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Histoire secrète de la chute de Bouteflika

Histoire secrète de la chute de Bouteflika

Brahimi El Mili Naoufel

Les coulisses de la chute du président

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Description

Le 2 avril 2019, un homme qu'on n'avait plus entendu parler en public depuis des années dépose une courte lettre de démission. Abdelaziz Bouteflika, président de l'Algérie depuis vingt ans, quitte le pouvoir sans un mot prononcé à voix haute. L'image qui reste, c'est celle d'un vieillard en fauteuil roulant, le visage figé par un AVC survenu en 2013, qu'on exhibait lors de cérémonies officielles pour faire croire qu'il gouvernait encore. Dans les semaines qui précèdent, des millions d'Algériens étaient descendus dans la rue chaque vendredi. Mais ce n'est pas seulement la rue qui l'a fait tomber.

C'est l'histoire que raconte Naoufel Brahimi El Mili dans son enquête sur les coulisses de cette chute. Derrière le mouvement populaire, il décrit une bataille souterraine : celle d'un clan présidentiel accroché à ses rentes et à ses relais, et d'une armée qui finit par lâcher l'homme qu'elle avait installé. Le récit se tient dans les couloirs du palais d'El Mouradia et dans les états-majors, là où se décide le sort d'un président que presque personne n'avait vu décider quoi que ce soit depuis longtemps.

Ce qui frappe, c'est qu'un régime entier a continué de fonctionner autour d'un homme empêché. La fiction d'un président en exercice a tenu six ans, portée par des intérêts qui avaient besoin que la fiction dure. Puis elle a cédé d'un coup, en quelques semaines, quand ceux qui la portaient n'ont plus eu la même raison de la maintenir.

La question que l’on se pose : Comment un président que la maladie avait réduit au silence a-t-il pu rester au pouvoir six ans, puis tomber en quelques semaines ?Ce que l’on va voir : Les derniers mois d'un règne tenu par procuration, et le basculement qui s'est joué moins dans la rue que dans l'ombre des clans et de l'état-major.

Sommaire

01

Chapitre 1 — Un fauteuil roulant et un cadre

Pour comprendre la chute, il faut partir de l'image. Depuis l'accident vasculaire cérébral d'avril 2013, qui l'immobilise pendant des semaines dans un hôpital parisien, Bouteflika ne marche plus seul, parle difficilement, et apparaît de moins en moins. Le régime construit alors une mise en scène minutieuse : des photos officielles, des réceptions brèves de dignitaires étrangers, des serrages de main cadrés au plus près. Brahimi El Mili décrit un pouvoir qui gère un corps plus qu'un homme d'État, et qui apprend à produire la preuve que le président existe encore.

Le symbole de cette fiction, c'est le fameux portrait encadré. Faute de pouvoir déplacer le président dans certaines cérémonies, on en vient à présenter son cadre à sa place — lors d'un meeting de campagne, ou pour acter son dépôt de candidature. Un président représenté par une photo, tandis que des responsables jurent qu'il suit les dossiers et tranche les décisions. L'absurdité est publique, assumée, presque revendiquée comme une normalité institutionnelle.

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02

Chapitre 2 — Le cinquième mandat de trop

Début 2019, le clan présidentiel commet l'erreur qui va tout faire basculer : exiger un cinquième mandat. Bouteflika a presque 82 ans, n'a pas prononcé de discours public depuis des années, se déplace en fauteuil. Demander aux Algériens de le réélire pour cinq ans de plus, c'est leur demander d'entériner officiellement la fiction qu'ils connaissent tous. Le 10 février, la candidature est annoncée. L'étincelle est là.

Brahimi El Mili restitue l'enchaînement. Le 22 février, les premières grandes manifestations rassemblent une foule immense et pacifique dans tout le pays. Ce mouvement, qu'on appellera le Hirak, ne réclame d'abord qu'une chose simple : pas de cinquième mandat. Il est massif, sans leader, sans violence, et il déborde très vite les canaux habituels de contrôle du régime. Chaque vendredi, les cortèges grossissent au lieu de s'essouffler.

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03

Chapitre 3 — Le clan contre l'armée

Le personnage central de la fin, c'est Ahmed Gaïd Salah, chef d'état-major de l'armée et vice-ministre de la Défense. Longtemps fidèle au clan présidentiel — c'est Bouteflika qui l'avait promu et maintenu bien au-delà de l'âge de la retraite — il incarne la force qui peut faire ou défaire un président. Brahimi El Mili raconte le retournement de cet homme qui, pendant des années, a été l'un des piliers du système qu'il va contribuer à abattre.

Le 26 mars 2019, Gaïd Salah demande publiquement l'application de l'article 102 de la Constitution, celui qui permet de déclarer le président empêché pour raisons de santé. C'est un coup de tonnerre : l'armée, en pleine lumière, acte officiellement ce que tout le monde savait depuis six ans. Le chef d'état-major reprend à son compte l'exigence de la rue, mais la formule dans la langue du droit et de l'institution militaire. Le clan comprend que son dernier bouclier vient de se retourner contre lui.

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04

Chapitre 4 — Ce qu'un homme absent révèle d'un régime

Ce que donne à voir cette enquête, au fond, c'est la mécanique d'un pouvoir devenu personnel au point de ne plus pouvoir se transmettre. Bouteflika était arrivé en 1999 porté par l'armée, dans une Algérie qui sortait d'une décennie de guerre civile. Pendant vingt ans, il avait patiemment déplacé le centre de gravité du régime vers sa propre personne et son entourage, démantelant les services de renseignement tout-puissants, neutralisant les contre-pouvoirs internes. Le prix de cette concentration, c'est qu'une fois l'homme empêché, il n'y avait plus d'institution capable d'organiser sa succession.

Un pouvoir ainsi personnalisé ne laisse pas de relais clairs. À la place, il laisse des clans : des réseaux d'intérêts soudés autour d'un chef, qui ne survivent que tant que le chef, même symbolique, reste debout. Le clan Bouteflika avait transformé l'État en machine à préserver ses rentes, ses contrats, ses positions. Tant que le président-cadre tenait, chacun y trouvait son compte. Mais un tel édifice n'a aucune solidité propre : il tient par la peur, par l'habitude et par le calcul, pas par la loyauté à une idée.

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05

Conclusion

Tout se referme sur cette image de départ : un président qui s'en va sans parler, comme il avait gouverné sans se montrer. Pendant six ans, un pays entier avait fait semblant de croire qu'un homme réduit au silence tenait encore les rênes, parce que trop d'intérêts dépendaient de cette croyance. Le cinquième mandat a brisé le pacte : il demandait de signer la fiction au lieu de la tolérer. La rue a dit non, le clan s'est entêté, et l'armée a tranché comme elle l'a toujours fait en dernier ressort.

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