
01 Chapitre 1 — Un maire de banlieue qui ne se reconnaît plus
Pour comprendre d'où parle Pupponi, il faut commencer par Sarcelles. Il en devient maire en 1997, à la suite de Dominique Strauss-Kahn, et le reste jusqu'en 2017. Vingt ans dans une ville-laboratoire de la diversité française, avec ses grands ensembles, sa mosaïque de communautés, ses tensions et ses réussites. C'est là que se forge sa conviction centrale : la gauche doit parler aux habitants des quartiers de leurs problèmes concrets — logement, école, emploi, sécurité — et pas d'abord de leur identité.
Le livre est écrit de ce point de vue, celui de l'élu qui gère le quotidien. Pupponi insiste sur un décalage qu'il dit avoir vécu physiquement : plus il avançait dans son mandat, plus le discours national de la gauche lui semblait s'éloigner de ce que ses administrés lui disaient dans les permanences. Pendant que lui parlait de rénovation urbaine et de mixité, une partie de son camp, selon lui, se mettait à parler un langage qu'il ne reconnaissait pas, fait de postures et de surenchères.
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02 Chapitre 2 — Le tournant que Pupponi date et nomme
Pupponi ne se contente pas d'un vague sentiment de dérive ; il cherche à la dater. Pour lui, le basculement se cristallise autour de la montée en puissance de La France insoumise après 2017 et, surtout, de la constitution de la NUPES au printemps 2022. Cette alliance, nouée pour les élections législatives entre les Insoumis, les socialistes, les écologistes et les communistes, place selon lui Jean-Luc Mélenchon et son mouvement en position de leadership idéologique. C'est ce rapport de force qu'il juge fatal.
Son reproche à LFI n'est pas seulement stratégique, il est de fond. Pupponi décrit un mouvement qui, à ses yeux, aurait fait le choix de courtiser un électorat des quartiers en flattant une rhétorique victimaire et en ménageant, par calcul ou par aveuglement, des formes de communautarisme. Il emploie des mots durs : clientélisme, complaisance face à l'islamisme politique. Ce sont des accusations lourdes, qu'il assume comme le cœur de sa charge, et qui expliquent la violence des réactions qu'elles ont suscitées dans le camp visé.
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03 Chapitre 3 — Ce que la gauche aurait troqué : l'ouvrier contre le minoritaire
Le reproche central de Pupponi touche à une vieille ligne de fracture. La gauche s'est longtemps pensée comme le parti du travail, structurée autour du conflit entre le capital et les salariés. Son sujet politique, c'était l'ouvrier, le modeste, celui que la société économique écrase. Pupponi affirme que ce sujet a été progressivement remplacé, dans le discours dominant d'une partie de la gauche, par un autre : le membre d'une minorité opprimée, défini d'abord par son origine, sa religion ou son identité.
Ce déplacement, il le vit comme une trahison de méthode autant que de fond. À Sarcelles, dit-il, les habitants ne demandaient pas qu'on les assigne à leur identité ; ils demandaient un emploi, une école qui fonctionne, un logement décent, la tranquillité dans la rue. En substituant la question identitaire à la question sociale, la néogauche, selon lui, aurait abandonné les gens au nom desquels elle prétend parler. Pire : elle les aurait enfermés dans des cases communautaires que la République était censée faire sauter.
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04 Chapitre 4 — Quand un courant perd le pays qu'il prétend défendre
Au-delà de la querelle française, le livre de Pupponi touche à une question qui travaille toutes les gauches occidentales : comment tenir ensemble la défense des plus pauvres et celle des minorités, quand les deux ne se recouvrent pas toujours ? Partout, des partis sociaux-démocrates se sont fracturés sur ce point. La promesse ancienne était simple : en défendant les travailleurs, on défendait du même coup les discriminés, parce que les seconds étaient souvent parmi les premiers. Ce qui vacille, c'est l'évidence de cette superposition.
Le cas Pupponi illustre une difficulté particulière : celle de l'élu local pris en tenaille. Sur le terrain, il voit des gens qui ne se reconnaissent ni dans le discours purement économique ni dans le discours purement identitaire, et qui finissent parfois par ne plus voter du tout, ou par voter ailleurs. Quand un parti perd le contact avec les habitants au nom desquels il parle, il garde le vocabulaire mais perd le pays. C'est cette inquiétude-là, plus que la rancœur personnelle, qui donne au livre sa portée au-delà des noms propres.
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05 Conclusion
Au terme du livre, le trajet de Pupponi se lit comme une boucle : parti d'une ville de banlieue où il a cru incarner une gauche concrète, il finit par constater qu'il n'a plus de place dans la grande coalition qui porte désormais son ancien camp. Son constat de « grande dérive » n'est pas un cri de colère gratuit ; c'est la justification argumentée d'un homme qui veut expliquer pourquoi il a dit non à la NUPES et à la ligne qu'elle incarne. Le social d'abord, la laïcité sans accommodement, la méfiance envers toute lecture identitaire du monde : voilà ce qu'il revendique comme sa gauche à lui.
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